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Les hôpitaux italiens sont mis au régime sec. Mario Monti veut réduire les dépenses de santé de prés de 100 milliards en six ans. Une purge budgétaire dangereuse pour les malades.

Plus d’eau minérale gratuite, de sel, de poivre, d’huile. Et plus de parmesan, de yoghourts et de confiture au petit déjeuner. Cela fait une semaine que les patients hospitalisés dans deux structures publiques importantes de la ville de Crémone (nord), sont soumis à un régime strict. Non pas pour des raisons de santé mais tout simplement par souci d’économie.

Car pour éviter à la péninsule d’être dévorée à la sauce grecque, le gouvernement Monti coupe à la hache dans tous les budgets, notamment celui des hôpitaux.

Dépenser moins et mieux

Les établissements hospitaliers doivent dépenser moins et mieux, avec pour objectif immédiat de réduire leurs dépenses de 5% d’ici la fin de l’année. Pour les deux hôpitaux de Crémone, cela représente un million deux cent mille euros à économiser avant la fin décembre.

Un objectif quasi impossible à atteindre. “Nous avons d’abord essayé de renégocier les contrats avec les fournisseurs” explique Luigi Ablondi, directeur général de l’hôpital Maggiore. En vain, ces derniers ayant déjà réduit leurs marges au maximum.

Et pourquoi ne pas revoir les menus des patients en éliminant les aliments les plus couteux? “C’est trop compliqué car nous devons respecter des normes précises au niveau de l’hygiène et de la qualité des aliments” répond Luigi Albondi.

Le directeur général a finalement préféré rogner sur toutes les dépenses jugées non indispensables. Une mesure parmi d’autres: les malades hospitalisés devront désormais acheter leurs bouteilles d’eau minérale vendues 40 centimes pièce dans des distributeurs installés dans les couloirs de l’établissement.

Pour le reste, ils devront compter sur leurs familles. Des coupes seront aussi réalisées sur le budget de nettoyage et les achats de fournitures médicales et de bureau.

Du coté des syndicats, on conteste ces économies. Un avis partagé par plusieurs médecins hospitaliers.

En rognant sur le budget des hôpitaux, l’Etat affirme pourtant vouloir économiser près de 100 milliards d’euros en six ans ! L’idée étant de récupérer au moins 25% de ce montant à court terme, c’est-à-dire durant les trois prochaines années. Ceci afin de rééquilibrer les comptes de l’assurance maladie, en déficit chronique depuis des années. Le gouvernement Monti veut également réduire les dépenses de médicaments.

Gâchis et mauvaises pratiques

Dans un hôpital catholique public situé dans la banlieue romaine, la direction a voulu serrer les boulons dans les Urgences.

“L’idée de la direction était de réduire le nombre de spécialistes de garde pour diminuer les effectifs. On nous a proposé de nous affecter dans d’autres services. Les premiers à payer les pots cassés sont bien sûr les malades

explique Marco De Benedetti, gynécologue urgentiste dans l’hôpital Vanini.

“C’est paradoxal, on dépense de l’argent pour ouvrir un service d’urgence et puis on se rend compte qu’il n’y a pas suffisamment de médecins et d’infirmiers pour couvrir les besoins de ce nouveau département. Du coup, les locaux sont à moitié vides car on nous demande de multiplier les heures supplémentaires. C’est impossible, nos horaires étant déjà surchargés

s’énerve Umberto Passera.

Cet urologue qui exerce à l’hôpital San Eugenio, une structure à la pointe située dans le quartier de l’Eur construit sous le fascisme à la périphérie de Rome, n’est pas tendre avec l’administration publique.

Si on arrivait à diminuer le gâchis, ce serait déjà un sacré résultat!

s’exclame Umberto Passera. Cela implique, selon lui, de maitriser les dépenses avec une planification des achats de matériels pour éviter la multiplication d’appareils inutilisés et de contrôler la distribution de médicaments. Et surtout, de rationaliser les séjours hospitaliers avant et après les interventions.

J’ai été hospitalisé dix jours avant de subir une intervention bénigne. Le secrétariat de l’hôpital Benefratelli à Rome m’a expliqué qu’il valait mieux que je sois sur place pour éviter que quelqu’un d’autre prenne le lit qui m’était attribué. En fait, l’hôpital s’est tout simplement fait payer 10 jours en plus par la sécurité sociale,

s’insurge Gianfranco Paladini. Ce sexagénaire opéré d’un cancer à l’estomac a également reçu plusieurs boites de médicaments après chaque séance de chimiothérapie pour combatte les effets secondaires.

“C’est honteux, je n’en ai même pas utilisé la moitié ! Ce sont ces pratiques qui plombent la santé italienne !”

Avant de supprimer l’eau minérale, le gouvernement aurait sans doute été bien inspiré de réaliser un véritable audit des hôpitaux pour repérer les nombreux et dispendieux dysfonctionnements. Mais cela demande du temps, et l’Italie, sous la pression des marchés et de l’Union européenne, n’en a plus. Pour Mario Monti, il faut agir vite, même si les mesures prises ne sont pas les bonnes. Les apparences sont sauves. Les malades hospitalisés n’ont qu’à s’adapter en espérant ne pas être trop mal soignés.

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