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Alors que les prévisions officielles dépassent les 7%, la croissance réelle serait de 1 à 2%, selon l’économiste Patrick Artus, qui souligne la stagnation de l’industrie chinoise. Elle est victime de coûts de production trop élevés.

Évoquant le comptage du nombre de participations à une manifestation, Maurice Thorez distinguait la statistique arithmétique et la statistique politique. Le gouvernement chinois est, on le sait, plutôt partisan de la seconde. Et ce à grande échelle.

Alors que les autorités évoquent pour la Chine une croissance du PIB de l’ordre de 7% cette année, celle-ci est en réalité tombée à un rythme de « 1 à 2% » l’an, selon Patrick Artus, directeur des études économiques de Natixis, et bon spécialiste de l’économie chinoise.

Une industrie désormais en stagnation

Comment parvient-il à ce chiffrage ? Selon les statistiques officielles, la croissance de l’industrie atteint 6,8% en rythme annuel, son niveau le plus depuis six ans.

Selon Patrick Artus, l’industrie chinoise est, en fait, sur un rythme de croissance zéro. On peut le voir à “l’évolution de la demande de charbon, qui est proche de zéro sur un an, tout comme celle de pétrole et d’électricité » explique-t-il. Cette évolution, surprenante, de la demande chinoise n’est pas étrangère à la chute des cours du pétrole, ces dernières semaines. Les cours pétroliers sont tombés autour des 90 dollars le baril.

Comment la Chine en est-elle arrivée là? Tout simplement en raison de la forte hausse des coûts salariaux -qui ont augmenté de 15% par an ces dernières années- alors même que la productivité restait inférieure aux standards occidentaux. D’où un ralentissement sensible des exportations.

Une forte croissance de la construction… jusqu’à ces derniers mois

Cette atonie de l’industrie avait été compensée jusqu’à récemment par une forte croissance de la construction, « de l’ordre de 20% l’an » selon Patrick Artus. Mais celle-ci est tombée autour de 10%. Le gouvernement chinois a décidé de mettre fin au laxisme qui prévalait dans la gestion des collectivités locales, qui se livraient à une débauche d’investissements et de prêts immobiliers, dopant leur endettement, en liaison avec une explosion du shadow banking.

Quand la bulle immobilière éclate

Conséquence de ces restrictions: un phénomène d’éclatement de la bulle immobilière. Selon l’économiste Jean-Luc Buchalet, « l’une des plus grandes bulles immobilières de l’histoire économique moderne est en voie de se dégonfler en Chine ». Et de citer « Li Ka-Shing, milliardaire et membre influent de l’une des familles chinoises les plus riches, qui a vendu pour plus de trois milliards de dollars d’immobilier commercial (représentant 10% de sa fortune) ».

Ce milliardaire s’apprêterait « à poursuivre ses ventes au cours des prochains mois alors que les défauts sur l’obligataire et les emprunts accélèrent dangereusement ».

Un système bancaire sous perfusion

Certes, les autorités chinoises tentent de maintenir le système bancaire sous perfusion. La banque centrale chinoise devrait accorder un prêt d’un montant total de 500 milliards de yuans (62,8 milliards d’euros) aux cinq principales banques du pays. Mais il s’agit d’éviter un effondrement du système financier, et non d’un véritable plan de relance.

La consommation risque de s’effondrer

Devant le ralentissement des exportations, et la diminution de l’excédent extérieur chinois, désormais inférieur à 3% du PIB, le gouvernement chinois tablait sur un relais de la demande intérieure. Mais, comme le soulignait dans la Tribune l’économiste Mylène Gaulard, « de nombreux secteurs d’activités sont de plus en plus confrontés à des problèmes de surproduction, et surtout à des capacités de production oisives atteignant parfois 50% de l’ensemble des capacités ». Du coup, « on peut craindre que l’augmentation des salaires ne pèse encore plus sur la compétitivité internationale de l’appareil productif chinois ».

La consommation était soutenue par l’immobilier

En fait, la demande interne était largement soutenue jusqu’à maintenant par la bulle immobilière, synonyme d’enrichissement et donc de consommation. A Pékin, les prix de l’immobilier sont passés d’une moyenne de 600 euros par mètre carré en 2000 , à plus de 2000 euros en 2013.

« D’où un essor spectaculaire des crédits bancaires (crédits accordés aussi bien par les banques officielles que par la finance informelle, le “shadow banking”), avec des prêts au secteur privé susceptibles d’être bien supérieurs à 200% du PIB », selon Mylène Gaulard.

Mais ce modèle craque, les promoteurs croulant sous les invendus. Déjà, certains bradent leur logement -on parle de baisse de prix de 40%.

De quoi précipiter la Chine dans la récession ? Sans même aller jusqu’à cette extrémité, l’absence de croissance risque de faire craquer tout le “modèle social” chinois, fondé sur l’exode rural vers des villes industrielles, où les paysans trouvaient de l’embauche. Si ce n’est plus le cas, le chômage, bien sûr officieux, risque d’exploser.

La Tribune

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