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Le gouvernement s’apprête à écorner l’un des principes fondateurs du logement social, le droit au maintien dans les lieux, une perspective diversement appréciée par les locataires.

Quand, il y a cinquante ans, Daniel a posé ses valises dans ce logement social de la rue Emeriau, dans le 15e arrondissement parisien, il a vraiment « trouvé ça beau ». Certes, « c’était plus cher » que son ancien logis, mais c’était aussi «autre chose », se remémore ce retraité de la SNCF. Il quittait ainsi un appartement sans chauffage, avec les toilettes sur le palier, pour un trois-pièces doté de tout le confort qu’offraient alors les « trente glorieuses » : «Le jour et la nuit », lance l’octogénaire.[…]

Aujourd’hui, alors que le gouvernement, pour favoriser l’arrivée de nouveaux locataires dans les HLM, s’apprête à écorner l’un des principes fondateurs du logement social, le droit au maintien dans les lieux – même si le locataire paye un surloyer de solidarité –, les anciens de la résidence évoquent avec nostalgie cette époque où tout le monde venait du « même coin ». Et ils observent, parfois avec réserve, l’arrivée d’un nouveau type de locataires. «Pas le même genre », souffle de son côté Jean-Claude, 78 ans dans quelques jours.

Plus jeunes, plus précaires, parfois issus de l’immigration, ces nouveaux résidents «aux revenus beaucoup plus bas», précise Jean-Claude Driant, professeur à l’Ecole d’urbanisme de Paris et spécialiste de l’habitat social, sont amenés à cohabiter avec des locataires qui « profitent, dans une certaine mesure, d’une rente de situation ». Or le projet de réforme du gouvernement vise justement à stimuler la mobilité des habitants des HLM. […]

Fofana fait partie de ces « nouveaux résidents ». Face à un écran plat branché sur la chaîne France 24, elle entame le récit de ses huit années d’« humiliations et de galères ». Tout commence avec le décès de son époux, juste avant la naissance du quatrième enfant. A l’époque, cette auxiliaire de vie habite dans le privé. Incapable d’assumer seule le loyer, elle se retrouve à la rue et échoue dans un premier squat, porte de La Chapelle.

Bien qu’elle y paye uniquement l’eau et l’électricité, elle décide d’emménager dans un hôtel social. Un séjour de «deux ans et huit mois » au cours duquel elle dépensera de quoi «acheter un studio en province ». La chambre coûte une petite fortune : 3 400 euros par mois, dont 1 300 euros à la charge de Fofana. «Il me restait chaque mois 300 euros pour vivre », dit-elle, assise au bord d’un canapé en faux cuir. […]

Le Monde

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