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A deux pas du célèbre marché aux Puces, le trafic de cannabis est partout. Pas un quartier de cette ville limitrophe de Paris n’y échappe. Cette situation est unique en France par son emprise sur la population. Ce business tentaculaire qui génère régulièrement des épisodes de violence a déjà fait plusieurs morts. Pendant un an, Claire Guédon et Nathalie Perrier, journalistes de terrain pour le Parisien, ont tenu une chronique au plus près des habitants, des consommateurs de cannabis et des guetteurs. Elles racontent dans leur livre “Une ville sous emprise”.

« Au fil des ans, raconte Maurice, habitant du quartier du 8-Mai-1945, les trafiquants et leur armada de guetteurs se sont imposés. On a commencé à les voir il y a une bonne dizaine d’années, mais ce n’était pas aussi fort que maintenant. Ça a explosé il y a six ou sept ans. Le pire, c’est le bruit. Ils gueulent tout le temps jusqu’au matin. Quand ils voient les flics, ils hurlent Artena ! (NDLR : cri sans sens particulier sauf celui de prévenir de l’arrivée des policiers .) Ils hurlent aussi pour parler entre eux. On ne comprend rien, mais ça nous réveille. Et puis il y a ce que j’appelle les fêtes du chiffre d’affaires : quand ils ont explosé le compteur, ils mettent la musique à fond jusqu’à 3 ou 4 heures et c’est le cocktail shit-alcool. Il faut voir l’état de la rue le lendemain… »

Romain sort du commissariat, il est près de 21 heures. « Je ne suis pas très fier », avoue, perturbé, cet étudiant en école de commerce à Paris. Il s’est fait arrêter à la sortie d’une cité, il ne sait pas laquelle : « J’étais venu acheter un peu de shit en prévision des vacances de ski avec mon école. Je viens de province. C’est mes copains qui m’ont dit de venir à Saint-Ouen, ils m’avaient même fait un plan. J’ai pris 8 g, ça m’a coûté 40 €. Les policiers m’ont proposé une transaction, 120 €, j’ai accepté. C’est mieux qu’une garde à vue. »

Mikaël travaille à Paris, dans la restauration, gagne 1.600 €, en dépense 200 en cannabis chaque mois. L’équivalent de 20 g de fumette. « Ça me détend, le goût est sympa. » Une fois par semaine il fait son marché à Saint-Ouen. « J’ai pris 40 balles de beuh (de l’herbe) et 10 de shit (de la résine). Certains jours c’est tranquille, d’autres, on attend à vingt dans un local à poubelles avant de pouvoir acheter. »

Le Parisien

Merci à jojo2

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