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Le philologue et anthropologue italien, Maurizio Bettini, déconstruit dans son dernier ouvrage la notion de «racines», une chimère conceptuelle dangereuse qui empêche l’homme de saisir les mouvements du monde et rejette le «barbare» aux frontières.

Présentation de l’éditeur :

De quoi parlons-nous lorsque nous évoquons notre origine, nos traditions, notre identité? Que dit, associée à ces mots devenus omniprésents, la métaphore des racines? La nostalgie est un sentiment noble. Mais peut-elle nous aider à comprendre le monde où nous vivons?

En s’étonnant lui-même de ne plus reconnaître sa ville natale, Maurizio Bettini nous invite à une déambulation pleine de sensibilité dans la mémoire privée et collective. Sa réflexion, apaisée et érudite, opère un paradoxal retour aux racines – de Donald Trump à Romulus, en passant par Hérodote et la «cuisine traditionnelle» – pour mieux constater que les valeurs d’authenticité et de pureté que nous leur prêtons n’existent pas.

L’enjeu est de taille : il engage notre capacité à accueillir et à cohabiter avec d’autres cultures. Écartant une conception étroite de l’identité culturelle, Contre les racines nous rappelle que les cultures sont changeantes et que les traditions se choisissent.

Flammarion

Il y a des livres trop petits, par le format, pour espérer surnager dans une rentrée faite d’«incontournables». Contre les racines a tout pour passer inaperçu : 150 pages en petit format avec une couverture étrange et un auteur, Maurizio Bettini, peu connu en France. Et pourtant ! Passons sur la trentaine d’ouvrages parus sous sa plume en Italie depuis la fin des années 70, et même sur la dizaine de traductions en français de ce philologue, anthropologue, pour nous concentrer sur ce livre immense quand il s’agit de régler son compte à la notion de «racines». On peut prolonger le propos avec «nos vieilles racines», «notre histoire», jusqu’à «notre culture», qui serait fondée sur une source unique.

Vous proposez d’abandonner l’image des racines culturelles pour adopter celle du fleuve. Pourquoi ?

Les racines nous figent, nous attachent à un endroit, un lieu et «verticalisent» notre réflexion, alors que si nous adoptons l’image du fleuve, nous rendons compte d’une horizontalité et d’un mouvement. C’est beaucoup plus juste. L’histoire du Pô est de ce point de vue extraordinaire. On peut prendre la vision mythologique de la Ligue du Nord, qui propose toujours de revenir à l’origine de la culture padane en buvant chaque année de l’eau «pure» puisée à la «source» du Pô. Tout ça est paradoxal. Déterminer la source d’un fleuve est la chose la plus arbitraire qui soit. Un fleuve est le produit d’une multiplicité de sources. Ce qui est intéressant dans cette image, c’est précisément l’idée de la confluence : chaque affluent apporte sa part, exactement comme dans la culture des hommes. […]

Libération

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