Sahel : 500 000 réfugiés maliens s’apprêtent à franchir la frontière algérienne

L’amplification du phénomène de la contrebande et du crime organisé ainsi que la hausse de l’immigration clandestine en Algérie sont, de l’avis des experts présents au séminaire organisé, mercredi et hier, au centre universitaire de Tamanrasset, les retombées directes de la crise du Sahel.

Evoquant le phénomène de l’immigration clandestine, l’expert a précisé qu’entre 250 et 300 000 Africains transitent par le Sahel avant de passer en Europe. Les autres intervenants ont évoqué le problème des réfugiés : officiellement, 25 000 réfugiés ont été dénombrés au niveau des postes-frontières depuis le déclenchement de la guerre au Nord-Mali. Le chiffre risque d’augmenter, quand on sait que 15 000 autres Maliens se trouvent déjà à nos frontières attendant le feu vert des autorités algériennes et 500 000 autres personnes, vivant dans des conditions extrêmes, s’apprêtent à franchir la bande frontalière. [...]

El Watan (Merci à Benoit von Schweiz)

La difficile «intégration» des émigrés du Sahel d’Ile-de-France

Alain Duhamel présente le livre d’Hugues Lagrange, En terre étrangère, qui se penche sur les émigrés du Sahel, vivant en Ile-de-France et «qui peinent à s’intégrer».

A quelques dizaines de kilomètres de Paris, un conformisme musulman sourcilleux se développe, alors qu’on défile dans la capitale pour ou contre les droits des homosexuels au mariage et à l’adoption.

Jadis, les travailleurs émigrés venus du Sahel en situation régulière travaillaient en usine, vivaient dans des foyers, puis dans des logements sociaux et rêvaient de s’intégrer dans une société française qui les surprenait et les fascinait. Aujourd’hui, ils habitent les « villages verticaux », immeubles et tours de cités ghettos.

Le travail est devenu rare et précaire, la ségrégation s’impose, la société française devient à leurs yeux de plus en plus indéchiffrable et hostile.

Ils sont là pour survivre et envoyer quand ils le peuvent de l’argent à leur village d’origine où ils projettent de revenir vieillir. Écartelés entre deux cultures, deux sociétés, deux continents, deux modes de vie qui s’éloignent l’un de l’autre, ils se tournent vers un néo-fondamentalisme musulman, plus strict et moins tolérant que celui de leur Sahel d’origine. […]

Le Point

Sociologie : Existe-t-il un lien entre délinquance et culture des immigrés ?

[extraits]

Devenu sulfureux malgré lui avec le « Déni des cultures » en 2010, Hugues Lagrange revient avec « En terre étrangère« , recueil de témoignages d’immigrés originaires du Sahel (à paraître le 7 février).

« Ses conclusions vont à l’encontre de la grande majorité des travaux sur la banlieue, qui expliquent son délitement par des facteurs sociaux. 

Son point de vue fait courir le risque de désigner les immigrés d’origine sahélienne comme impossibles à intégrer. »

Dans son bureau de Sciences-Po, notre sociologue a l’air bien embêté. Toute cette affaire l’a placé sous le feu croisé d’une bonne partie de ses pairs et de la presse de gauche, tandis que la droite s’émerveillait qu’un sociologue, espèce forcément «progressiste», ose enfin «briser les tabous du politiquement correct».

Son nouveau livre, En terre étrangère, est une compilation de témoignages d’hommes et de femmes originaires de la vallée du fleuve Sénégal, arrivés en France dans les années 70 et 80, et installés en banlieue ouest de Paris.

Ils racontent les difficultés professionnelles, la solitude, l’incompréhension et le repli sur soi, la nostalgie pour certains, d’hommes qui voulaient s’intégrer et se sont sentis rejetés et méprisés, le désir de rester pour d’autres.

« des hommes qui voulaient s’intégrer et qui se sont sentis rejetés et méprisés »

Au départ, le Déni des cultures était une enquête quantitative portant sur 4 400 élèves de 11 à 17 ans .

En comparant les taux de décrochage scolaire et d’absentéisme quatre ans plus tard avec les listes des tribunaux, il constate qu’une part importante d’«incivilités» et d’«inconduites répétées» sont commises par des jeunes originaires du Sahel (Sénégal, Mali, Mauritanie, Sud algérien, Niger).

Ce constat va amener Lagrange à s’interroger sur les liens entre facteurs culturels et délinquance, et à expliquer en partie l’une par les autres.

Pour lui, le poids des coutumes, de la religion, les structures familiales ont une influence sur le comportement et le développement des enfants : il évoque la taille des fratries («avec une moyenne de sept enfants»), la polygamie, le décalage d’âge entre des hommes venus travailler en métropole avant d’être rejoints par leur épouse, souvent plus jeune, les nombreuses familles monoparentales, la faible emprise des femmes sur leurs enfants, l’autoritarisme des hommes, une moindre pratique du français, le passage brusque d’un environnement rural, avec ses coutumes, à la ville…

Autant de facteurs qui entraveraient selon lui l’intégration : difficultés de concentration, faible image de l’autorité, perméabilité accrue au phénomène des bandes. Des caractéristiques qui seraient du reste moins marquées dans les familles d’origine subsahariennes et maghrébines, arrivées depuis plus longtemps, et où la taille des fratries serait moindre.

C’est autour de cette série d’interprétations que vont se cristalliser les débats. En France, il est en effet interdit de faire des statistiques ethniques, mais, surtout, ses conclusions vont à l’encontre de la grande majorité des travaux sur la banlieue, qui expliquent son délitement par des facteurs sociaux (chômage, discrimination à l’embauche, éloignement des centres urbains).

Certes, Lagrange ne les nie pas, et prend bien soin de préciser que ce ne sont pas les traditions en elles-mêmes qui posent problème, mais au contraire leur absence de prise en compte par le pays d’accueil.

Il n’en reste pas moins que, pour beaucoup, son point de vue fait courir le risque de désigner les immigrés d’origine sahélienne impossibles àintégrer.

Au premier rang de ses détracteurs, le sociologue Laurent Mucchielli.

Au premier rang de ses détracteurs, le sociologue Laurent Mucchielli, rédacteur en chef du site Délinquance, justice et autres questions de société. «En ciblant des ethnies et des pratiquants – les Sahéliens et les musulmans -, on les réduit à une définition, on trouve ce qu’on cherche, alors que tous ont des personnalités multiples, des vies plus riches. C’est très réducteur».

Au CNRS et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, l’hostilité est majoritaire.

Pour le sociologue Eric Fassin, spécialiste des questions raciales et membre du collectif Cette France-là, «invoquer la culture, c’est bien chercher les causes des problèmes sociaux, dont la délinquance est le symptôme, non pas du côté de la politique de l’Etat, ni du racisme ordinaire, mais dans l’origine même de ces populations. Ainsi, le problème, ce ne serait pas tant « nous » qu’ »eux ».»

Une conclusion dont se défend Lagrange : «On ne mesure jamais assez le fait que l’immigration, c’est le déplacement de populations qui ont leurs traditions et leur culture, dans un autre système culturel. Le problème vient aussi de la manière dont nous les avons reçus.»

Il n’empêche, pour Eric Fassin, il s’agit bien d’«une réhabilitation du culturalisme». Le culturalisme, rejeté par les sciences sociales françaises de longue date, contrairement aux pays anglo-saxons, est un courant qui met en évidence l’influence prépondérante des habitudes culturelles sur la personnalité des individus.

C’est justement là que le bât blesse, ou que le torchon brûle, comme on voudra : Lagrange se place dans une logique résolument culturaliste.(…)

« Il y a un moment, si l’on refuse de voir cette réalité des différences culturelles, où l’on confond le pays réel et le pays tel qu’on voudrait qu’il soit. »

Et, s’il se refuse à parler d’ethnies lorsqu’il parle de l’histoire de l’Afrique, Lagrange cite toutefois les travaux de Bernard Lugan, historien proche de l’extrême droite, rédacteur en chef de l’Afrique réelle, qui enseigna durant de nombreuses années à l’université Lyon-III.

Pour Lugan, les ethnies préexistaient au colonialisme, elles sont l’élément essentiel de compréhension du continent africain. Une théorie que réfute totalement Jean-Loup Amselle, anthropologue et directeur d’études à l’Ehess, auteur de l’Ethniticisation de la France (Lignes) : «J’ai passé de nombreuses années sur le terrain au Mali, avec les Peuls, les Bambaras, les Malinkés, et nous avons démontré qu’en réalité les ethnies telles qu’elles existent sont des créations coloniales. On a fabriqué des catégories intangibles alors que tout était auparavant beaucoup plus labile et fluide. En assignant aux personnes une culture définie, on présume de l’identité que les gens se choisissent. On les enferme dans des cases, et on leur enlève toute possibilité de choix.» (…)

Cette opposition entre empirisme et science amuse beaucoup Christophe Guilluy (…) Lui considère que cette querelle est injuste :

«Lagrange est un des seuls à aller sur le terrain. Ceux qui le critiquent sont les gardiens du temple et n’y mettent jamais les pieds. Occulter cette réalité est absurde. Ou alors on devient militant, c’est de l’idéologie et ça ne devrait pas interférer dans le débat.»

Et de conclure : «J’ai entendu dire les pires choses sur lui, qu’il était fasciste, raciste, il suscitait une véritable rage. C’est un milieu très violent, je ne pense pas qu’il s’attendait à ça.»

Une nouvelle polémique viendra peut-être de l’étude sur l’islam que prépare Lagrange pour le printemps à Sciences-Po. Pour le coup, un travail purement statistique. Il y constate que l’islamisme radical s’installe chez des jeunes d’origine sahélienne. (…)

Source

 

Le France craint une vague de terrorisme noir

Les Maliens islamistes radicaux sont le nouveau cauchemar des services de sécurité français. Le juge Trévidic pense que la crise sahélienne donne une illustration percutante de la menace terroriste.

Il se réfère aux déclarations de la France pour une intervention militaire au Sahel susceptible d’exacerber le sentiment anti-français.

Jusqu’à présent, ajoute-t-il, le racisme des chefs terroristes arabes et afghans a empêché l’apparition de djihadistes noirs. Mais la donne a changé avec la situation au Mali (…)

L’Expression

Vœux : Les militaires ont été désarmés durant la visite de François Hollande (MàJ)

Lors de ses voeux mercredi aux militaires François Hollande a fixé le cap des missions à venir et a tenté de les rassurer, malgré les coupes budgétaires. Il a assuré que l’armée ne sera pas «une variable d’ajustement». Le chef de l’État avait choisi le 12e régiment de cuirassiers basé à Olivet, près d’Orléans, pour présenter ses premiers voeux aux armées de son quinquennat.

Addendum 10/01 : >Les militaires ont été désarmés durant la visite de François Hollande à Olivet

Des mesures exceptionnelles de sécurité ont été prises par l’autorité militaire, à l’occasion de la visite mercredi du chef de l’Etat au 12ème régiment de cuirassiers d’Olivet (Loiret), pour la cérémonie des voeux aux armées. « Les Famas,7.62, 12.7 seront montés sans percuteur; les PA seront montés sans platine » ordonnait une note interne. Cela signifie que les armes des militaires présents sur le site ont été quasiment « démilitarisées » durant le temps de la visite. […]

Le Parisien (Merci à Vandenberghe)

Il a fixé les nouveaux défis auxquels les armées seront confortées en 2013, comme la lutte contre le terrorisme au Sahel, et a tenté de rassurer les militaires inquiets des réformes et des choix budgétaires qui les attendent. […]

Parmi les autres menaces auxquelles la France est confrontée, le chef de l’État a mentionné «la prolifération nucléaire» ou encore les attaques informatiques qui obligent à «réinventer la façon dont nous concevons notre défense et notre sécurité». Il a réaffirmé la volonté de la France de jouer tout son rôle au sein de l’Otan tout en renforçant ses efforts en faveur de l’Europe de la défense.

Le chef de l’État a par ailleurs évoqué le futur Livre blanc de la défense et la loi de programmation militaire (LPM), «qui sera discutée au Parlement cet été». […] Il a notamment rappelé que la loi réaffirmerait le maintien de la stratégie de dissuasion nucléaire française dans ses deux composantes, sous-marine et aéroportée. Rappelant que le budget de la défense a été maintenu pour 2013 à son niveau de 2012, autour de 32 milliards d’euros, il a réaffirmé que la défense participerait à l’effort de redressement des comptes publics au même niveau que les autres ministères, mais ne serait pas «une variable d’ajustement» du budget de l’État. […]

Le Point

Le Maghreb sous la menace d’une invasion de criquets venus du Sahel

La fin de la saison des pluies dans le Sahel a donné le signal du départ du criquet pèlerin vers les territoires du nord et leurs pluies hiverno-printanières. Des groupes de plusieurs milliers d’insectes ont été repérés en Mauritanie. Au sol, des équipes de guetteurs les pistent sur plusieurs dizaines de milliers de km2 et traitent les zones où des larves ont été détectées. Leur crainte ? La formation d’essaims de centaines de milliers d’individus qui s’attaqueraient aux arbres et aux cultures.

[...] Le criquet pèlerin a, bien sûr, profité de ces moments de répit. Il a joui aussi de conditions climatiques favorables. « La saison des pluies, très humide, lui a été bénéfique, relève Annie Monard. Cet été, les criquets ont pondu à deux reprises – une femelle peut livrer de 80 à 120 œufs par ponte –, mettant au monde deux générations qui vont devoir se nourrir, augmentant la pression sur le terrain. » La ponte a été bonne, en effet, et les larves ont grandi dans un environnement écologique favorable.

« Les criquets, sous l’effet de la densité de leur population, vont passer d’une phase solitaire à une phase grégaire, précise-t-elle. C’est-à-dire qu’ils vont former des groupes, composés de quelques dizaines d’individus, puis des essaims susceptibles de réunir des centaines de milliers de criquets, qui deviennent du coup une lourde menace pour l’homme et son alimentation. » Si ce scénario catastrophe se réalisait, et que les récoltes étaient détruites, la FAO estime que la faim menacerait alors quelque cinquante millions de personnes dans la région.

Le Monde

(merci à Vanhavermaet1)

Mali : soit nous intervenons, soit nous n’intervenons pas. Mais si nous intervenons, alors faisons le vraiment…

Dans sa conférence de presse du mardi 13 novembre, François Hollande a marché sur des œufs quand il a parlé de la question du Mali.

Il sait en effet très bien que si nous intervenons, nos malheureux otages seront assassinés mais que, si nous n’intervenons pas, nous perdrons le peu d’influence qui nous reste encore sur le continent…

Face à ce dilemme, son choix peut ainsi être résumé: nous n’intervenons pas mais nous allons former ceux qui vont intervenir…en espérant que cette argutie permettra d’éviter de froisser les Algériens qui ne veulent pas entendre parler d’une action française…

Or, ce que le président de la République ne semble pas avoir compris c’est qu’une opération militaire ne se construit pas comme une synthèse entre divers courants, à l’image de ce qui se fait lors des congrès du parti socialiste. En la matière, alors qu’il faut des objectifs clairs et des moyens adaptés, nous sommes au contraire dans le flou.

(…) Bernard Lugan

Otages : que deviennent les cinq Français retenus dans le Sahel ?

Un site mauritanien d’informations en ligne, Sahara Medias, a publié une vidéo montrant séparément cinq des six otages français détenus dans le Sahel par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) tournée lors des « derniers mois du pouvoir » de l’ex-président français Nicolas Sarkozy.

http://img10.imageshack.us/img10/3219/4200033.jpg

Cette vidéo, mise en ligne jeudi et visionnée vendredi par l’AFP, est un montage de plusieurs tournages dans des endroits apparemment différents et au son de qualité inégale, où les otages se présentent individuellement et s’adressent à leur famille.

Chacun d’eux est à chaque fois entouré d’hommes enturbannés et armés.

Un seul, Philippe Verdon, enlevé avec un autre Français, Serge Lazarevic, le 24 novembre à Hombori (nord-est du Mali), parle de ses « conditions de vie difficiles », évoquant ses problèmes de santé et affirmant qu’il n’a pas pris ses médicaments « depuis trois mois ». (…)

Le nouvel Observateur

Ce que l’immigration nous coûte (rediff.)

Rediffusion 23/06/2011

5 milliards d’euros pour le chômage, 2,6 milliards d’aides au logement, 316 millions pour les demandeurs d’asile…

Moins qualifiés, plus souvent au chômage et ayant plus d’enfants en moyenne, les immigrés touchent d’avantage d’aides (chômage, allocations familiales…) que le reste de la population. C’est ce que montrent les chiffres que nous publions ci-après. Mais ils participent aussi au financement de la protection sociale et, au final, contribuent plus qu’ils ne reçoivent.

Allocations

Elles profitent à 40% des familles africaines

Les familles immigrées touchent plus souvent les «allocs» que les autres, à cause des fratries nombreuses : on y trouve trois fois plus de familles de quatre enfants que dans la population générale. Résultat ?

Ces prestations profitent à 30% des personnes originaires du Maghreb et à 40% de celles issues du reste de l’Afrique, contre un quart des familles «autochtones».

Mais, selon les démographes, dès la deuxième génération, la fécondité des femmes s’aligne sur celle du pays d’accueil. [...]

Délinquance
Dans les quartiers, plus de crimes et moins de policiers qu’ailleurs

Dans ce foyer du nord de Paris, les 70 à 80 jeunes accueillis chaque année sont presque tous français. Mais «à plus de 90% nés dans une famille comptant un parent étranger», explique, sans tabou, le directeur de la structure. Educateurs et juges pour enfants le savent bien, les enfants d’origine étrangère sont surreprésentés parmi les jeunes délinquants – même si aucune statistique ne vient confirmer cette impression. [...]

A Grenoble, en 2002, Sebastian Roché a ainsi découvert que 66% des mineurs jugés avaient un père né à l’étranger. Plus récemment, Hugues Lagrange a étudié des cohortes d’ados de Mantes, Nantes et Paris, pour mettre au jour le poids de l’origine sur la délinquance.

Dans son échantillon, 4,7% des ados issus de familles françaises depuis plusieurs générations ont été verbalisés, contre 11,2% des ados de familles maghrébines et 16,5% des ados de familles originaires du Sahel. Ces travaux montrent une surdélinquance en fonction des origines, même quand les scientifiques comparent à niveau social égal. Elle devient spectaculaire dans les «quartiers», où se cumulent échec scolaire, chômage et pauvreté. [...]

Capital

La France veut mobiliser contre le «péril islamiste» au Sahel

La France veut mobiliser contre le «péril islamiste» au Sahel et contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), à la fois au niveau régional et au Conseil de sécurité de l’ONU, a déclaré mardi dans un entretien à l’AFP le chef de la diplomatie française, Alain Juppé.

«Certains rebelles pourraient se contenter du contrôle sur les territoires du Nord (du Mali). D’autres, avec Aqmi, pourraient envisager de s’emparer de l’ensemble du territoire malien pour en faire une république islamiste», a affirmé le ministre français, en estimant que l’ONU devrait se prononcer clairement contre le «péril islamiste». Le groupe Ansar Dine, qui contrôle depuis lundi la ville malienne de Tombouctou, «est étroitement lié à Aqmi», a aussi relevé Alain Juppé.

«Ses objectifs ne sont pas précisément connus, mais pourraient être l’instauration d’un régime islamiste sur l’ensemble du Mali. Il faut une réponse régionale au péril islamiste, qui va de la Libye jusqu’au Nigeria. Seule une coopération impliquant l’Algérie, la Mauritanie, les pays de la Cédéao (Afrique de l’Ouest) avec le soutien de la France et de l’Union européenne, pourrait permettre de progresser», a-t-il insisté. […]

Libération

Bernard Lugan : sur le coup d’état au Mali et la région sahélo-saharienne

Le Mali n’existant plus, le moment n’est-il pas venu de redessiner la carte de la région sahélo-saharienne ?

Au Mali, où un coup d’Etat militaire a renversé l’actuel président, le général Amadou Toumani, les élections présidentielles fixées au 29 avril 2012 n’auront pas lieu. Ce putsch est la conséquence de la déroute infligée à l’armée malienne par les insurgés Touaregs[1] revendiquant la partition du pays.

Surprise, culbutée et en plein désarroi, l’armée malienne agite l’épouvantail Aqmi pour tenter de faire s’engager les Occidentaux à ses côtés, affirmant que les Touaregs sont les alliés des fondamentalistes musulmans.

La menace que fait peser Aqmi sur la sous région est évidemment réelle. Doit-on pour autant avoir une réaction pavlovienne dès qu’elle est évoquée ?

Là encore, l’ethnographie historique pourrait être d’un grand secours à nos responsables politiques. Les Touaregs ne sont en effet pas les seuls habitants de l’ouest saharien, immense région aux caractéristiques géographiques et humaines très contrastées abritant quatre grandes populations aux territoires bien identifiés :

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Le Sahel, une véritable poudrière depuis la déroute de Kadhafi

«La région a été transformée en poudrière.» Mohamed Bazoum le dit sans détour. Hier à la conférence internationale d’Alger sur la sécurité dans les pays du Sahel, le chef de la diplomatie nigérienne a martelé que la chute de Muammar Kadhafi risque d’avoir des conséquences désastreuses pour les populations du Sahel, déjà otages des djihadistes, des contrebandiers en tout genre et frappées par la misère. Désastreuses aussi, évidemment, pour la sécurité des pays environnants.

Le Niger n’a pourtant aucune sympathie pour l’ancien «Guide» libyen. Niamey a déjà reconnu le Conseil national de transition (CNT), désormais aux commandes à Tripoli. Mais ce voisin du sud sait combien sa frontière est poreuse. Il craint le retour en masse de miliciens, que ce soient les Touaregs qui ont longtemps combattu dans la Légion islamique de Kadhafi, ou des mercenaires qui lui ont prêté main-forte ces derniers mois. Sans parler de la fuite des loyalistes libyens…

Trafic d’armes en hausse

Inquiétude partagée à Bamako. «Quelque 20 000 travailleurs maliens sont déjà revenus et maintenant, c’est la seconde vague avec ceux qui étaient impliqués dans les combats et qui reviennent avec des armes», enchaîne le ministre des Affaires étrangères, Soumeylou Boubeye Maïga.

Un boom du trafic d’armes, voilà bien ce que craint l’Algérie, régulièrement frappée par des attentats. Le dernier en date, le 26 août près d’Alger, a fait 18 morts à l’académie militaire de Cherchell. Le pays ne veut surtout pas que des groupes comme Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) bénéficient de cette nouvelle donne régionale. Or, «pour les terroristes islamistes, récupérer ces armes est une priorité», estimait hier sur RFI François Géré, président de l’Institut français d’analyse stratégique. «Kadhafi disposait d’armes de très bonne qualité: des missiles sol-air, des missiles portables. C’est une menace très grave.»

Vide sécuritaire

La circulation des armes a augmenté, confirme d’ailleurs Mohamed Bazoum. «Des armes de petit calibre, mais on a aussi saisi en juin au Niger 500 kg de Semtex, un explosif très puissant. Il n’est pas impossible qu’il y ait eu davantage d’explosifs et éventuellement des missiles sol-air.»

«Il faut bien reconnaître que la chute de Kadhafi crée un vide sécuritaire au Sahel», note Hasni Abidi, qui dirige à Genève le Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam). «Les services libyens collaboraient efficacement avec les Occidentaux et l’Algérie. Le «Guide» libyen était un partenaire difficile à gérer, certes, mais un allié précieux, car il avait acheté la loyauté des Touaregs et des tribus du désert. Il avait des informations de première main. A Tripoli, le CNT va avoir du mal à mettre sur pied un service de renseignement de la même trempe. A moins de réhabiliter d’anciens agents. Mais ceux-ci avaient traqué des islamistes qui sont aujourd’hui membres du nouveau pouvoir. Comme l’islamiste Abdelhakim Belhaj, fondateur du Groupe islamique combattant (GIC) soupçonné de liens avec Al-Qaida.»

Bref, le Sahel n’en a pas fini d’être un gigantesque sanctuaire des hors-la-loi. Preneurs d’otages, terroristes, trafiquants de drogue, d’armes et d’être humains (les passeurs d’immigrés clandestins) ont de beaux jours devant eux.

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