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Bernadette Hétier et Pierre Mairat, coprésidents du MRAP mettent en exergue “la gangrène de la racialisation du discours qui affecte aussi certains secteurs communautaires, et c’est là un fait nouveau”. Ils en appellent “au législateur pour que la proposition de retirer le mot race de la Constitution soit retenue”.

“Le racisme peut se définir par la multiplication de propos ou d’actes stigmatisant telle ou telle catégorie de la population, par des rapports de domination inscrits dans une histoire liée ou non à la colonisation, par la relégation sociale, les discriminations, par un statut de citoyen de seconde zone, par des contrôles policiers, etc.

Mais il peut s’exprimer aussi dans un corps de doctrine racial. Les théories racistes peuvent, selon les contextes, se propager à l’ensemble de la société et doivent être combattues et dénoncées clairement et fermement. Le combat du Mrap contre le discours racial d’extrême droite ou de droite extrême est connu. Les principales populations ciblées sont les Roms, les populations arabes ou noires, les musulmans. Ce combat a amené le Mrap, dans la dernière période, à dénoncer ou à traîner en justice des gens comme Finkielkraut, Hortefeux, Sarkozy, Guéant, Zemmour.

Mais la gangrène de la racialisation du discours affecte aussi certains secteurs communautaires, et c’est là un fait nouveau. Dans les médias, une mouvance politique-communautaire se revendique de la « lutte des races ». Les théories d’exclusion et la sémantique identitaire raciale qu’elle développe s’apparentent à celles de l’extrême droite. On retrouve en effet, dans ses discours, les concepts de race, de lutte des races, de frères de race. Chacun est appelé à pratiquer un apartheid organisationnel, politique ou associatif basé sur la couleur de peau. Les individus sont essentialisés dans des origines supposées antagoniques. L’universalisme cède alors la place au relativisme culturel. Le « eux et nous » s’oppose à la mixité sociale, parfois jusqu’au cœur de l’intime quand les couples mixtes sont stigmatisés, à l’extrême droite ou dans ses franges communautaires.

La race éclipse alors les clivages sociaux. Les frères de race, toutes classes sociales confondues, se substituent aux citoyens solidaires. Le message politique rejoint celui de l’extrême droite qui, sous couvert de race ou de nation, a toujours voulu nier ou relativiser les antagonismes de classes. C’est ainsi que les événements des banlieues de l’année 2005 ne sont plus perçus comme une révolte contre les difficultés de vie et la relégation sociale, mais comme une première manche de la « guerre de race » des non-Blancs contre les Blancs. C’est une thèse partagée par l’extrême droite et ses mouvances communautaristes.

Le Mrap, qui lutte contre tous les racismes, doit déconstruire tous ces discours identitaires et raciaux. Il rappelle sans équivoque que le racisme systémique frappe toujours les mêmes groupes humains, postcoloniaux ou roms. Ce racisme-là n’est pas de même nature que les actes épars et marginaux de haine raciale anti-Blancs qui peuvent être constatés. Mais toute tentative d’offrir à ces manifestations, marginales et non structurées idéologiquement, un corps de doctrine opposant les Blancs aux non-Blancs rencontrera l’opposition ferme du Mrap.

Le Mrap refuse toute idéologie raciste qui enferme les individus dans une lutte des races ou des identités supposées, dont le Noir, le Rom, l’Arabe, le juif, le musulman, le Blanc ou l’Asiatique seraient les ennemis désignés. Le Mrap refuse les chocs identitaires et raciaux, quelles qu’en soient les victimes et quels qu’en soient les auteurs. C’est pourquoi le Mrap en appelle au législateur pour que la proposition de retirer le mot race de la Constitution soit retenue. Ce serait là un geste symbolique fort qui aiderait à enrayer toute résurgence de l’existence des races et de leurs antagonismes.”

L’Humanité

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