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C’était il y a deux semaines, à l’entrée de l’Aqua Park de Saint-Laurent-des-Vignes, près de Bergerac. Nadia Amouri, 38 ans, se voyait refuser l’accès du centre aquatique privé parce qu’elle portait le voile islamique. Un hijab bleu roi, ouvert sur le cou. Et une nouvelle affaire que l’intéressée a choisi de médiatiser, à verser aux polémiques et crispations estivales dans un contexte qui n’aura échappé à personne. Reste un instantané sociologique, avec d’un côté une femme voilée, de l’autre un gérant droit dans ses bottes, qui en dit long et n’augure pas de jours heureux.

Que s’est-t-il passé au comptoir de l’Aqua Park ? En vacances chez ses parents à Gardonne, Nadia Amouri, contractuelle dans l’administration et domiciliée à Nantes, s’y présente en début d’après-midi avec ses enfants de 4 et 9 ans, son frère Abderrazak et sa fiancée Khadija. À peine a-t-elle le temps de demander un billet tarif non-baigneur… « Le monsieur ne m’a même pas regardée. Il a dit “soit elle enlève le voile, soit elle ne rentre pas. Ça me dérange personnellement et ça va déranger ma clientèle.” » Les mots claquent, Nadia Amouri le vit « comme une humiliation, un coup porté à ma fierté ». « Mon frère bouillait de l’intérieur. » La petite famille tourne les talons.

[…] Jean-Marie Dumas, le propriétaire invoque « le contexte actuel et le comportement de jeunes de la cité qui finissent rembarrés du site et dont il ne veut retenir que le pire :  L’un d’eux est parti en disant ‘‘c’est nos frères qui ont fait péter le Bataclan”», tonne-t-il.

S’il ne s’est pas appesanti sur le sujet devant Nadia Amouri et ses proches, celle-ci n’est pas dupe. Et se refuse à entretenir les amalgames, aussi voilée soit-elle. […]

La voilà donc improvisée porte-parole de ces femmes voilées. En l’occurrence tardivement, « depuis 2007 ». Elle s’est décidée « toute seule, comme une grande », en mesure l’inconfort dans le regard des autres, mais réfute tout prosélytisme en ces temps troublés : « Depuis les attentats, on vous passe au scanner. Je suis sociable, ma fille va dans une école privée catholique. Je n’éduque pas mes enfants dans la méfiance de l’autre. » […] Les vertus du dialogue ? « À force, il y aura des conflits partout », dit son frère Abderrazak, pas moins lucide.

Sud-Ouest

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