Fdesouche

S’il a pris ses distances avec la politique, l’ex-homme de l’ombre de Nicolas Sarkozy n’a pas perdu une miette de la campagne présidentielle, ni des premiers pas du président Emmanuel Macron. En exclusivité, il livre ici son analyse de la situation politique de la France.

Si l’auteur de La Cause du peuple (Perrin) reconnaît que le président de la République a compris la dimension symbolique du pouvoir et enfilé avec aisance le costume du monarque républicain, il voit aussi dans la victoire de l’ancien locataire de Bercy le triomphe de l’économisme, celui des «forces du flux d’information, de l’échange et de l’immigration» célébrés par Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. Macron devra choisir entre le roman national et le rêve siliconisé californien, prévient-il.

Patrick BUISSON. – La fonction présidentielle est en crise depuis que ses derniers titulaires ont refusé d’incarner la place du sacré dans la société française. Sarkozy, au nom de la modernité, et Hollande, au nom de la «normalité», n’ont eu de cesse de vouloir dépouiller la fonction de son armature symbolique, protocolaire et rituelle. Emmanuel Macron a parfaitement analysé le vide émotionnel et imaginaire que la disparition de la figure du roi a creusé dans l’inconscient politique des Français. En France, pays de tradition chrétienne, le pouvoir ne s’exerce pas par délégation mais par incarnation. C’est, selon la formule de Marcel Gauchet, «un concentré de religion à visage politique».

Mais n’est-ce pas simplement, de la part d’un homme de culture, une opération de communication bien maîtrisée?

Patrick BUISSON. – Toute la question est de savoir si, avec la présidence Macron, on sera en présence, pour le dire avec les mots de son maître Paul Ricœur, d’une «identité narrative» ou d’une «identité substantielle». Reconstituer le corps politique du chef de l’État, lui redonner la faculté d’incarner la communauté exige que s’opère à travers sa personne la symbiose entre la nation et la fonction. Emmanuel Macron récuse le postmodernisme et veut réhabiliter les «grands récits». Fort bien. Mais de quels «grands récits» parle-t-il? Le roman national ou les success-stories à l’américaine? Jeanne d’Arc ou Steve Jobs? Honoré d’Estienne d’Orves ou Bill Gates? Les vertus communautaires et sacrificielles ou le démiurgisme technologique de la Silicon Valley?

Toute la question est de savoir de quelle autorité il s’agit. Depuis Mai 68, les classes dirigeantes se sont employées à délégitimer la représentation transcendante des anciennes figures de l’autorité comme autant de formes surannées du contrôle social. Mais, si elles ont récusé l’autorité comme principe, elles n’y ont pas pour autant renoncé en tant que fonctionnalité. Autrement dit, comme technologie du pouvoir indispensable à l’induction du consentement, de l’obéissance, voire de la soumission chez les gouvernés. A l’ère de la communication, ainsi que l’avait pressenti Gramsci, la relation de domination ne repose plus sur la propriété des moyens de production. Elle dépend de l’aliénation culturelle que le pouvoir est en mesure d’imposer via la représentation des événements produite par le système politico-médiatique dont le rôle est de fabriquer de la pensée conforme et des comportements appropriés. On en a encore eu une éclatante démonstration avec la campagne présidentielle qui vient de s’achever.

Régis Debray dit que Macron est un «Gallo-ricain», le produit d’un écosystème mental américanisé où l’instance économique commande à toutes les autres. N’est ce pas excessif?

Patrick BUISSON. – Je crains qu’il n’ait raison. Emmanuel Macron apparaît comme la figure emblématique de cette nouvelle classe dominante qui aspire à substituer à tous ceux qui proposent un salut hors de l’économie – religion ou politique- la seule vérité de l’économie. Tout ce qui n’est pas de l’ordre de l’avoir, toutes les visions non utilitaristes de la vie en société relèvent pour elle de l’angle mort. Le parti de l’économisme, c’est celui de l’interchangeabilité qui cherche à réduire en l’homme tous les particularismes et toutes les appartenances (nation, famille, religion) susceptibles de faire obstacle à son exploitation en tant que producteur ou comme consommateur. C’est le parti des «citoyens du monde», des «forces du flux d’information, de l’échange et de l’immigration» célébrés par Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook lors de son discours aux diplômés d’Harvard le 25 mai dernier.

(…)

Le Figaro

Merci à valdorf

Fdesouche sur les réseaux sociaux