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La scène est surréaliste. Elle résume à elle seule le vaste défi lancé par les trafiquants de drogue à Saint-Ouen. Nous sommes au 2, rue du Landy dans le quartier Soubise-Dhalenne. Un des sept quartiers de la ville retenus en « zone de sécurité prioritaire » par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls.
La mairie a fait dresser un barnum au pied de la tour de 18 étages, pour boire un verre avec quelques habitants, qui, inévitablement, se plaignent du trafic de drogue. « Il faut se débarrasser de ce commerce dangereux pour vous, pour tous ces petits et dangereux aussi pour ceux qui le font », lance au micro le maire, Jaqueline Rouillon, de la Fase (Fédération pour une alternative sociale et écologique).

Mais sur le côté, un jeune homme, capuche serrée, continue de contrôler les entrées tandis qu’un autre oriente les clients dans les étages. Sur des chaises dehors, d’autres surveillent. Tous ont le regard et les oreilles rivés vers le rassemblement mais le commerce continue. Peu importe la présence d’élus, de journalistes et d’habitants qui crient leur désespoir.

« Je n’en peux plus, je ne me sens plus chez moi, quand je sors, j’ai envie de vomir », lâche une mère de famille avant de fondre en larmes. Un retraité enchaîne : « On n’est plus chez nous, si tout le monde descendait de l’immeuble on serait des centaines! »
Tout au long de la visite, c’est le trafic qui alimente la plupart des discussions. « Il faut qu’Allende fasse la même chose que nous ! » suggère une locataire de la cité Blanche, où les habitants ont récemment chassé quelques dealeurs qui tentaient de se réinstaller. A l’arrière de la cité, un habitant raconte qu’il a créé un jardin partagé sur un terrain autrefois occupé par les dealeurs… A force de dialogue et de persévérance mais non sans mal. « Moi je ne vais pas descendre avec les banderoles », assure un peu plus tard une habitante de la cité Allende. A l’arrivée du cortège d’élus et d’habitants, les guetteurs se retirent à l’autre bout du parvis. Le commerce fait une pause, les acheteurs patientent. A l’entrée de la cité, ils sont quatre garçons et une fille, bien mis, à attendre sur leur scooter que « le point ouvre ». « Vous êtes aussi pourris que les pourris qui vendent la drogue », leur hurle un habitant, sans susciter de réaction.

« On les voit les petits bobos : ça critique le 93 et ça vient acheter son shit ici et nous quand on cherche du boulot, on trinque », explique une habitante.

Des assistantes maternelles veulent déménager pour continuer à travailler. Pour que les parents qui leur confient un enfant ne soient plus contrôlés ou questionnés matin et soir pour savoir qui ils sont et où ils vont. Que faire? Tous conviennent plus ou moins que la police travaille, même si une présence plus régulière est désirée. La justice en prend pour son grade. Quant au levier éducatif, il laisse sceptique : « même en échec scolaire, ils gagnent plus que moi », assure une locataire.
Le Parisien

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