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Les CDS sur la dette grecque ne vont pas se déclencher. Faut-il y déceler une sorte de complot? Joseph Stiglitz ne se fait pas que des amis…

Joseph Stiglitz n’a pas sa langue en poche. Dans une tribune publiée sur L’Echo du 8 février, le prix Nobel d’économie égratigne la Banque centrale européenne et son manque de transparence.

Dans le dossier grec, Stiglitz estime que la position de l’institution de Francfort a été pour le moins curieuse. Elle s’est ainsi toujours opposée à ce fameux “événement de crédit “, lié à un défaut de paiement de la Grèce, qui déclencherait les contrats de CDS.

Que n’a-t-on écrit sur ces “credit default swaps “, ces contrats qui permettent de s’assurer contre un défaut de paiement? Un produit qui a enfoncé des firmes comme AIG et Fortis en pleine tourmente financière en 2008, et qui a ensuite mis à mal des pays, comme la Grèce.

A la base, un CDS peut s’avérer utile. Il permet à un détenteur d’une obligation de se couvrir contre le défaut de paiement de l’émetteur. Comme un “bon père de famille” assure sa maison contre un incendie. Mais quand ce sont majoritairement des non-détenteurs de l’obligation qui se ruent sur les CDS, cela se corse. Il s’agit alors d’acteurs qui s’assurent contre un risque financier qu’ils ne courent pas. Ou comme l’indiquait Peter Praet, “c’est un peu comme si j’achetais une assurance contre le risque d’incendie de la maison d’une tierce personne “. En d’autres mots, ce serait presqu’une incitation à mettre le feu à la maison du voisin.

Mais revenons à Athènes. Les banques européennes détiennent quelque 40 milliards d’euros de dette grecque. On aurait pu supposer que face au risque de défaut sur leurs obligations, les banquiers, en gestionnaires avisés, achètent une assurance sous forme de CDS.

Dans ce cas, un régulateur qui prend en compte la stabilité financière du système veille en principe à ce que l’assureur paye en cas de perte. Pourtant la BCE veut que les banques ne soient pas dédommagées en cas de perte sur les obligations qu’elles détiennent “, s’étonne Stiglitz.

Juges et parties?

Alors plusieurs hypothèses existent. La première, selon le prix Nobel, est que les banques ne se sont pas assurées contre le défaut de paiement et que certaines ont adopté des positions spéculatives. Ou alors la BCE tente peut-être de protéger les banques qui ont émis les contrats d’assurance et qui sont donc censées devoir dédommager les acheteurs de contrats. Si tel est le cas, ce serait relativement grave. Enfin, dernière hypothèse, la BCE sait que le système financier manque de transparence et que les investisseurs ne peuvent évaluer les conséquences d’un défaut de paiement, ce qui pourrait entraîner un nouveau gel des marchés du crédit, de type Lehman Brothers.

Dans le milieu des économistes, certains s’interrogent aussi. Qui a acheté des CDS, qui a vendu, quel est le rôle de la BCE? Et surtout comment se fait-il que les CDS ne se déclenchent pas alors que la Grèce a fait défaut sur des paiements de factures, de pensions et que des banques, à la suite d’une restructuration dite “volontaire “, vont perdre 50 à 70% de leur mise?

Pour couronner le tout, c’est l’International Swaps and Derivatives Association (ISDA), composée de banquiers, qui décide si un “événement de crédit” a bien eu lieu et si ce dernier permet d’activer les CDS. Des banquiers, juges et parties? Stiglitz parle en tout cas d’un petit “comité secret “.

La réplique de l’ISDA n’a guère tardé face aux accusations du Nobel d’économie avec un communiqué intitulé “A not so noble idea “. L’ISDA y souligne notamment que les CDS grecs ne portent que sur 3,2 milliards de dollars. Pas de quoi ébranler le système.

Dans ce débat passionné, les grands perdants risquent d’être en définitive les CDS sur dettes souveraines. Dans le cas emblématique de la Grèce, ces produits auront en quelque sorte démontré leur inutilité. Alors pourquoi encore acheter un CDS sur le Portugal, l’Espagne ou la Belgique?

L’Echo

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