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Éric Fassin, interviewé par Clementine Autain. Paru le 6 mai 2014. Extraits.

“Les mots sont la clé de la bataille idéologique. L’enjeu central est de reconquérir l’hégémonie culturelle. Par exemple, l’idée que l’immigration est un problème fait partie du langage du PS. La gauche devrait dire qu’il y a des problèmes avec l’immigration. (…)
Tout le monde parle d’intégration. Pour la droite, il s’agit de s’intégrer ; mais la gauche devrait parler d’intégrer. Passer du verbe pronominal au verbe transitif, ça change tout ! Car dans le premier cas, c’est la responsabilité des immigrés ; dans le second, c’est celle de la société. Bref, la gauche emprunte les mots de la droite. (…)
Vous récusez l’opposition classique entre social et sociétal. Pour quelles raisons ?
Tout est social ! Il y aurait des sujets sérieux, d’autres futiles ; des questions majeures, d’autres mineures. Mais une politique qui privilégie la classe au détriment du sexe et de la race, en pratique, c’est une politique de l’homme blanc.
Il ne faut pas accepter l’alternative entre la vision de Terra Nova et celle de la Gauche populaire. Les deux s’opposent en apparence, mais se rejoignent sur un même partage du monde : d’un côté, le peuple, de l’autre, les minorités. Il faut proposer une image du peuple qui inclue les minorités, et non opposer une partie du peuple à une autre.
Reprendre la main, c’est parler une langue de gauche, choisir son lexique au lieu de le subir ; et changer le peuple, c’est passer du reflet à la proposition. Mais il faut aussi changer de peuple. Mais il faut aussi changer de peuple. Je m’explique. Il n’y a pas que la politique gouvernementale, qui se joue dans les élections. Il existe une politique non gouvernementale – nous qui ne sommes pas élus, nous qui ne nous résignons pas. Comment nous faire entendre, alors que nous ne sommes pas majoritaires ? Car dans les élections, c’est la majorité qui compte ! Il faut essayer de peser plus que notre poids. Il faut devenir des minorités agissantes.
Regards
——- Complément : Eric Fassin en quelques citations :
• “On nous dit que l’immigration est un problème, et qu’il faut sévir contre les sans-papiers. Comment la police les reconnaît-elle ? Parce qu’ils ont des « têtes d’étrangers » ? C’est quoi une tête d’étranger ? C’est quoi une tête de Français ? (…) (Rue 89)
• “Pourquoi la vie privée des étrangers serait-elle soumise à des conditions d’argent, de logement ou de langue ? L’épouse d’un chômeur et ses enfants ont bien le droit de vivre avec lui, même s’il est étranger, et même s’ils ne parlent pas français.” (Libération)
• « L’immigration, les Roms, l’islam ne sont pas des problèmes » (Libération)
• Voir vidéo : Eric Fassin demande le regroupement familial sans condition.
 

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