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Pour Enzo Traverso, philosophe, “spécialiste de la philosophie juive allemande, du nazisme, de l’antisémitisme et des deux guerres mondiales”, la nouvelle extrême droite européenne s’est éloignée du fascisme et a pour point commun l’islamophobie qui a remplacé l’antisémitisme.

Le populisme de droite s’alimente du désarroi d’un peuple qui a été abandonné par la gauche

Les mutations connues par l’extrême droite en ce début du XXIe siècle – en gros, depuis la chute du mur de Berlin – bouleversent nos catégories analytiques traditionnelles, souvent inadaptées face à un phénomène nouveau. Le premier lieu commun à réviser est celui qui identifie l’extrême droite au fascisme. Ce dernier en fut la matrice partagée pendant des décennies – au moins jusqu’à la fin des années 1980 -, mais cela est beaucoup moins évident aujourd’hui. (…)

L’élément fédérateur de cette nouvelle extrême droite réside dans la xénophobie, déclinée comme un rejet violent des immigrés et, plus particulièrement, de l’islam. Véritable axe structurant de leur propagande, l’islamophobie joue pour ces mouvements le rôle qui fut jadis celui de l’antisémitisme pour les nationalismes et les fascismes d’avant la Seconde Guerre mondiale. La mémoire de la Shoah – une perception historique de l’antisémitisme au prisme de son aboutissement génocidaire – tend à obscurcir ces analogies pourtant évidentes. (…)

Au fond, la phobie du voile islamique, l’obsession des minarets et l’identification des populations migrantes (ou, selon l’expression conventionnelle, «issues de l’immigration») aux classes dangereuses, ne font que reproduire sous une forme nouvelle, culturaliste plutôt que scientiste, un mécanisme ancien de rejet social et d’exclusion morale que Erving Goffman avait résumé par le concept de stigma. Ses manifestations extérieures sont aujourd’hui inédites, mais sa fonction n’a pas changé. Et même ses matériaux sont parfois empruntés à un imaginaire colonial qui a toujours servi à définir, négativement, des «identités» fragiles ou incertaines, fondées sur la peur de l’étranger (l’envahisseur et l’ennemi). (…)

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