Fdesouche

De nombreux juifs de France partis s’installer en Israël finissent par revenir, souvent après une intégration économique plus difficile qu’espérée. L’Hexagone est devenu le plus grand vivier d’émigrants vers l’Etat hébreu. Cette année, 10.000 Français pourraient partir s’installer là-bas. Témoignages.

Dans un contexte de vacances, tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Ils pensent que l’amour du pays suffira, sans réaliser que le plus important c’est d’être prêt à changer de culture, d’habitudes, de statut social.

David K., 44 ans, journaliste, lui-aussi revenu récemment en France après dix ans en Israël, raconte : C’est un pays en guerre, un pays âpre, où les tensions sont extrêmes, où les forces de vie et de mort sont très présentes, où les inégalités sociales sont fortes, où tout est plus intense. On croit arriver dans un pays de culture européenne, on est habitué à l’Etat-providence français. Mais on se retrouve au Proche-Orient, dans un système très libéral.”

C’est un pays en guerre, un pays âpre, où les tensions sont extrêmes, où les forces de vie et de mort sont très présentes, où les inégalités sociales sont fortes, où tout est plus intense. On croit arriver dans un pays de culture européenne, on est habitué à l’Etat-providence français. Mais on se retrouve au Proche-Orient, dans un système très libéral.”

C’est un grand quadrilatère bordé d’immeubles des années 1970, connu dans tout Israël sous le nom de Kikar. Ces derniers temps, la place de l’Indépendance, au cœur de Netanya, une ville balnéaire à 30 kilomètres au nord de Tel-Aviv, est devenue le rendez-vous de la jeunesse française désœuvrée. Le samedi, à la sortie de shabbat, ils sont des dizaines, habillés “chalala”, le style “feuj parisien”, jean slim, baskets Nike Air Jordan et kippa, à traîner, cigarette au bec, à parler de rien, de tout, du mal du pays, de soucis d’ados.

L’association Elem avait l’habitude de s’occuper des jeunes Russes et Ethiopiens. Elle a décidé de prendre en charge les Français. L’une de ses camionnettes tourne désormais sur la place de l’Indépendance avec à son bord du café et des assistantes sociales. Omer, un responsable d’Elem, raconte : “Arriver en Israël à l’adolescence s’avère souvent difficile. Les gamins n’ont pas les codes des jeunes de leur âge, ni la langue. Ils se sentent rejetés.” Il poursuit : “Souvent, ils ne voulaient pas quitter la France, ce sont leurs parents qui ont décidé pour eux. On a même des cas où leur famille ne leur avait pas dit qu’elle faisait son alya [littéralement ‘ascension’ en hébreu, NDLR] : ils pensaient partir en vacances en Israël comme chaque été. Une fois sur place, on leur a dit que c’était fini, qu’ils ne rentreraient plus.” […]

Elie S. (les prénoms on été changés), 34 ans, ingénieur dans le high-tech, est rentré à Paris il y a un an. Il était parti, seul, à l’âge de 18 ans, “par sionisme et par ambition professionnelle” : il voulait percer dans la technologie, secteur phare en Israël. Il intègre la prestigieuse école Technion, rejoint une unité d’infanterie lors de son service militaire, se fait très vite embaucher par une start-up, débaucher par une autre… Il raconte s’être senti “étouffé“, malgré une carrière qui “marchait très bien” : “Israël est un tout petit territoire, entouré de pays hostiles. J’avais envie de passer une frontière en train, de sortir de la bulle de Tel-Aviv, où tout le monde vit à 2.000 à l’heure et dans le court terme, en amour, en amitié, dans le business, de ne plus être assommé par cette actualité si pesante chaque fois que j’allumais la télé.” […]

Rémy P., restaurateur dans le quartier du Marais à Paris, en a fait la triste expérience. Il a quitté la France à 31 ans, “sur un coup de tête“. Il s’installe à Tel-Aviv, apprend l’hébreu, travaille comme homme à tout faire dans un restaurant, s’essaie au doublage de films, est recruté par une société informatique, puis dans le bâtiment.
Il découvre la “rudesse” de l’Israélien, qui “ne dit pas merci, double dans les queues, mais garde toujours sa porte ouverte”.[…]

Nouvel Obs

Fdesouche sur les réseaux sociaux