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Dans son livre Être de droite : un tabou français, le journaliste Éric Brunet consacre un chapitre entier à l’ancrage à gauche du milieu enseignant.

Éric Brunet cite les résultats d’une enquête du Cevipof (Centre d’étude de la vie politique française) sur le vote des instituteurs au 1er tour des élections présidentielles de 2002. 16 % d’entre eux ont voté pour un candidat d’extrême gauche et un total de 75 % ont voté à gauche. Il illustre ensuite ces statistiques avec des témoignages qu’il a lui-même recueillis auprès d’enseignants et d’étudiants de droite.

Ambiance totalitaire
Baptiste, professeur de mathématiques dans un collège de Créteil, dépeint ses collègues ainsi : « Leur échiquier politique débutait à la Ligue Communiste Révolutionnaire et s’arrêtait au Parti Socialiste. Leur extrême droite, c’étaient Strauss-Kahn et les libéraux du PS. » Pour avoir imprudemment confié à un confrère que « Chirac n’était pas Hitler », Baptiste fut ostracisé, et une campagne de tracts fut organisée contre lui par le syndicat unique du collège. Revenant dans sa classe après un entretien houleux avec le proviseur, il vit qu’un élève avait écrit au tableau la phrase du communiste Bertolt Brecht : « Le ventre est encore fécond d’où est sortie la bête immonde. »

«Je me limite à Marx. Je ne peux pas enseigner autre chose que mes convictions.»”

Baptiste raconte être passé par toutes les phases : la culpabilité, les antidépresseurs, la haine, la honte. Il ne trouva de soutien qu’auprès de la permanence UMP de son quartier, et prit sa carte du parti. L’UMP lui conseilla d’avouer son “erreur” auprès des autres enseignants, et de faire une autocritique « comme à l’époque des purges du parti communiste » – ce qu’il fit, la mort dans l’âme. Dès lors, les conditions de travail redevinrent acceptables pour lui au collège. Baptiste se souvient que :

« Pendant les manifs, j’allais crier des slogans hostiles à Chirac pour ne pas me faire repérer par mes collègues profs… La nuit venue, de retour dans ma banlieue, j’allais coller des affiches pour l’UMP.»

Cette schizophrénie est, selon Baptiste, une condition nécessaire de survie dans le milieu totalitaire où il exerce.

Syndicats

À 23 ans, Esther s’est retrouvée pour son premier poste dans un lycée de Lyon où le seul syndicat représenté était le Snes-Sgen, la fraction dure de la gauche syndicale. Comme le Snes est souvent majoritaire dans les commissions paritaires décidant des affectations, « nombre d’enseignants de droite mettent leurs convictions de côté et adhèrent au Snes de peur de voir leur carrière enterrée dans les profondeurs d’une sous-préfecture du Nord ou d’une banlieue difficile. » Il y a une négation de la dimension politique de l’individu au lycée pour les gens de droite, alors que les autres l’exacerbent de façon outrancière et intolérante.

Il existe bien un syndicat de centre droit, le Snalc (Syndicat national des lycées et collèges), mais les gauchistes se sont arrangés pour que des rumeurs de proximité idéologique avec le FN circulent dans les rectorats sur des bases totalement inventées… Résultat : on vous regarde de travers si vous êtes affilié au Snalc. Lors de sa deuxième affectation, dans la région parisienne, Esther décida de constituer une liste du Snalc. Elle appela le Snalc, et là, on lui répondit : « C’est courageux de votre part, mais pour vous, pour votre avenir, il serait préférable de monter une liste sans étiquette ! » Elle monta donc une liste indépendante et, faisant fi des réactions hostiles, réussit à se faire élire au conseil d’administration dès sa première année.

Une dernière anecdote racontée par Esther : un professeur de philosophie en terminale avait décidé de conduire avec ses élèves une réflexion sur le travail. Esther lui demanda : « Ah ? quels auteurs leur fais-tu étudier : Hannah Arendt, Hegel, Althusser, Marx… ? » Le professeur lui rétorqua : « Non, je me limite à Marx : c’est mes convictions, je ne peux pas enseigner autre chose que mes convictions. »

Troisième cycle
Autre témoignage recueilli par Éric Brunet : celui de Marie, étudiante en DEA d’études politiques. Dans son DEA, censé étudié les phénomènes politiques, « il était implicitement considéré par les étudiants qu’il était politiquement incorrect de travailler sur la droite républicaine. » Sur 80 étudiants cette année-là, il n’y en eut que deux qui étudièrent des partis de droite, les autres se focalisant sur le mouvement Droit au Logement, Ras l’front, les mouvements de chômeurs, le PS, la LCR, SUD, Lutte Ouvrière, etc.

Éric Brunet rapporte de nombreux autres témoignages :

  • Rachel, institutrice « clandestine », dénonce les dérives idéologiques de gauche dans les IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres) ;
  • Jean-Marc, qui enseigne l’économie aux étudiants de l’École des mines de Paris issus de Polytechnique, constate que ses élèves (pourtant censés appartenir à l’élite) ne connaissent ni ne comprennent aucun des grands économistes français de droite ;
  • Yves, philosophe doublement agrégé, auteur de 11 livres traduits dans plusieurs langues, stagne depuis vingt ans au rang de « professeur d’université de seconde classe » parce qu’il a été membre d’un cabinet Balladur ;
  • Jean-Louis, professeur d’économie de droite, se voit affecté en Lozère, puis se fait attaquer en plein concours d’agrégation par Charlie Hebdo et Le Monde (excusez du peu !);
  • la vie d’Annabelle, étudiante en DESS d’économie de la culture à Dauphine, bascule du jour au lendemain dans l’ostracisme, la douleur et la violence lorsque les autres élèves découvrent qu’elle avait été membre de Démocratie Libérale (parti disparu en 2002 pour fusionner dans l’UMP) ; privée de diplôme, elle se retrouve au chômage.

En résumé, le livre d’Éric Brunet rend la parole à ceux qui ne l’ont plus : les enseignants et des étudiants mis à l’écart parce qu’ils ne sont pas de gauche, ou qu’ils ne font pas semblant de l’être.


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