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Pour l’historien Ran Halévi, Directeur de recherche au CNRS, la vague macroniste a des airs de « tabula rasa » révolutionnaire et ferme un cycle politique ouvert il y a plus de deux siècles.

En France, chaque grand bouleversement appelle à la mémoire nos temps révolutionnaires. Dès le lendemain du premier tour des législatives, on entendait parler d’un « big bang politique », d’une « table rase », d’une « Révolution française sans la guillotine »… […]

La chance de la démocratie française est que cette table rase ait produit non pas un raz de marée populiste mais une majorité issue de la société civile.

Mais ce qui évoque plus encore les débuts de la Révolution, c’est la désintégration accélérée de la société politique qui nous gouvernait depuis des décennies. En 1789, chose inouïe, on a vu sombrer corps et biens, en quelques semaines, toute l’élite de l’Ancien Régime. Personne n’a échappé à cette vaste purge, à commencer par les magistrats des parlements, qui avaient pourtant mené jusqu’à la veille de 1789 la révolte contre l’autorité royale, aux acclamations de l’opinion. Ces frondeurs-là ne devaient pas survivre au régime qu’ils avaient miné, puisqu’ils en tenaient leur existence. […]

Comme l’Assemblée nationale de 1789, Emmanuel Macron possède un pouvoir quasi absolu – et les débuts un peu chaotiques de son gouvernement n’y changent rien. Avec une majorité pléthorique au Palais Bourbon, dépourvue d’expérience politique, des partis d’opposition exsangues et divisés, il pourrait être tenté, tel un Colbert républicain, de gouverner le pays avec les corps professionnels de l’État : c’est la pente naturelle de nos institutions. Mais il risque alors de galvaniser une opposition d’autant plus incontrôlable qu’elle sera formée hors de l’enceinte parlementaire, démultipliée par les réseaux sociaux et relayée jusqu’au sein de l’Assemblée : M. Mélenchon et les siens s’y préparent déjà.

Cette « concurrence de légitimités » entre le pouvoir légal et les porte-voix auto-désignés de « la souveraineté du peuple » nous ramène encore à l’expérience révolutionnaire. Elle a mal fini. M. Macron aura à l’affronter tôt ou tard, certes sans guillotine ni Terreur. Mais ce genre d’épreuve, toujours redoutable, pourrait constituer un des grands tests de sa présidence.

Le Figaro

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