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L’Histoire économique et financière a déjà vu des exemples de rupture d’une union monétaire. Avec quelques leçons à en tirer.

La zone euro est-elle sur le point d’éclater ? La Grèce doit-elle revenir à la drachme ? Peut-on créer une Europe à deux vitesses, avec les pays « cœur » d’un côté et les « périphériques » de l’autre ?

Même si, jusqu’ici, la réponse des gouvernements et des institutions européennes a été de défendre l’intégrité de la zone euro, ces questions se posent désormais ouvertement sur les marchés. Aujourd’hui, les traités n’envisagent pas de sortie d’un pays de la zone euro. Une dissolution de l’Union Economique et Monétaire européenne ne paraît pourtant plus impensable.

Dans une courte note d’analyse, les économistes d’Amundi, le plus gros gestionnaire de fonds français (filiale du Crédit Agricole et de la Société Générale) soulignent à cet égard que l’Histoire économique et financière a déjà vu quelques exemples de rupture d’une union monétaire, qu’elle soit nationale ou multi – nationale. Notamment au 20ème siècle (cliquer sur le tableau pour l’agrandir).

Amundi commence par rappeler que l’union monétaire aux Etats-Unis (créée entre 1789 et 1792) et l’union monétaire italienne (mise en place en 1861 lors de l’unification de l’Italie) sont deux unions qui ont perduré sans dommages particuliers, tandis que l’union monétaire allemande a connu quelques soubresauts. Créée en 1875, interrompue après la seconde guerre mondiale, elle a été « réactivée » en 1991.

Alors que nous apprend réellement l’Histoire ? Amundi retient quatre choses fondamentales.

1. L’Histoire nous éclaire tout d’abord sur les causes des dissolutions
« Ce sont les divergences de politiques monétaires, les résultats d’une guerre, la création de nouveaux Etats, ou encore une décision volontaire pour franchir une étape supplémentaire qui ont entraîné dissolutions, abandon, ou intégration plus forte », écrivent les économistes.

2. Les unions monétaires ont toutes été précédées d’une volonté politique forte et d’un processus fort d’unification politique
Or, « ce sont précisément des changements politiques irréversibles qui ont précipité l’abandon de bon nombre d’unions monétaires ».

3. L’Union Economique et Monétaire européenne ne ressemble à aucune union monétaire ayant existé dans le passé
« Est-ce une union monétaire nationale ou multinationale ? Comme le notent Bordo et Jonung, répondre à cette question n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Certes, il y a encore une certaine autonomie politique, budgétaire et fiscale, et l’intégration monétaire a précédé nettement l’intégration budgétaire, ce qui rapproche l’union monétaire européenne des unions multi-nationales. Pourtant, il semble que l’on puisse conclure sur le fait qu’il s’agissait bien au début d’une union nationale : une seule devise, une seule politique monétaire, des banques centrales nationales qui devaient graduellement perdre leur pouvoir décisionnel, une centralisation des décisions de plus en plus forte, l’absence de règles de sécession (contrairement par exemple à l’Union scandinave dans laquelle les règles de sécession étaient partie intégrante du traité signé) ».

4. L’Union Economique et Monétaire européenne est un processus qui reste flexible, contrairement aux unions qui ont échoué
« C’est précisément cela qui devrait normalement faire sa force, notent les experts d’Amundi. Cela n’évite pas pour autant des chocs sévères (et asymétriques), et cela ne garantit pas a priori la survie de l’Union. Cela veut dire simplement que les instruments politiques et économiques pour faire face aux chocs doivent pouvoir être mis en place rapidement lorsque les crises surviennent. C’est sur ce point que les Etats européens marquent le pas… jusqu’ici, il leur a été difficile de montrer leur solidarité, et leur rapidité de décision et d’exécution ».

Les déboires de l’Italie, qui a vu ses taux d’intérêt dépasser cette semaine le seuil de tolérance de 7%, pourraient changer la donne, et précipiter les décisions.

Les Echos

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