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Article du Monde sur l’ouvrage collectif « L’Age de la régression » écrit par quinze intellectuels du monde entier afin d’offrir des outils intellectuels destinés à penser et à remédier au “gigantesque basculement idéologique qui bouscule nos représentations politiques” .

Encore sonnée, la gauche intellectuelle tente donc de se rassembler, de panser ses plaies et de penser à nouveaux frais. Car la période que nous vivons est non seulement celle d’une « déglobalisation », à savoir d’une remise en question, voire d’une déconstruction de la mondialisation, mais également un processus de « décivilisation », assure Oliver Nachtwey, sociologue à l’université de Darmstadt.

L’obsession démographique incite les Européens à imaginer un monde où leurs cultures auront disparu, tandis que la révolution technologique leur promet un monde où les métiers qu’ils exercent encore auront eux aussi disparu. […] L’opinion publique occidentale, qui était jadis une force progressiste, voire révolutionnaire, s’est transformée en force réactionnaire ». (Ivan Krastev, géopoliticien bulgare)

Le néolibéralisme transfrontiériste entraîne donc un « ethno-nationalisme » qui est la marque de fabrique de tous les populismes.

Une social-démocratie décidée à défendre les droits de l’homme, l’égalité des sexes, la liberté individuelle, décidée aussi à protéger les migrants et les réfugiés, doit partir du principe que son socle électoral se trouve désormais parmi les salariés des grandes villes, parmi la jeunesse mise en réseaux, parmi la main-d’œuvre du secteur public ainsi que parmi la main-d’œuvre des grandes entreprises à la fois hautement technicisée et globalisée – catégories auxquelles il faut évidemment ajouter les minorités ethniques, les travailleurs migrants et les femmes. »

La sublimation des pulsions, ce contrôle des affects qui fait qu’une civilisation se construit et se distingue de la « barbarie », est en train de se dissoudre partout, dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Car à force d’être déclassés, relégués, délaissés et surtout livrés à eux-mêmes dans un univers social dévasté, les perdants de la mondialisation sont animés d’un immense ressentiment à l’égard des réfugiés ou des minorités qu’ils estiment mieux traités. […]

Le Monde ; Des extraits du livre

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