Crise politique : «Une Constituante s’impose»

Tribune d’André Bellon, Président de l’Association pour une Constituante.

L’affaire Cahuzac n’est pas un problème personnel. Aussi affligeant que soit ce personnage, il n’est qu’une manifestation extrême d’un système fondé sur l’argent roi, la réussite par l’écrasement des autres, la communication comme mode de relation avec les électeurs. Et ceux qui ont bafoué la volonté populaire exprimée lors du référendum du 29 mai 2005 peuvent-ils vraiment parler de morale publique ?

Il est temps de reposer la question avant que des forces officiellement antidémocratiques ne viennent résoudre par la force la crise politique.

Dans cette situation, il n’y a pas à trouver la nouvelle règle de vertu publique, qui échouera comme les précédentes, il ne faut pas chercher le parti qui, tout seul, rebâtirait les bonnes règles républicaines.

Il faut refonder la démocratie à partir de son seul titulaire légitime, le peuple, et des principes républicains que sont le suffrage universel, les droits de l’homme et du citoyen, la lutte contre les privilèges.

[…]

Le Monde

Pierre Birnbaum : «La République et le Cochon». «Saurons-nous freiner cette marche à la réethnicisation de la France ?» (MàJ)

L’historien Pierre Birnbaum revient sur le refus de la République d’admettre les rites et comportements religieux publics au nom de l’universalisme. Il plaide pour ce que les Québécois nomment l’«accommodement raisonnable» et pour un «pluralisme respectueux de la laïcité».


[Addendum 07/04]  «Un bon républicain doit-il manger du cochon ?». Pierre Birnbaum est interviewé par Marianne. Extraits.

Fort heureusement, les autorités de l’Eglise catholique du pays tiennent et restent fidèles à leur position pluraliste, l’Eglise ne se revendique plus comme l’unique porteur de l’identité française. La question est de savoir si nous saurons freiner cette marche à la réethnicisation de la France.

On assiste à une espèce de rencontre imprévue entre ce déclin de l’Etat que je décrivais et la présence d’une population musulmane importante, liée à l’immigration et au passé colonial de la France. Soyons très prudents sur ces affaires parce qu’on est quand même souvent dans l’ordre du fantasme pur. […]

Notre pays va devoir trouver des «accommodements», comme disent les juristes canadiens, afin de rendre la situation vivable. Cela ne pourra se faire que dans le respect des valeurs des uns et des autres sur la base d’un socle républicain qu’il faut renforcer. […]

Marianne

Au nom de l’universalisme s’impose un modèle unique, très français, qu’on pourrait dire culturellement «catholaïque» jusque dans ses formes les plus anticléricales ou irréligieuses. La République a parfois des réflexes d’Église.

Pierre Birnbaum traite ici d’un des paradoxes de la laïcité française : le refus d’admettre, au nom de l’universalisme, les rites et les comportements religieux publics, même lorsque ceux-ci n’impliquent aucun prosélytisme.

Ainsi de la polémique déclenchée en février 2012 par Marine Le Pen autour de la viande halal, dont l’intensité fut telle que François Fillon, Nicolas Sarkozy puis François Hollande la relayèrent. Le candidat socialiste promit solennellement qu’il s’opposerait, une fois élu, à ce que la nourriture halal entre dans les cantines scolaires.

L’inepte provocation antimusulmane des fêtes «saucisson et pinard» avait servi de prélude.

Le cochon fait donc son retour dans la symbolique française. Des banquets de la IIIe République jusqu’au sanglier d’Astérix, en passant par la solide convivialité paysanne, voici un mets véritablement «gaulois» que les juifs et les musulmans feraient l’injure – selon certains – de ne pas partager avec la majorité de leurs concitoyens tout comme ils persistent à suivre un calendrier religieux différent de celui dont notre société sécularisée a hérité du christianisme, etc.

Il s’agit non pas de fulminer des interdits ou des exclusions mais de pratiquer au cas par cas, sans nuire au bon fonctionnement collectif, un «pluralisme respectueux de la laïcité»

Avec une érudition fine et vive, Pierre Birnbaum rouvre le dossier. Il revient à Voltaire, qui, tout à sa lutte contre l’Église, s’en prend violemment aux rites et prescriptions des juifs en des termes caricaturaux que l’on utilise aujourd’hui contre l’islam. Dès lors se noue une contradiction que la Révolution, la déchristianisation puis la laïcité républicaine élaborée au cours du XIXe siècle ne parviennent pas à surmonter.

Le JDD

«C’est de République et pas de guerre civile dont la France à aujourd’hui besoin» (Libé)

Article d’Eric Decouty dans Libération.

La litanie des affaires impose des décisions fortes, pas des coups de menton. Et si la référence au peuple, qui peut légitimement se sentir floué par ses élites, est indispensable, elle ne doit pas se résumer à une marche de colère dont on voit bien ce qu’elle portera d’antiparlementarisme et de rejet de la démocratie.

Il y a d’abord un constat. Celui d’une succession de scandales politiques et financiers qu’aucune loi, aucun jugement ne parvient à interrompre.

Il y a ensuite un sentiment chez une majorité de citoyens. Celui d’une classe politique corrompue qui aurait abandonné le service public pour son propre intérêt. Un sentiment que Jérôme Cahuzac, ministre de la rigueur dissimulant son magot en Suisse, a poussé jusqu’à l’écœurement. […]

La VIe République, que le leader du front de gauche appelle de ses vœux, est inéluctable, mais cette refondation de la vie politique ne lui appartient pas. Elle est l’affaire de tous et ne se fera pas dans l’opposition d’un peuple fantasmé contre les élites. En pleine crise politique et sociale et à la veille d’une crise morale, c’est de République et pas de guerre civile dont la France à aujourd’hui besoin.

Libération

François Fillon : «La laïcité permet à la religion musulmane, après la religion catholique, de s’installer dans la République»

Tribune de François Fillon, ancien premier ministre publiée dans Le Monde intitulée «La laïcité doit s’étendre à l’entreprise privée».

Notre volonté de vivre ensemble résistera-t-elle au mauvais vent qui souffle sur l’Europe et qui alimente les populismes et les replis identitaires ? Pour lui faire barrage, le respect de la laïcité est l’une de nos principales forces.

 

La France vit des heures difficiles. La crise économique tend les coeurs et les esprits, et nous voyons ressurgir des tensions qui mutilent notre pacte républicain. […]

C’est elle – la laïcité – qui nous permet d’unir dans la paix et le respect réciproque croyants et non-croyants. C’est elle qui permet à la religion musulmane, après la religion catholique de s’installer dans la République, et non contre elle.

A droite comme à gauche, des voix s’élèvent pour combler ce vide législatif et juridique, qui ne peut qu’affaiblir l’esprit de tolérance et de modération au coeur de la laïcité et du vivre ensemble.

Le président de la République ferait bien de l’entendre, car nous sommes dans une période où l’unité de la nation s’effrite. Les Français ont besoins de repères communs. Il y a urgence.

Le Monde

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Complément :

« A partir du moment où on est musulman, on ne peut pas être laïc. En réalité, tous les chefs d’état du monde musulman ne sont pas des chefs d’états laïcs, et quand ils disent qu’ils veulent être laïcs, je dis qu’ils ne sont plus musulmans. Car le droit musulman nous colle à la peau, qu’on le veuille ou non, tant sur le plan du droit public que sur le plan du droit privé. » Hassan II, roi du Maroc

Mort du sociologue Robert Castel. Son «cri d’alarme» pour les banlieues en 2007

L’historien et sociologue Robert Castel est mort mardi 12 mars. En 2007, après les émeutes de 2005, il décrivait comment la République est en panne d’intégration des jeunes des banlieues. Le Nouvel Obs republie son analyse.

Sa biographie

Le Breton de souche que je suis est reconnaissant à la République. Grâce à elle, la Bretagne s’est modernisée tout en restant fidèle à elle-même. Pourquoi la République ne saurait-elle pas faire, comme elle l’a réussi pour de farouches Bretons, la même chose pour des gens dont la seule tare serait que leur père ou leur grand-père soient venus des anciennes colonies ?

Deux ans déjà [7 ans désormais]. A l’automne 2005, les banlieues françaises furent le théâtre d’émeutes urbaines. En dépit de cet électrochoc national, rien n’a vraiment changé dans les banlieues. Les jeunes «issus de l’immigration» y sont toujours «assignés à résidence», tels des « étrangers de l’intérieur ». […]

Il est bien sûr injustifiable de brûler des écoles, mais encore faut-il avoir l’honnêteté de reconnaître que l’école ne remplit pas dans ces quartiers le mandat d’égalité qui est le sien. […] Le cumul des handicaps rend ainsi explosive la question ethnique et raciale.

La République, en contradiction avec ses propres principes, paraît incapable d’intégrer ces jeunes Français qui se vivent comme les indigènes de la nation, comme s’il y avait toujours une marque, une trace d’une immigration lointaine qui pèse toujours sur eux. Les immigrés italiens ou polonais du début du siècle dernier se sont intégrés en une génération. Cela n’a pas toujours été facile, mais la République a su faire son travail.

En France, les quartiers dits «sensibles» – ils concernent près de 5 millions d’habitants – ont été l’objet depuis le début des années 1980 d’un traitement social continu grâce à la «politique de la ville». Il est donc faux de dire que ces quartiers ont été laissés totalement à l’abandon. La puissance publique est présente en banlieue sous de multiples formes. Il n’y a pas en France de ghettos de type nord-américain et le périphérique qui sépare Paris de ses banlieues n’est pas une frontière. […]

Actuellement, les banlieues ne sont pas encore des territoires ethniques, mais elles s’ethnicisent de plus en plus.

Pourquoi y a-t-il aujourd’hui une telle stigmatisation de la religion musulmane alors que 5 millions de musulmans vivent en France ? Ce soupçon permanent d’islamisme radical dirigé contre cette communauté, dans un contexte de guerre au terrorisme, empoisonne l’atmosphère et sonne comme une condamnation collective. Les enquêtes sociologiques montrent pourtant fort bien que plus de 80% des jeunes musulmans ont un rapport assez distant avec leur religion. Leur stigmatisation globale ne peut qu’accélérer le développement du communautarisme qui mettrait en danger l’unité de la nation. […]

Le calme actuel est trompeur. Plus que jamais, les banlieues sont le chantier prioritaire.

Le Nouvel Obs

Les «cohortes étrangères» de la Marseillaise «contraires aux droits et libertés fondamentaux» ?

En cours de libertés fondamentales une étudiante fait un exposé sur un arrêt rendu le 23 décembre 2011 par le Conseil d’Etat. Dans cette affaire, une association reproche au ministre de l’éducation d’imposer le chant de La Marseillaise dans les écoles primaires. Extraits s’un article du Bondy Blog.

L’association considère que les phrases «Qu’un sang impur abreuve nos sillons » et « Quoi, ces cohortes étrangères feraient la loi dans nos foyers !» sont contraires aux droits et libertés fondamentaux.

Le Conseil d’Etat rejette son argumentation en disant «que ce chant symbolise, en tant qu’hymne national, les valeurs de la République». […] Mais voyons un peu le débat entre le professeur et l’étudiante… […]

- Cet arrêt vous l’approuvez… sans réserve ?
- Non… pas sans réserve. C’est vrai que remis dans un contexte actuel on peut sentir qu’il y a du racisme et qu’il y a une atteinte aux libertés fondamentales. Mais là, c’est pas le cas. […]

Est-ce-que vous pensez qu’à un enfant de quatre ans à qui on impose de chanter cinq fois par jour « qu’un sang impur abreuve vos sillons » est adapté à son âge ?
- Non… non…mais c’est à l’enseignant de faire comprendre avec des mots adaptés le contexte dans lequel est née La Marseillaise.

On a l’impression que si demain il existait un Etat islamique Aqmi au Mali on pourrait très bien reprendre la formule mais on ne parlerait pas du même «sang impur». Qu’est-ce-que vous en pensez ?
- Bah effectivement… là… c’est pas relié à un contexte historique comme ça peut l’être…
- C’est vous qui le dîtes. Je me permets de vous dire que l’Islam a une ancienneté qui n’a rien à envier à celle du catholicisme et qu’il représente une population mondiale importante… donc au niveau de la démocratie l’Islam ça pèse. Je suis un peu dubitatif par rapport à ce que vous dites…

Le Bondy Blog (Merci à crocodile)

Toulouse/ Merah : Hommages aux victimes et nécessité «d’aller vers un Printemps de la République».

Toulouse et Montauban vivront ces prochains jours dans le souvenir de cette semaine de mars 2012 où Mohamed Merah a semé l’horreur, avec dès lundi des hommages rendus à la première victime du «tueur au scooter», le parachutiste Imad Ibn Ziaten du 1er régiment du train parachutiste (1er RTP).

Cette marche, rappelle la présidente régionale du Conseil représentatif des institutions Juives de France (Crif) à Toulouse, Nicole Yardeni, «n’est pas seulement un hommage aux victimes. Elle représente une nécessité que nous ressentons tous, celle d’aller vers un Printemps de la République».

Latifa Ibn Ziaten, la mère d’Imad, s’est engagée immédiatement dans la lutte pour la défense d’un islam sans violence, allant à la rencontre des jeunes des quartiers, puis créant une association et écrivant un livre, martelant son message: «L’Islam est pour la paix, l’amour, le partage, le respect. On ne mélange pas l’Islam avec la haine». Lundi, elle reviendra sur les lieux de l’assassinat de son fils, et participera en fin de semaine à la marche blanche, musulmane aux côtés des organisations juives qui défileront en souvenir des sept victimes de Merah. […]

Le Nouvel Obs

Antisémitisme : Les associations misent sur la «pédagogie»

Actualité Juive (n°1246) a interrogé Richard Prasquier (CRIF),Joël Mergui (Consistoire) et Pierre Besnainou (FSJU) à propos de la «montée des actes antisémites enregistrés en 2012 en France». Tous les trois insistent sur la «pédagogie».

Richard Prasquier, Président du CRIF :

Un travail de prévention est indispensable. Il faut aussi renforcer les projets pédagogiques à l’intérieur des établissements scolaires de façon à détruire la masse de stéréotypes de haine contre les juifs.

Joël Mergui, Président du Consistoire de Paris et du Consistoire central :

Il y a un travail éducatif à réaliser au niveau scolaire. […] Je suis attentif de savoir si la volonté politique qui se manifeste en haut lieu va pouvoir être relayée à tous les niveaux (écoles, prisons, universités…).

Pierre Besnainou, Président du FSJU et de la Fondation du Judaïsme français :

Le terrorisme que l’on croyait hors de nos frontières est désormais à l’intérieur de nos frontières. […] Au FSJU, nous voulons faire passer le message aux pouvoirs publics que l’antisémitisme est un virus qui ronge la société française. Notre République est donc en danger.

Crif