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Selon le journaliste franco-américain Antoine Flandrin, la droite instrumentalise le roi des Francs depuis vingt ans, pour revendiquer l’identité chrétienne de la France. Une lecture problématique pour “nombre d’historiens”.
[…] Comment expliquer cette récupération ? Une certitude : le roi des Francs est indissolublement lié à la genèse de notre roman national. Dans son stimulant essai, Clovis, de l’histoire au mythe (Complexe, 1996), l’historien Laurent Theis montre qu’il a toujours été reconnu par les Français comme celui qui est à l’origine de leur histoire.

En 1419, en pleine guerre de Cent Ans, l’anonyme Bourgeois de Paris écrivait dans son Journal : « Hélas je ne pense pas que, depuis le temps du roi Clovis, qui fut le premier roi chrétien, France fut aussi désolée et divisée comme elle est aujourd’hui.» Bien plus tard, en 1959, le général de Gaulle déclarait, en insistant sur la répétition : «Pour moi, l’histoire de France commence avec Clovis, choisi comme roi de France par la tribu des Francs, qui donnèrent leur nom à la France.»
« Mieux qu’un Vercingétorix, Clovis rassemble des qualités reconnues par des générations de Français : bon époux, il accepte de se convertir au christianisme sur les conseils de sa bien-aimée, Clotilde ; justicier, il fracasse le crâne du guerrier franc qui avait cabossé le vase de Soissons, objet précieux qu’il devait restituer à l’évêque Remi ; jacobin avant l’heure, il établit un Etat central avec pour capitale ­Paris », explique Laurent Theis. Une image de guerrier exemplaire qui se révèle le fruit d’une longue élaboration, débutant près de soixante ans après sa mort. […] Ces positions fortes seront cependant battues en brèche par l’éclosion de la Renaissance. Victime de l’humanisme et du développement du savoir, le mythe de Clovis est ensuite pulvérisé sous la Révolution : le 7 octobre 1793, le député de la Convention Rühl brise d’un coup de marteau la Sainte Ampoule, fiole contenant l’huile sacrée qui, selon la légende, aurait servi lors du baptême du roi des Francs. Un infime reste de cette relique, qui aurait été sauvé et conservé dans une ampoule de substitution, sera utilisé pour le sacre de Charles X, à Reims, en 1825. […] Pour l’historien Olivier Loubes, cette lecture pose problème. « […] L’histoire de France ne commence pas par le baptême de Clovis. La langue, le territoire et le système de pouvoir du royaume franc ont très peu de choses en commun avec le royaume de France qui se constitue entre les règnes de Philippe Auguste et Philippe le Bel (XIIe- XIVe siècles). »[…] Laurent Theis relativise :

« Les Français se sont toujours tournés vers Clovis pour se persuader que la France existe depuis longtemps. Ça rassure de se dire qu’un pays ancien ne peut pas disparaître.»

Le Monde


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