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Dans “Djihad 1914-1918″, l’historien Jean-Yves Le Naour raconte comment les Allemands et l’Empire ottoman ont tenté d'”islamiser” la Grande Guerre.

Devant la mosquée Fatih de Constantinople, le 14 novembre 1914, lecture est donnée de cinq fatwas et d’un appel à la guerre sainte lancée par le sultan à la tête de l’Empire ottoman, qui vient d’entrer dans le conflit. Le feu de l’enfer est promis aux chrétiens français, anglais, russes, on exhorte à l’insurrection les populations et les soldats musulmans de ces pays.

Cet appel du pied cible 7 millions d’habitants pour l’Empire français, 12 millions pour l’Empire britannique, 20 millions pour les Russes. La Grande Guerre va-t-elle basculer dans une guerre de religion ? Jean-Yves Le Naour, qui depuis 2011 raconte avec une verve rare chez les historiens français chaque année de la Première Guerre mondiale – notamment 1918, l’étrange victoire (Perrin) -, a ouvert ce dossier du djihad méconnu, mais étonnant.

Avec le même bonheur d’écriture, il décrit sa genèse, les circonstances de son élaboration, les moyens singuliers déployés par les Ottomans et surtout leurs puissants alliés, les Allemands, mais aussi les réactions et les ripostes des ennemis visés.

Faisant sienne la phrase de Marc Bloch, « un historien est de son temps », il ne nie pas que ce livre lui a été inspiré par le contexte actuel, et on lit avec un intérêt aiguisé cette première tentative d’islamisation de la guerre. Mais Jean-Yves Le Naour met aussi en lumière d’autres enjeux qui courent jusqu’aujourd’hui : les relations de la France avec ses musulmans, en particulier en Algérie, l’importance de la question nationale et le panarabisme, enfant naturel et inattendu de ce djihad. Preuve qu’un historien, sans tomber dans le comparatisme, l’est aussi de son présent.

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Le Point

Merci à valdorf

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