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Pour Pierre Bréchon (Professeur de sciences politiques à l’université de Grenoble, le “léger renforcement du nationalisme” et le “petit durcissement” des attitudes à l’égard des immigrés s’expliquent par une droitisation de la droite et non par un mouvement général de toute la société “vers des valeurs plus fermées”.

Les immigrés sont beaucoup mieux perçus par le haut de l’échelle sociale que par le bas. […] Il serait plus facile d’être ouvert aux immigrés lorsqu’on a une situation sociale sécurisée et qu’on a peu d’occasions d’être gêné par des habitudes de vie différentes de celles des Français dits de souche.

L’expression « identité nationale » sent aujourd’hui le soufre. Le débat politique instauré par la droite depuis 2007 sur ce sujet a contribué à rendre suspect l’emploi de ce vocabulaire, notamment pour certaines personnes de gauche qui y voient des orientations xénophobes larvées.

Au plan international, les chercheurs en sciences sociales n’ont pas cette appréhension liée au climat hexagonal. Ils continuent de trouver légitime de s’intéresser à la perception que les personnes de chaque pays ont d’elles-mêmes : sont-elles fières de leur pays ? A quoi peut-on reconnaître un membre de la communauté nationale ? Et quelle image les individus ont-ils de ceux qui, tout en vivant dans le pays, n’en ont pas la nationalité ? La perception des immigrés est-elle dépendante ou pas de la manière dont on valorise l’identité nationale ? […]

L’enquête lancée en 2013 par l’International Social Survey Programme, une fédération internationale de chercheurs à laquelle la France participe depuis 1996 à travers quelques universitaires et chercheurs du CNRS, essentiellement du laboratoire Pacte (Sciences Po Grenoble) et du Centre Maurice-Halbwachs (ENS Paris), tentait de répondre à ces questions.

Les résultats mettent en évidence un fort courant de nationalisme identitaire. Pour une grosse majorité d’enquêtés, un bon Français doit cumuler beaucoup de qualités. Pour plus de 80 %, il doit «respecter la loi et les institutions», parler la langue, «se sentir français», «avoir la nationalité Pour 64 %, il faut aussi être né en France et pour 44 % y avoir des origines. La dimension ethnique de l’identité nationale est donc souvent affirmée mais la francité se reconnaît d’abord dans le respect d’un cadre de vie partagé. […]

Le fait de beaucoup aimer tout ce qui est français semble conduire à adopter des opinions plus négatives à l’égard des étrangers et des personnes « venues d’ailleurs ».

[…]

Le Monde

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