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Que se serait-il passé si Robin des bois avait fait ses courses au supermarché ? Les étals bien garnis de ces temples de la consommation ont en tout cas donné des idées à une centaine de membres du Syndicat andalou des travailleurs (SAT). Les militants sont allés mardi 8 août se servir dans les rayons de deux supermarchés sans passer par la caisse. L’objectif : redistribuer leur vingtaine de chariots remplis de produits alimentaires à des ONG locales.

Andres Amaro et Fransisco Molera, membres du SAT, brandissent des drapeaux de l’Andalousie après leur libération.

Un moyen de protester contre la vie chère et les inégalités sociales, alors que l’Andalousie est une des régions d’Espagne les plus touchée par la crise, avec 33,92 % de sa population au chômage.  “Est-ce du vol ? Un acte symbolique ? Une atrocité ? Un fait violent ?” s’interrogeait mardi 8 août El Pais, en relatant la scène.

“Le moment est arrivé de mener des actions qui frisent l’illégalité, parce qu’il y a des gens pour qui tout va mal, et nous ne pouvons pas rester les bras croisés”, a commenté un syndicaliste. Mais pas question pour autant de faire les choses dans le désordre. “La consigne était claire. L’objectif était de ne pas saccager. Prendre seulement des produits de première nécessité. Ni chocolats, ni yaourts,  ni desserts, mais du sucre, de l’huile, des légumes, du lait” explique ainsi le secrétaire général du SAT, Diego Cañamero.

Et le scénario ne s’est pas déroulé de la même manière dans les deux supermarchés visés. Dans le premier, des affrontements entre les militants et la police ont eu lieu, tandis que le second supermarché a finalement accepté de lui-même d’offrir une dizaine de chariots remplis de provisions, pour une valeur de 1 000 euros.


Mais ce qui provoque le plus de débats dans les médias espagnols, c’est la présence d’élus parmi les militants. José Manuel Sanchez Gordillo, député régional du parti de gauche Izquierda Unida, a en effet dirigé les opérations armé d’un mégaphone. Un journaliste de la radio ABC a ainsi fait la morale à l’élu :  “J’espère que c’est la dernière fois que j’interroge un élu qui vole dans les supermarchés”. “C’est un acte répréhensible à 100 % !” a-t-il insisté. José Manuel Sanchez Gordillo n’a pas manqué de répartie.“C’est cette crise qui est un vaste vol !” a-t-il lancé, à grand renfort de chiffres et de statistiques.

Un acte “intolérable” pour le ministre de l’intérieur, Jorge Fernandez Diaz, qui a lancé un mandat d’arrêt contre les militants. “Nous sommes tous conscients que ça va mal pour les gens, mais la fin ne justifie pas les moyens. Ce serait la loi de la jungle” a-t-il justifié. Un constat partagé par le président socialiste de la Junte d’Andalousie, José Antonio Grinan, “C’est une atrocité d’attaquer un supermarché quand on est député.”

“Prendre de la nourriture et la donner aux familles en grande difficulté, si cela c’est du vol, alors oui je suis coupable” a répliqué le militant Francisco Molero, 23 ans. Après avoir passé une nuit au commissariat de Séville avec un autre militant, il a été remis en liberté hier mais sera poursuivi pour vol et action sous la contrainte. L’élu José Manuel Sanchez pourrait aussi être entendu par un juge. “Si je finis en prison parce que j’ai pointé du doigt les effets de la crise, ce sera un honneur pour moi” a-t-il réagi.

D’après El Mundo, la police a également été dépêchée dans une exploitation agricole du ministère de la défense occupée depuis plus de deux semaines par ces mêmes militants pour réclamer une meilleure répartition des terres dans cette région où se perpétue la tradition des grands propriétaires. L’évacuation s’est faite “sans le moindre incident” note le quotidien.

Le Monde

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