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Papier de Frédéric L’Helgoualch, serveur

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Elle balance sa fourrure léopard sur la banquette, sans se soucier de la place laissée aux autres, encore debout, et me lance un tonique “un verre de vin rouge ! Le meilleur. Vite, j’ai soif !” et éclate de rire, bourgeoise gentiment gouailleuse, qui sait -je connais bien cette espèce- comment être exigeante sans pour autant braquer quiconque. […]

Son bonhomme a l’allure du type qui a incontestablement réussi socialement mais, ventru, paupière tombante derrière ses grosses binocles, costard gris, gestes assurés, certes mais, ralentis, mous même (du moins, comparés à ceux de sa matrone qui zieute sans cesse autour d’elle, zieute, gigote, encore et encore), il se dégage de sa personne un quelque chose qui se rapproche de la lassitude. En face d’eux, le fils et la fille (mon oreille indiscrète de serveur me permet de savoir qu’ils ne forment pas un couple).

Les deux semblent avoir hérité de l’apathie paternelle (qui, je l’imagine, au moins, a bien vécu avant d’en arriver là) mais, de la faconde de leur génitrice, point la moindre trace. Ils ont l’air engoncé des ados que papa-maman traînent au restaurant de force et ce, malgré leur trentaine bien sonnée. Ces deux moules me filent d’emblée de l’urticaire. Mon allergie aux fruits de mer, très certainement. […]

La prise de commande est rapide. Mme joue la show-girl mais, cela m’amuse -tant que je ne suis pas condamné à vivre avec ce nombril sur stilettos- je dois faire répéter le garçon à tête de puceau, qui ne parle pas très fort. Monsieur soupire sa requête plus qu’il ne la donne; Mlle a l’œil fuyant et la bouche dédaigneuse. “Petite morue satisfaite”, songe-je méchamment, pris dans le speed du service, peu disposé à tolérer le moindre signe de condescendance à mon endroit. […]

Ils y étaient, pour la défense des valeurs traditionnelles, ancestrales, hiérarchiques, religieuses et culturelles. La France, mes chers compatriotes, la France éternelle (avec les trémolos de circonstance dans la voix) ! […]

Même la mère, qui, au final, me faisait encore sourire deux minutes plus tôt, me semble soudain beaucoup moins drôle. La famille Hingals, ne vous en déplaise, dans votre cas, me semble s’être métamorphosée, au fil du temps, en famille Adams. Je me retiens de leur demander pourquoi ils n’ont pas battu le pavé plus tôt, lors de la découverte des crimes pédophiles couverts par l’Eglise qui soutient le mouvement, par exemple. Lors de telle ou telle loi socialement injuste, par exemple. Je me retiens de leur rappeler l’élection démocratique récente de ce parlement puisque, désormais, ils parlent même de “dictature”. […]

Désormais, leurs fantasmes se mélangent à la loi, votée. Mais, non, je me contente de leur souhaiter bon appétit. Ils ne répondent pas, trop occupés à s’offusquer, trop heureux de se rassurer. C’est beau, une famille nécrosée qui panse ses plaies. Même fifils a son opinion sur la question. Et la cocotte pédante en ballerines est intarissable. Chéris…

“Des gens bien”. “Des gens respectables”. Définition, s’il vous plaît ? A contrario, qu’est-ce que “des gens pas bien” ? “Des gens pas respectables” ?

Dans votre cas, où la position sociale, les études, les regards externes doivent se mélanger aux valeurs culturelles que vous croyez – fantasmez ? – incarner (et qui te donne, à toi, entre autres, tant d’assurance, ancienne petite fille rêveuse – comme toutes les petites filles – devenue vieille mégalo peinturlurée, castratrice, triste, à n’en pas douter, triste à pleurer, triste à gerber, malgré tes effets de manche pathétiques), la réponse potentielle me fait frémir. […]

Je ne vous fréquenterais pas à priori avec plaisir (les opinions différentes, oui, elles nourrissent la Démocratie. Des certitudes qui excluent des pans entiers de la société, non. Juste non) mais, jamais, je ne me permettrais de vous jeter des pierres ou de vous retirer des droits, tant qu’ils n’amputent pas les miens. […]

Huffington Post

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