Fdesouche

Jean-Yves Camus analyse la perçée de François Fillon à la lumière des autres droites européennes. Selon lui, l’ancien Premier ministre incarne le retour à un conservatisme de conviction, mais ne peut être classé dans le camp des populisme.
Jean-Yves Camus est chercheur, essayiste et politologue. Il est spécialiste de l’extrême droite.

Avec 44% des suffrages à l’issue du premier tour de la primaire, François Fillon a été plébiscité par l’électorat de droite. Diriez-vous que le Sarthois représente la droitisation de la vie politique française ?
Je n’aime pas le terme de droitisation car il évoque une forme de dérive qui serait à l’oeuvre. Or la droite qu’incarne François Fillon ne me semble pas dériver mais revenir à ses fondamentaux, qui sont culturellement conservateurs et économiquement libéraux. Ce qui s’est passé, plutôt, c’est une mise entre parenthèses assez longue, par la droite dite «de gouvernement», du conservatisme de conviction. On avait pour habitude de dire que la présidentielle se gagnait au centre: en 2017 le candidat LR doit la gagner à droite. C’est d’ailleurs plus clair ainsi: le centre pourra s’affirmer de manière autonome, la gauche aura face à elle un candidat clivant et le FN, dans sa version nationale-républicaine, fera campagne contre le programme économique et social de François Fillon.
Libéral en matière économique et conservateur en matière sociétal, François Fillon est-il en phase avec le paysage idéologique des droites européennes ?

Tout dépend où on place les frontières de la droite. Il est clair, par exemple, que le libéralisme de François Fillon est particulièrement mal vu par un FN qui souhaite le retour de l’Etat dans l’économie et le protectionnisme.

[…] Bien qu’hypothétique, le scénario d’un deuxième tour voyant s’affronter Marine Le Pen et François Fillon est aujourd’hui envisageable. Qu’est-ce qu’un tel duel pourrait signifier pour la vie politique française ?
Ce serait d’abord une marginalisation de la gauche qui l’obligerait à acter la fin d’un cycle et la nécessité urgente de se reconstruire de la base au sommet. Autrement dit, une défaite qui pourrait être une chance. Ensuite, il faudra voir l’écart final entre Marine Le Pen et François Fillon. Aux régionales de 2015, les reports de la gauche vers la droite pour faire barrage au FN ont très bien fonctionné. Le positionnement plus conservateur de François Fillon rendra-t-il les choses plus difficiles, c’est possible. Mais d’abord, intégrons bien le fait que cette «primaire», comme celle de la gauche d’ailleurs, voit voter les «inclus» bien davantage que les «exclus». C’est ces derniers qui ont la clé de la présidentielle entre leurs mains.
Le Figaro

Fdesouche sur les réseaux sociaux