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Entretien avec le père Christian Delorme, curé des paroisses d’Oullins et de Pierre-Bénite, et co-auteur du livre « L’islam que j’aime, l’islam qui m’inquiète » (Editions Bayard).

Le Progrès : Des imams eux-mêmes vous diront qu’ils n’arrivent plus à discuter, en particulier avec des salafistes.
Christian Delorme : Oui et non. Les salafites (ou salafistes) sont dangereux quand ils prônent la rupture et maudissent la société présente. Mais il existe toute une catégorie de salafites très pieux, non violents, avec qui l’on discute facilement. Ils vivent un peu comme des évangéliques ou des adventistes du 7e jour ; ils sont dans leur monde à eux mais n’en veulent à personne. Tout un tas de boutiques de sandwicheries halal sont tenues par des salafites qui vous y accueilleront très gentiment. La barbe ne fait pas l’intégriste, le voile non plus. Parfois cela coïncide, mais ce n’est pas toujours le cas. Il y a des « barbus » sans barbe. Il ne faut pas se créer de nouveaux diables, de nouveaux boucs émissaires. D’autant plus que les gens évoluent. J’ai connu des jeunes, salafites ou en voie de l’être, qui ont envoyé promener leur CD et leur walkman il y a dix ans, parce qu’on leur disait « la musique est haram (illicite) ». ça a tenu un an ou deux et puis ils se sont aperçus qu’on leur racontait n’importe quoi. La plupart des salafites seraient incapables de vivre dans un autre pays que la France. (…)

> Quand vous rencontrez des personnes qui tiennent des discours agressifs contre les musulmans ou l’islam, que leur dites-vous ?
Christian Delorme : Ce que je voudrais d’abord dire, c’est que l’islamophobie est un concept qu’il faut manier avec beaucoup de prudence. Elle n’est pas majoritaire en France. Dans la plupart des villes, les gens ont bien accepté que des mosquées soient construites. La plupart des gens vivent bien ensemble. Je ne nie pas qu’il y ait des lieux où la situation est devenue inquiétante, comme en Seine-Saint-Denis, où le fait d’avoir concentré une population d’origine étrangère a créé un ghetto, une sorte de Bantoustan. Mais ce n’est pas, encore une fois, le cas de la majorité des quartiers de France. Pour répondre à votre question, je rappelle toujours que ce qui fait peur à certains dans l’islam (on cite des mots comme « intolérance », « violence », « discrimination contre les femmes »), sont des choses qui font souvent peur aux musulmans, et qu’ils combattent eux-mêmes. Cessons de regarder les musulmans comme un « bloc » hostile : on les fait souffrir à les considérer ainsi, et en les mettant tous dans le même camp, alors qu’il s’agit d’un monde traversé de multiples tendances.

> Mais que dites-vous aux personnes qui voient les musulmans comme une menace, en France ?

Depuis vingt ans, les musulmans de France nous ont protégés des risques d’attentats qui n’ont pas manqué de peser sur la société française. Pendant la guerre civile en Algérie, la diaspora algérienne a tout fait pour empêcher que cette violence se propage en France et on doit lui en savoir gré. Les policiers le disent eux-mêmes : des projets d’attentats ont régulièrement été déjoués en France depuis vingt ans. Et comment en ont-ils été informés ? Par des musulmans !

Lire l’interview complète dans Le Progrès

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