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Alors que la plupart des banques européennes ont pu se vanter en 2009 d’avoir remboursé les aides publiques, l’État irlandais s’apprête à prendre le contrôle de cinq de ses plus grandes banques nationales… et de leurs actifs pourris.

L’Irlande va nationaliser l’essentiel de son système bancaire! Le ministre des Finances Brian Lenihan a dévoilé mardi un plan de sauvetage bancaire, qui verra l’État apporter 8,3 milliards d’euros à la banque déjà nationalisée Anglo Irish Bank, nationaliser AIB et deux banques mutualistes et monter au capital de Bofi. La conséquence du rachat par l’État de 81 milliards d’euros de créances douteuses, au travers d’une “bad bank,” créée pour délester les banques de leurs actifs pourris.

Alors que l’attention des gouvernements et marchés était récemment concentrée sur les finances publiques grecques, les chiffres du PIB irlandais sont venus rappeler que l’ex-“Tigre celtique” reste l’un des États les plus mal en point du Vieux continent.

Le PIB a en effet chuté de 7,1% en 2009, une baisse sans précédent, qui fait suite à la contraction déjà record de 3% enregistrée en 2008. Par rapport à son pic de 2007, “le PIB irlandais a chuté de 13% environ, ce qui fait de la crise irlandaise l’une des pires de l’histoire de tous les pays développés,” reconnaît Dermot O’Leary, chef économiste de la maison de courtage Goodbody.

Et les autorités ne tablent sur un retour de la croissance qu’au deuxième semestre de cette année.

L’économie irlandaise, lanterne rouge de l’UE

L’annonce peut paraître incongrue, alors que la plupart des banques européennes ont affiché en 2009 des bénéfices confortables leur permettant de rembourser les aides de l’État. Qu’est-ce qui distingue alors l’Irlande de ses voisins ?

Quel impact pour le secteur bancaire ? “Cette chute de l’activité se traduit par une hausse du chômage (13,4% en mars), qui signifie pour les banques une augmentation des défauts de remboursement et une recrudescence des créances douteuses,” explique Laurent Quignon, économiste à BNP Paribas. Résultat, leurs pertes continuent de se creuser. L’Anglo Irish Bank a, par exemple, annoncé mercredi avoir essuyé une perte de 12,7 milliards d’euros en 2009, la plus importante jamais subie par une entreprise en Irlande. En cause : plus de 15 milliards d’euros de provisions pour dépréciations liées aux prêts risqués accumulés avant la crise du crédit.

Victime d’une double crise

Comment l’Irlande en est-elle arrivée là ? Parce qu’ “elle a été frappée par deux crises en même temps, rappelle Olivier Bizimana, économiste au Crédit Agricole : la crise financière internationale et l’éclatement de ses bulles immobilière et de crédit.” Or l’immobilier et le crédit étaient les moteurs de son “miracle économique.” “Le taux d’endettement des ménages était passé de 60 à 150% en 10 ans,” explique Laurent Quignon. De plus, “les banques irlandaises étaient très dépendantes de financements externes,” poursuit l’économiste. Une grande part provenait de non résidents, souvent européens et américains, attirés par un régime fiscal compétitif. “Au moment de la crise, ces clients ont souvent rapatrié leur argent.” Ainsi, l’Irlande avait été le premier pays de la zone euro à entrer en récession et pourrait bien être le dernier à en sortir.

L’impact sur les finances publiques

Ce qui inquiète avant tout certains analystes, c’est l’impact de cette recapitalisation sur les finances publiques. Richard Bruton, porte-parole pour les finances du Fine Gael, principal parti d’opposition, s’est dit “profondément choqué” par ce plan, qui “va doubler d’un seul coup la dette nationale.” Car les finances sont touchées de deux manières : d’une part, la National Asset Management Agency, la banque de défaisance créée par Dublin, doit émettre des obligations publiques pour acheter aux banques 81 milliards d’euros de leurs actifs pourris. D’autre part, en injectant des milliards de capitaux dans les banques le gouvernement accroît son déficit public, qui a atteint 11,7% en 2009, soit quatre fois la limite établie par Maastricht.

La “meilleure thérapie

Néanmoins, la nationalisation des banques a beau être “douloureuse” pour les actionnaires, voire nocive du point de vue des finances publiques, l’opération “devrait permettre d’éviter le run bancaire” explique Olivier Bizimana. “L’exemple de la Suède au début des années 90 montre que l’approche peut être efficace, confirme Laurent Quignon. Si l’État s’y prend assez tôt, c’est la meilleure thérapie.

Par ailleurs, il convient de relativiser la gravité de la situation irlandaise. Le pays a jusqu’ici échappé à une tourmente politico-financière similaire à celle qui secoue la Grèce depuis l’automne dernier. Car au lieu de chercher à masquer l’ampleur de ses difficultés par des manoeuvres comptables, le gouvernement a commencé dès 2008 à adopter des mesures de rigueur pour contenir l’envolée de son déficit public. En 2009, il a ainsi adopté deux plans d’austérité successifs qui devraient permettre de stabiliser le déficit public à 11,6% du PIB cette année. Parmi un catalogue de mesures très impopulaires, il a imposé une baisse générale des allocations, et une réduction de 5 à 15% des salaires des fonctionnaires. Le Premier ministre Brian Cowen a donné l’exemple en réduisant de 15% sa paye et celle de ses ministres.

Enfin, la dette publique irlandaise est bien plus faible que celle du Portugal, de l’Italie, de la Grèce ou de l’Espagne, les membres les plus fragiles de la zones euro. D’après les dernières données officielles, elle s’élevait à 64,5% du PIB fin 2009, un niveau inférieur à celui la France ou à l’Allemagne, ainsi qu’à la moyenne de l’UE.

L’Expansion

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