Les sociologues officiels de l’immigration et de l’identité craignent que la mise en place de statistiques ethniques mette en lumière les mensonges et les manipulations dont ils sont les auteurs.
La statistique, piège ethnique, par Alain Blum, France Guérin-Pace et Hervé Le Bras
En pensant à votre histoire familiale, de quelle(s) origine(s) vous diriez-vous ? Vous pouvez donner plusieurs réponses.”
“Et de quelle(s) couleur(s) de peau vous diriez-vous ?”
Ces questions vous seront posées si vous faites partie des 24 000 personnes tirées au hasard pour répondre à l’enquête de l’Insee et de l’INED intitulée “Trajectoires et origines”, qui coûtera plus de 2,5 millions d’euros et offre ainsi à la loi Hortefeux un premier terrain d’application. L’interrogatoire effectué à domicile par un enquêteur Insee ne s’arrêtera pas là. Treize autres questions suivent qui portent sur votre religion et sur celle de vos parents, parmi lesquelles :
“Aujourd’hui avez-vous une religion ? Si oui, laquelle ?” “Dans votre vie quotidienne, portez-vous en public un vêtement ou un bijou qui peut évoquer votre religion ?” (Les instructions données aux enquêteurs précisent, si hésitation : comme une croix, une kippa, un voile ou un autre pendentif .)
Vous êtes en France, en 2007, dans une République dont la Déclaration des droits de l’homme de 1793 déclare solennellement que “les peuples libres ne connaissent d’autres motifs de préférence dans leurs élections (c’est-à-dire leur recrutement en termes actuels) que les vertus et les talents”. A quelle fin vous interroge-t-on alors sur votre couleur de peau et sur vos origines (après que d’autres questions ont détaillé votre lieu de naissance, votre nationalité, son acquisition et la même chose pour vos parents) ? Quelles sont ces origines qui ne sont pas réductibles aux paramètres de l’état civil ? Quel est l’objectif d’une telle enquête ?
Depuis plusieurs années, Hervé Le Bras est un des partisans les plus farouches de la disparition des Français de Souche, même en tant que notion. En 1998, une controverse l’avait opposé à la sociologue Michèle Tribalat pourtant très marquée à gauche.
” Français de souche ”
Hervé Le Bras décèle même une alliance objective entre les démographes et les ” scientifiques ” qui gravitent autour du parti de Jean-Marie Le Pen.
Pour lui, s’interroger, comme le faisait Michèle Tribalat en 1991, sur les stratifications de la population française en fonction des vagues migratoires, conduit, par défaut, à utiliser la catégorie des ” Français de souche “, Hervé Le Bras se dit ” révulsé ” par cette expression qui flatte, selon lui, le ” vieux fond ethnique ” de la droite. ” Du Français de souche, on glisse insensiblement vers l’Indo-Européen “, cher à l’extrême droite païenne, affirme-t-il.
Enfin Hervé Le Bras accuse Mme Tribalat de pratiquer une ” ethnologie de pacotille ” en analysant les difficiles parcours d’intégration des immigrés en fonction de leurs origines. Pis, elle réserverait aux étrangers une division ethnique contestable d’un point de vue anthropologique, tandis que la variable nationale suffirait lorsqu’il s’agirait de décrire les Européens, ” L’INED décèle, écrit-il, du Kurde sous le Turc, du Kabyle sous l’Algérien et du Berbère sous le Marocain “, faisant fi des frontières nationales.
Michèle Tribalat lui rétorque que le seul critère de la nationalité ne permet pas d’analyser les phénomènes de discrimination et de racisme puisque de nombreux Français, comme les beurs, restent, malgré leur carte d’identité, considérés comme des étrangers par une large partie de l’opinion. Dans un ouvrage cosigné avec Pierre-André Taguieff, elle défend ainsi l'” utilité ” de cette catégorie et assure qu’il s’agit d’une question de vocabulaire, non d’idéologie. ” Les Belges parlent bien de ” Belges belges “, dit-elle. C’est un problème de dénomination. La seule question est de savoir si cette catégorie est utile. Je dis oui, s’il s’agit de montrer que la France est riche de l’apport des immigrés. ” La chercheuse souligne que l’enquête sur l’intégration de 1995 incriminée par Hervé Le Bras avait été menée cet co-financée par l’Insee ainsi que par plusieurs ministères et que les catégories utilisées avaient reçu l’aval de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL).





