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Pays d’accueil pendant les années fastes, l’Espagne perd désormais des habitants. Le pays attire moins les étrangers, qui peinent à occuper un emploi, et de jeunes diplômés partent tenter leur chance en Allemagne, en France ou en Grande-Bretagne, où ils espèrent trouver de meilleurs conditions de travail.

Entre 2002 et 2008, la population espagnole a augmenté d’environ 700 000 habitants chaque année. Mais, après une petite décennie de croissance rapide, la tendance s’est inversée : l’Espagne perdra 500 000 habitants, soit 1,2% de sa population d’ici à 2021, si les tendances démographiques actuelles se maintiennent, assure l’Institut national des statistiques (INE).

Dans 10 ans, le pays ne comptera plus que 45,6 millions de personnes, soit à peu près vingt millions de moins qu’en France, pour un territoire à peine plus petit que l’hexagone.

La première raison tient aux déséquilibres de la pyramide des âges : les femmes aujourd’hui en âge de procréer sont nées pendant la crise de la natalité des années 1980 et sont donc moins nombreuses. Une tendance de fond que même la croissance de la fécondité en Espagne (1,5 enfant par femme en 2020, contre 1,38 en 2010), ne suffira pas à contrebalancer. Résultat, le nombre de décès sera supérieur à celui des naissances avant la fin de la décennie.

Terre d’écueil

Cette évolution restait supportable tant que l’Espagne restait un pays attractif. Ce n’est plus le cas. Le solde migratoire sera négatif en 2011 puisque l’Espagne comptera cette année 130 000 émigrants de plus que d’immigrants.

De fait, même l’immigration irrégulière est en baisse. Les arrivées d’immigrants irréguliers en Espagne ont déjà chuté de moitié entre 2009 et 2010. Après avoir tenu pendant une dizaine d’années le rôle de terre d’accueil, les flux se sont inversés et l’Espagne recommence à voir partir ses habitants, poussés, comme leurs aïeux de la fin du franquisme, à aller chercher ailleurs des opportunités de travail.

Les perspectives offertes aux nouveaux arrivants sont certes dissuasives. La différence est abyssale entre la situation actuelle et les années fastes du boom immobilier, du logement facile et de l’emploi pléthorique. La crise financière et l’éclatement de la bulle immobilière ont conduit à une dégradation globale de l’économie. Avec près de 21% de chômage, les opportunités d’emplois légaux se font rares. Et, les immigrés sont les premiers touchés.

Aide au retour des immigrés

Dans ce contexte, nombre d’immigrés optent pour un retour chez eux. En particulier les immigrés venus d’Amérique du sud (Equateur et Argentine notamment), pour qui les perspectives d’emploi peuvent désormais être plus favorables dans leur pays d’origine. Ce n’est pas le cas des migrants du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne.

Le Gouvernement a par ailleurs mis en place un système d’aide au retour pour désengorger les files d’attente au Pôle Emploi espagnol. Il anticipe que le secteur de la construction, autrefois grand pourvoyeur d’emplois aux immigrés, ne retrouvera probablement pas le niveau d’activité des années fastes.

Parmi ceux qui quittent l’Espagne, il y a aussi des Espagnols, souvent jeunes et diplômés en quête d’un emploi en accord avec leur niveau de qualification. Ainsi, le syndicat des architectes espagnols (Sarq) informe que 73% de ces professionnels envisagent de s’installer à l’extérieur à cause, essentiellement, des conditions de travail précaires et du taux de chômage élevé.

Les destinations privilégiées sont l’Allemagne, qui cherche explicitement à attirer les cerveaux étrangers, la France et la Grande-Bretagne.

Le nombre d’Espagnols enregistrés dans le système de sécurité sociale britannique a augmenté de 85% pendant la dernière année fiscale (avril 2010-avril 2011), par rapport à l’année précédente. Pour la première fois, l’Espagne est arrivée dans le top cinq des pays de provenance des immigrés au Royaume-Uni – après le Pakistan, le Sri Lanka, la Lituanie et l’Irlande. Selon la branche espagnole de l’agence d’intérim Adecco, environ 110 000 personnes ont quitté l’Espagne avec un contrat de travail à la clé entre 2008 et 2010, résume le quotidien roumain Adevarul.

Plus d’un habitant sur cinq sous le seuil de pauvreté.

Même si, d’après certains experts, elles sont moins déterminantes que la recherche d’emploi et de meilleures conditions de travail, les motivations pécuniaires favorisent également ces tendances migratoires. Et ce, d’autant plus que la situation financière des familles tend à s’aggraver en Espagne.

D’après les résultats provisoires de l’Enquête sur les conditions de vie des Espagnols de l’INE. 21,8% de la population résidant en Espagne se trouve ainsi au-dessous du seuil de pauvreté contre 20,7% en 2010. Et la tendance ne semble pas en passe de s’inverser : le revenu moyen des foyers espagnols (24 890 euros nets) a en effet baissé de 4,4% entre 2009 et 2010.

Dans ce contexte, les jeunes Espagnols devraient continuer à aller voir si l’herbe est plus verte chez le voisin.

myeurope.info

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