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Zarie  ancienne caissière de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, est restée quatre heures et quart otage d’Amedy Coulibaly. Le 9 janvier, il lui a tiré dessus alors qu’elle était réfugiée sous sa caisse. Miraculeusement rescapée, elle est restée aux ordres du terroriste pendant toute l’après-midi.[…] Elle dit sa colère que la France n’ait pu éviter de nouveaux attentats.

[…] Zarie, qui venait d’obtenir une licence bilingue de sciences en Israël, avait rejoint ses proches à Paris. Et comme toujours pendant les vacances, l’étudiante travaillait à l’Hyper Cacher, où son frère est directeur adjoint des stocks. Ce vendredi 9 janvier, jour de shabbat, elle remplaçait une collègue malade.

[…] « Tout le monde courait, rampait vers la réserve. Depuis ma cachette, j’ai vu mon ami Yohan. Il était adossé aux chariots, la nuque affaissée, la main sur la pommette. Il avait pris une balle dans la joue. Selon le médecin légiste, il est décédé dix minutes après le début de la prise d’otages mais pour moi, c’est lui qui est mort en dernier après avoir agonisé. Puis j’ai entendu une voix demander à un client : Comment tu t’appelles ? Il a murmuré quelque chose et là, nouvelle détonation. Philippe Braham venait de tomber. J’ai alors entendu des pas. L’homme faisait le tour de ma caisse comme s’il cherchait d’autres proies à abattre […]. Il m’a vue et il a dit : Ah, t’es pas encore morte, toi ? Il a incliné son arme et m’a tirée dessus. J’ai senti le souffle de la balle, à quelques centimètres de mon visage. Il n’avait aucune raison de me louper. Jamais je ne saurai s’il voulait me tuer ou me faire peur. »

L’homme a ensuite hurlé à tout le monde de s’approcher. Je n’avais pas le choix. J’ai quitté ma cachette et j’ai avancé vers lui. J’ai découvert son visage. Son regard était sans pitié. Il s’exprimait très bien, sauf quand il était énervé, et je me suis rendu compte plus tard qu’il était instruit. Il paraissait ultra-musclé, on sentait qu’il était entraîné. Il avait un kalach dans chaque main et un autre en bandoulière. C’est à ce moment-là que j’ai vu le corps de Philippe Braham, la tête baignant dans le sang. Je me suis approchée de cet homme (NDLR : elle ne prononce jamais le nom de Coulibaly) en lui disant : Vous voulez de l’argent, prenez tout ! Je me disais, il ne peut pas tuer pour rien, il veut la caisse. Il a éclaté de rire : Vous n’avez rien compris. Vous avez entendu parler de Charlie Hebdo ? Les frères Kouachi et moi, on est une même équipe. On s’est scindés en deux. Eux, c’étaient les journalistes et moi, c’était vous…

Il avait le corps ceinturé de cartouchières. Il a rajouté : Je suis venu pour mourir et venger le Prophète. Ensuite, il nous a tous demandé nos téléphones et nos cartes d’identité avant d’ordonner à mon amie Andréa de fermer le rideau de fer de l’entrée. Tétanisée, elle ne bougeait pas, alors je me suis précipitée vers l’entrée pour le baisser, mais je n’y arrivais pas. J’ai pensé à m’échapper, mais je ne pouvais pas laisser les otages. Je me sentais responsable d’eux, car j’étais une des seules à connaître le magasin.

Le pire était encore à venir. En me voyant fermer le rideau, un client a couru vers l’entrée en me suppliant : S’il vous plaît, je sais que c’est shabbat, mais j’ai juste besoin de pain. J’ai hurlé : Partez, vous ne pouvez pas rentrer ! Mais il ne m’a pas écoutée. Il a foncé vers le rayon, il a vu tout le sang et il a fait demi-tour en courant. Le terroriste lui a tiré dans le dos. Il est tombé, les poings fermés en l’air comme électrocuté. Je ne bougeais plus. Comme si rien ne s’était passé, le terroriste m’a fixée : Ben alors, ferme-le ce rideau ! J’ai continué à le baisser, et là, j’ai réalisé que je m’enfermais moi-même. J’étais en train de signer mon arrêt de mort. »[…]

Les attentats du 13 novembre ont replongé Zarie dans l’enfer. […] Elle va quitte la France, définitivement. « J’ai grandi à Paris, c’est mon repère, ma ville. Mais je suis en colère contre la France. Il faut croire que les morts des 7 et 9 janvier n’étaient pas assez nombreux. Il a fallu attendre des dizaines d’autres morts pour réagir et prendre conscience du danger terroriste. Je n’ai plus confiance. Je ne peux plus rester ici. » Animée par cette « force » qui lui a « permis de tenir pendant la prise d’otages », Zarie lutte. « Je ne peux pas me permettre de sombrer dans la dépression à seulement 23 ans, insiste- elle. Je ne veux pas laisser le terrorisme gâcher ma vie parce que là, il m’aura vraiment tuée. Ma foi me fait avancer. Je vais quitter la France pour me reconstruire et devenir sage-femme. J’ai tellement vu la haine et la mort que j’ai besoin de me rappeler ce qu’est la vie. 

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