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Johnny Hallyday est devenu intouchable, alors qu’il était critiqué de son vivant. Mais il est des artistes, des chanteurs, des écrivains, des cinéastes, qui sont bien plus que cela, rappelle notre chroniqueur Michel Guerrin.

 

Les Champs, ce sera une première pour un chanteur. Mais Johnny, c’est Victor Hugo, dont les funérailles, le 1er juin 1885, ont attiré 2 millions de personnes le long d’un cortège qui chemina pendant huit heures entre l’Arc de triomphe et le Panthéon.

C’est bien connu, une personnalité qui meurt devient un saint que l’on pare de toutes les vertus et de tous les talents. Prenez Johnny Hallyday. Peu importe qu’on l’aime ou pas, qu’on soit ému ou indifférent. Sa disparition devient dévotion.

On le vérifie sur les réseaux sociaux. Mais aussi à travers les réactions des responsables politiques. Chacun, de gauche à droite, quoi qu’il en pense, doit se prosterner, avec plus ou moins d’inspiration et de poncifs – monument, totem, roi, héros, etc. Il doit y aller de son couplet, donner dans la surenchère, appeler aux obsèques nationales.

Pour Johnny, ce sera, le samedi 9 décembre, la descente des Champs-Elysées. Le trajet fut déjà envisagé en 2009 par le président Sarkozy quand le chanteur était au plus mal, ce qui ne lui aurait pas plu lit-on dans “Johnny, les 100 jours où tout a basculé”, de Catherine Rambert et Renaud Revel (First, 2010). […]

Les réactions sont instructives tant elles disent autant de celui qui parle que du défunt. La ministre de la culture, Françoise Nyssen, peu inspirée dans la formule symbolique, a enquillé les perles. Marine Le Pen a salué un « taulier ». Emmanuel Macron un « bad boy ». Pour Benoît Hamon, « c’est un peu comme si Paris perdait sa tour Eiffel ».

On a cherché la voix discordante – inconsciente aussi, tant elle vaut suicide. On se disait que Mélenchon… Mais il n’a « rien à dire » de plus que tout un chacun – ce qui se défend. […]

Le Monde

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