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Depuis quelques mois, le ton des dirigeants européens, relativement à la situation économique de la zone euro, se voulait rassurant.

À tel point que certains élus évoquaient la possibilité de revenir, progressivement, sur certaines mesures lancées au plus fort de la crise pour soutenir la consommation.

Le pessimisme était de retour cette semaine, après que les grandes agences de notation eurent mis en relief, par de retentissantes décotes, la précarité financière de plusieurs pays du continent, qui peinent à faire face aux coûts inhérents à leurs plans de relance et de sauvetage des banques.

«De la Baltique à la Méditerranée, l’ardoise d’une orgie inédite d’emprunts arrive à échéance,» résumait il y a quelques jours un journaliste du New York Times.

Les craintes des marchés financiers portent surtout sur les pays du sud de l’Europe – Portugal, Italie, Grèce et Espagne – fréquemment désignés aujourd’hui dans la presse anglo-saxonne par l’acronyme Pigs, formé des premières lettres de leur nom en anglais.

La métaphore porcine se veut évidemment péjorative et donne lieu à toutes sortes de jeux de mots illustrant les craintes des analystes. Même dans la presse francophone, comme l’a montré le journal économique La Tribune en parlant du fait qu’un «vent de cochon souffle» sur l’euro.

Les difficultés économiques des pays du sud de l’Europe ramènent au premier plan les craintes d’éclatement de la zone euro et font chuter la devise, en recul par rapport au dollar au cours des derniers jours. Les inquiétudes se cristallisent pour l’instant autour de la Grèce. L’agence Fitch a décidé en début de semaine de réviser la note de la dette à long terme du pays de A- à BBB+, forçant Athènes à payer des taux d’intérêt encore plus élevés pour ses emprunts.

L’écart avec l’Allemagne, moteur économique de la zone européenne, est désormais de 2,3 points et risque de s’accentuer encore malgré les assurances données par le gouvernement socialiste grec sur le rétablissement des finances publiques. Le premier ministre, Georges Papandréou, a répété que la Grèce ramènerait d’ici quatre ans son déficit sous la barre des 3% de manière à se conformer aux critères de convergence économique européens. Il doit atteindre cette année 12,7% du PIB tandis que la dette, de 97% en 1998, explose à 112% en 2009.

«Nous sommes en train de réduire notre déficit par des changements systémiques. C’est un programme très clair et nous sommes déterminés à le faire,» a déclaré M. Papandréou, qui promet d’honorer les dettes du pays. Les compressions budgétaires envisagées risquent de susciter de fortes réactions au sein de la population, très affectée par la crise. L’un des principaux syndicats du pays a d’ailleurs prévenu qu’il était hors de question que les Grecs paient le prix des errements du monde financier.

Les autorités européennes suivent la situation avec préoccupation et font pression sur Athènes pour l’amener à assainir ses finances, quitte à précipiter une crise sociale.

Elles demeurent cependant très ambiguës sur l’éventualité d’un soutien financier externe si la situation continue de se détériorer. Des aides bilatérales sont possibles, mais aucun mécanisme ne les garantit. Et les pays les plus riches ne sont pas pressés de venir en aide à des États qu’ils jugent souvent irresponsables dans leurs politiques fiscales ou monétaires.

Les pays en difficulté qui ne réussissent pas à redresser leur situation par leur politique budgétaire peuvent tenter de jouer sur la politique monétaire en dévaluant leur devise. Mais cette avenue n’est pas possible pour les pays les plus faibles de l’Union européenne, qui ne peuvent véritablement peser sur les orientations de la Banque centrale européenne (BCE). D’où l’hypothèse d’une sortie de l’euro qu’Athènes écarte catégoriquement pour l’instant.

L’Espagne se retrouve aussi en position précaire. Cette semaine, l’agence de notation Standard&Poor’s a annoncé qu’elle plaçait sous surveillance négative la dette à long terme du pays après l’avoir révisée à la baisse en début d’année.

D’autres pays au nord et à l’est, comme l’Irlande ou encore l’Ukraine, qui n’utilise pas l’euro, suscitent également l’inquiétude et se voient forcés de recourir à des compressions draconiennes – ou à l’aide du Fonds monétaire international – pour sauver la mise.

Ce qui fait dire à un réputé économiste anglais, Willem Buiter, que le risque de faillite pour les petits pays européens est «réel» et pourrait se concrétiser dans les prochaines années.

La Presse Affaires

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