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Le philosophe libéral Pierre Manent propose dans son ouvrage «Situation de la France» un «contrat social» pour l’islam afin que les musulmans de France trouvent leur place, en tant que « citoyens et croyants, dans la Cité ».

Mis à part le voile intégral et la polygamie, qui remettent en question les fondements mêmes de la participation et de l’amitié civique, « notre régime doit céder et accepter franchement vos mœurs, écrit Manent, puisque vous êtes nos concitoyens ».

Les attentats de janvier à Paris ont bouleversé l’opinion et mis à mal la manière dont chaque camp se positionnait face à l’islam. Et pourtant, nous avons tourné la page pour nous réinstaller dans le confort de nos anciennes certitudes. […]

Premier moment : l’état des lieux. Manent prend acte du désaccord entre, d’un côté, une opinion occidentale pour qui la société est l’organisation et la garantie des droits individuels, et, de l’autre, une opinion musulmane (l’auteur n’ignore pas la multiplicité des composantes de cette opinion, mais essaie de cerner ce qui relie les musulmans entre eux, par-delà leurs divergences) pour qui c’est l’ensemble des mœurs, fondé ultimement sur la loi religieuse, qui fournit la règle concrète de la vie bonne.

Comment aménager une issue politique à ce désaccord ? Beaucoup dans l’Hexagone pensent qu’il existe déjà : c’est l’ambition de la laïcité à la française. Ne peut-on imaginer que ce qu’elle a accompli hier avec le catholicisme, elle est en train de le faire avec les mœurs musulmanes ? Alors, « les musulmans exerceraient à l’avenir au titre de droit subjectif privé la conduite que jusque-là ils tenaient par obéissance à la règle objective et quasi obligatoire des mœurs ». Pour Manent, cet espoir placé dans la transfiguration à venir de l’islam par la laïcité est la grande illusion qui nous ferme les yeux sur la réalité présente. Car la laïcité n’a pas le pouvoir qu’on lui prête. Elle a permis de « neutraliser la dimension religieuse de l’État », mais « elle n’a pas neutralisé religieusement la société française qui est restée une société de marque chrétienne ». Les musulmans étant, jusqu’à récemment, tenus à l’écart de cette aventure – ils n’ont participé à notre histoire, reconnaît avec tristesse Manent, qu’au titre de travailleurs subalternes –, il est trop tard pour leur demander le même accomplissement.

C’est ici, second moment, que Manent propose un véritable contrat social avec les citoyens musulmans qui les ferait entrer dans la Cité.

Les termes en seraient les suivants : nous renonçons à transformer vos mœurs, qu’il s’agisse du voile, de votre alimentation, des rapports entre les sexes ; nous ouvrons notre espace public à vos mosquées. Bref, l’islam est accueilli comme fait social collectif dans la nation.

[…]

En retour, vous devez accepter une totale liberté de critique et de pensée relative à votre religion – la liberté de pensée étant le cœur battant de la conscience européenne –, et vous devez prendre votre indépendance, politique, économique et culturelle avec les pays islamiques, et rompre définitivement avec le rêve impérial de l’oumma qui habite la conscience musulmane. […]

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