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Entretien avec Christophe Guilluy, l’auteur de “Fractures françaises”, dans le Nouvel Obs sur le vote FN dans les zones périphériques.

Il est frappant de constater le parallélisme entre l’émergence du FN en Bretagne et le développement d’une immigration visible dans les quartiers sociaux de Nantes ou de Rennes. Les gens se disent: si ma grande ville est atteinte, quid de mon village ? Le plus urgent pour eux, ce n’est pas de voter Mélenchon, le discours antipatrons, c’est mort. L’urgence, c’est le vote Le Pen, pour parvenir à stopper l’immigration.

Aujourd’hui, on assiste à l’émergence d’une France périphérique à l’écart des métropoles qui restent les zones d’emploi les plus actives. Globalement la société française a réussi son adaptation à la mondialisation avec le développement de ces métropoles. Mais on n’y a plus besoin des catégories populaires pour faire tourner la boutique. Car les métropoles génèrent à la fois des emplois très qualifiés, occupés par des cadres, et des emplois sous-qualifiés, sous-payés, souvent tenus par des immigrés. […]

Quelle est l’importance de cette France périphérique?

Evidemment les catégories populaires n’ont pas disparu: elles sont devenues invisibles. La France périphérique rassemble 60% de la population et 80% des catégories populaires: ouvriers, employés et, d’une manière générale, les «petits»: petits paysans, petits artisans, petits patrons même et retraités issus de ces catégories.

Celles-ci étaient hier opposées, parfois culturellement de gauche, parfois culturellement de droite. Aujourd’hui, elles font front commun. On ne peut pas parler de conscience de classe. Elles partagent les mêmes préoccupations face à la mondialisation, se sentent tenues à distance des villes-mondes. Socialement, cela a produit des mouvements comme les bonnets rouges, en Bretagne intérieure, loin de Rennes et de Nantes. Politiquement, le vote Front national y est surreprésenté.

L’ascenseur social fonctionne, pas très bien, mais il fonctionne. L’Insee a fait une étude sur les taux d’emploi chez les hommes d’origine immigrée ou non et chez les femmes d’origine immigrée ou non. C’est chez les hommes d’origine française que ça se casse la gueule. A cause du déclin de l’industrie et de la classe ouvrière.

On sent chez vous une empathie envers les petits Blancs. Vous refusez de les qualifier de racistes.

Il y a un profond mépris dans le diagnostic des gens d’en haut sur les gens d’en bas. D’après les sondages, 75% des Français estiment qu’il y a trop d’immigrés. Les pourcentages sont sensiblement les mêmes dans les autres pays d’Europe. Si on est démocrate, il est naturel de chercher à comprendre les raisons de ce ressenti ; ou alors, ça veut dire qu’on se considère comme moralement supérieur. […]

Si le FN continue de monter, le PS et l’UMP vont-ils finir par devoir s’allier ?

Quelle différence politique et idéologique y a-t-il entre Anne Hidalgo et NKM ou entre Alain Juppé et Gérard Collomb ? Les élus sont d’abord les représentants d’une sociologie et non l’inverse. Les maires des métropoles campent sur le même créneau économique et sociétal, qu’ils soient de gauche ou de droite. Il faudrait aller au bout de cette logique: ça permettrait d’avoir des blocs politiques cohérents.

Nouvel Obs

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