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Pierre-André Taguieff, philosophe, politologue et historien des idées, tente de définir la notion d’extrême droite dans un texte intitulé “Les nouveaux sentiers de l’extrémisme”.

Il conviendrait de s’interroger sur les récentes évolutions du Front national, dont le discours s’est à la fois républicanisé (en intégrant la défense de la laïcité) et marxisé (par des emprunts à l’anticapitalisme révolutionnaire). Début d’une sortie de l’extrémisme, ou invention d’un nouvel extrémisme idéologiquement acceptable?
Partons d’une question devenue rituelle: qu’est-ce que l’extrême droite ? Dans sa formulation naïve, cette question suppose comme une évidence que «l’extrême droite» constitue un objet définissable, parce que doté d’une nature ou d’une essence, qu’elle représente une posture idéologique identifiable et prend place en conséquence dans le système des classifications idéologico-politiques modernes. [….] Ce qu’on appelle «l’extrême droite», dans la nuit médiatique où toutes les vaches sont noires, n’est pas le produit d’une droitisation de la droite, ni d’une extrémisation de l’esprit droitier. Ladite «extrême droite» est aussi étrangère à la droite libérale qu’à la gauche socialiste réformiste. Elle n’est pas une super-droite ni une hyper-droite. Elle ne se situe pas «à droite de la droite», selon l’expression convenue, dont l’intention polémique est aussi claire que la vacuité sémantique. Elle n’est ni extrêmement de droite ni radicalement de droite.
À l’analyse, on constate que «l’extrême droite» a pour antithèse la droite libérale, soit le pluralisme de principe et la visée du compromis à travers la discussion publique. Son noyau dur, c’est l’autoritarisme dans la sphère de l’idéologie (doctrine et programme) et le recours à la violence dans la sphère de l’action. Ce sont là des traits qui ne suffisent pas à la spécifier, puisqu’on les rencontre aussi dans les courants révolutionnaires de type blanquiste, léniniste ou maoïste. [….] La vision extrémiste du monde, pour autant qu’on puisse la définir en quelques mots, consiste à voir des ennemis partout, qu’ils soient ceux d’en haut (les « puissants ») ou ceux d’en face (les envahisseurs»). C’est pourquoi l’extrémisme politique est inséparable d’une perception conspirationniste de la marche du monde.
huffingtonpost

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