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Les puissances publiques des pays développés sont prêtes à se ruiner plutôt que de laisser s’effondrer des banques ou des institutions financières. Qui en profitent largement.

Rien n’est plus stupéfiant, en apparence, que l’euphorie qui s’empare de tous les marchés boursiers en cette fin d’année. La plupart des analystes sont d’accord pour dire que la crise financière est terminée, que les marchés financiers sont sous-évalués, que les indices boursiers ne peuvent que monter massivement en 2011, même en Europe : le consensus est de plus de 10% pour le seul CAC 40.

Et pourtant, au fond, rien n’a changé : les dettes publiques et le chômage continuent d’augmenter dans presque tous les pays occidentaux, tandis que l’euro et le dollar se disputent le prix de la monnaie la plus fragile. En Europe, comme au Japon, la récession est bien là. Aux États-Unis, 17% de la population active est au chômage.

Cette contradiction apparente est facile à expliquer. Les prêteurs et les investisseurs ont fini par admettre que leurs rêves les plus fous étaient en train de se réaliser : banques centrales et gouvernements des pays développés sont prêts à se ruiner, en s’endettant, en émettant de la monnaie ou en achetant des titres sans valeur, plutôt que de laisser s’effondrer des banques ou des institutions financières.

Ils sont prêts à les laisser faire tout ce qu’elles veulent pour maintenir leurs profits, même au prix de turpitudes extrêmes : spéculation pour compte propre, vente d’actifs à bas prix à leurs propres  filiales, délits d’initiés, trading électronique «haute fréquence», le tout logé dans des paradis financiers et fiscaux.

Ces soi-disant gouvernants sont ainsi prêts à prendre tous les risques d’inflation, convaincus qu’elle ne se déclenchera pas, refusant de voir qu’elle est déjà là, dans les prix des biens de base que sont les logements et les produits alimentaires.

Le calcul des États et des banques centrales est à la fois simple et terrifiant. En agissant ainsi, ils espèrent entretenir la croissance de l’économie réelle le temps nécessaire pour mettre de l’ordre, se désendetter et attendre que la dynamique des pays émergents emporte le monde vers le haut. De  toute façon, pensent-ils, aucune autre action n’est possible.

Le calcul peut se révéler juste: la hausse de la valeur des actifs et l’enrichissement des plus puissants pourraient porter la croissance le temps nécessaire au nettoyage d’ensemble du système. Au prix d’une ruine du service public, d’une aggravation du chômage et de la pauvreté, d’une baisse du pouvoir d’achat. Ce sont les causes mêmes de la crise actuelle : retour à la case départ.

Devant une telle démission des puissances publiques, les financiers ont raison : pourquoi se priver ?

Slate

(Merci à Léonidas)

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