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La montée du radicalisme, religieux et politique, a nettement marqué l’Europe ces derniers mois. Engagement djihadiste, vote d’extrême-droite… La séduction croissante qu’exercent « les extrêmes » sur une fraction de la jeunesse en colère, en proie à l’inquiétude ou désabusée, interroge. Cette jeunesse serait-elle sacrifiée ? Et le serait-elle, seule ? Extrait de “Radicalisation de la jeunesse”, du sociologue Michel Fize, aux Editions Eyrolles

De prime abord, rien ne semble rapprocher jeunes sympathisants, militants ou adhérents du Front national, que nous avons appelés «jeunes frontistes», et jeunes djihadistes ou candidats djihadistes. Et, comme les «sociologues officiels de la jeunesse » continuent de nous dire que la jeunesse ne constitue pas un bloc homogène dans ses attitudes comme dans ses comportements, il semble que tout paraisse bel et bien devoir définitivement opposer les deux jeunesses radicalisées, comme sont traditionnellement opposées jeunesse bourgeoise et jeunesse populaire, jeunesse scolarisée et jeunesse non scolarisée.

Ce qui les rapproche pourtant, c’est d’abord des similitudes de situation. Jeunes frontistes et jeunes djihadistes appartiennent, pour la majeure partie d’entre eux, aux milieux populaires. Ils sont les uns et les autres peu ou pas diplômés. Ils sont dans une même quête d’autorité et de sécurité, ont le même besoin d’appartenir à un groupe soudé qui porte des valeurs simples (jusqu’à la caricature, on le sait). Ils portent les mêmes valeurs d’intolérance. Ce qui rapproche encore ces deux jeunesses radicalisées, c’est un sentiment commun d’exclusion, un sentiment dont nous savons qu’il est fondé(1) . On connaît les exclusions de toutes sortes qui frappent les jeunes Français, et plus encore ceux issus de l’immigration (nous y reviendrons en détail dans la dernière partie). […]

Le mécanisme est simple au final : les jeunes se sentent humiliés par tant d’accablements dans leur vie, alors ils se mettent en colère. Le djihadisme, en ce sens, exprime d’abord cette colère. C’est une manière de se venger d’une société qui ne veut pas les accueillir.

De la même manière, les jeunes frontistes expriment (au moins une partie d’entre eux) la haine de l’autre, l’immigré d’hier, le migrant d’aujourd’hui. Les uns et les autres assument – c’est particulièrement évident chez les jeunes djihadistes – une haine des juifs, jusqu’à vouloir leur mort quelquefois. L’Histoire nous enseigne qu’une jeunesse désespérée se laisse aisément séduire par celui qui lui propose espoir, meilleure vie. Le fascisme dans l’entre-deux-guerres, pour prendre cet exemple extrême, a toujours procédé de cette manière rassurante. […]

Georges Dimitrov dirigeant communiste bulgare, en 1935, l’exprime clairement : «Faute de perspectives d’avenir, des couches considérables de jeunes se sont avérées particulièrement sensibles à la démagogie fasciste, qui leur dessinait un avenir tentant lors de la victoire du fascisme(3) .» Sans comparer jeunes frontistes d’aujourd’hui et jeunes fascistes d’hier (les premiers sont, pour la grande majorité, loin de l’idéologie mussolinienne ou nazie), force est de reconnaître que le parti de Marine Le Pen use des mêmes arguments pour séduire une jeunesse en grande difficulté. S’agissant du djihadisme, il faut bien aussi comprendre que, comme naguère l’engouement de certaines jeunes filles à porter le voile, l’engouement actuel pour aller faire le djihad, peut être, au moins en partie, un phénomène de mimétisme. Mimétisme et convictions sont souvent liés en fait. […]

atlantico

Merci à oxoxo

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