Renaud Camus à propos de la suppression du mot “race” des textes législatifs

Le parti de l’In-nocence reconnaît dans le suppression du mot “race” des textes législatifs, telle qu’elle a été votée ces jours-ci à l’Assemblée nationale, une mesure typique du gouvernement actuel qui, dans son impuissance à agir sur les choses, s’évertue à trafiquer les mots et à décider de ceux qui peuvent ou ne peuvent pas avoir cours.

“Race” est un des vocables les plus anciennement inscrits dans notre langue, avec une richesse de sens que lui contestent seuls, symétriquement, les racistes patentés, avec l’absurde conception scientifique qu’ils en ont, et les antiracistes dogmatiques, qui la reprennent terme à terme pour poser que les races n’existent pas.

Prétendre que les races n’existent pas au prétexte qu‘on ne pourrait pas les définir scientifiquement c’est témoigner une totale méconnaissance des mécanismes et des usages de la langue, que les définitions sans cesse renouvelées n’ont jamais fait que suivre comme elles ont pu. Le mot “race” est parfaitement compréhensible et compris dans toutes ses nuances de sens, il est remarquablement vivant ; et prétendre l’exclure des codes et des lois — tout en le maintenant par impuissance dans la constitution… —, c’est aggraver encore la dénégation de vérité qui est une des marques principales de la situation actuelle.

 

Le parti de l’in-nocence remarque d’autre part que cette mesure toute volontariste et artificielle de suppression du mot “race” intervient à un moment où, communautarisme aidant, jamais les races n’ont tenu pareille place dans les discours des uns et des autres, les opinions paraissant conditionnées comme jamais par les origines, et chacun s’époumonant à chanter dans son arbre généalogique. Les événements même revêtant toujours davantage un caractère ethnique, à commencer par la sinistre “fait-diversité”, qui ne saurait guère être analysée un peu sérieusement que dans la lumière du combat ethnique pour le territoire, le vote de l’Assemblée nationale restera comme un des exemples les plus marquants d’aveuglement volontaire et d’imposition délibérée du “fauxel“, ce réel inversé, ce règne du faux.

Sexes et races, deux réalités

Sciences humaines et sciences naturelles ne font pas bon ménage. Quand les biologistes s’aventurent dans les domaines de l’anthropologie et de la psychologie, ils extrapolent souvent abusivement des causes matérielles aux conséquences sociales. L’homme fait certes partie de la nature, mais les lois biologiques expliquent-elles tous les comportements ? L’hérédité est certes un facteur puissant, mais comment nier que l’histoire des sociétés comme celle des individus a un impact sur notre identité ? Les analyses sociobiologiques des arts et des cultures, à force de se croire capables de tout expliquer à leur aune, laissent souvent sceptique.

Du côté des sciences humaines et sociales, c’est moins la boulimie que l’anorexie qui fait des ravages : penseurs et philosophes contemporains semblent avoir adopté pour devise la célèbre formule « Commençons par écarter tous les faits ». D’où vient cette cécité volontaire, obstinée, parfois loufoque, vis-à-vis des sciences naturelles ? En grande partie, bien sûr, de la catastrophe qu’a représentée, au XXe siècle, l’interprétation finaliste de la découverte darwinienne, qui a débouché sur l’idéologie nazie et sur sa traduction dans le réel.

Hitler croyait au déterminisme biologique, Hitler était un salaud, donc le déterminisme biologique n’existe pas : le caractère spécieux du raisonnement saute aux yeux.

On aurait pu aussi bien tirer la conclusion inverse à partir des pratiques adoptées en Russie communiste au cours des mêmes années, où l’on envoyait les généticiens dans les camps et idolâtrait l’agronome Trofim Lyssenko (1898-1976), d’après qui l’hérédité était inexistante et la nature des plantes pouvait être modifiée à volonté par les conditions environnementales et les hommes. Malgré ces excès, l’idée que l’intervention volontariste peut être utile n’a pas été pourfendue autant que celle de la pertinence du biologique.

(…) Le Monde

(Merci à Isabelle verger)

Vocabulaire : le mot « race » (extraits de Wikipedia)

Dans la classification des êtres vivants, l’espèce (c’est-à-dire un ensemble d’individus généralement interféconds) est la dernière subdivision unanimement admise.

Au-delà, on parle :
• de sous-espèce pour les animaux sauvages,
• de variétés pour les végétaux sauvages,
• de race pour les animaux domestiques.

Le terme de « race »,  principalement utilisé pour les espèces domestiquées, se rapporte à des populations individualisées d’une même espèce ayant des caractères morphologiques et physiologiques héréditaires bien distincts des autres populations.

Ces subdivisions sont assez hasardeuses et complexes ; il n’est pas rare de les voir remises en cause en fonction de l’importance plus ou moins grande donnée à un caractère discriminant.

Cela explique les réticences des biologistes face à la définition de « races humaines». L’utilisation de critères biologiques permettant de définir au sein de l’espèce humaine différentes races soulève des questions éthiques et fait l’objet de multiples controverses.

Wikipedia
————————-
• Complément 1 :  Emission « Liberté de l’esprit » (1959) – Extrait

Raoul Hartweg, anthropologue, professeur d’ethnologie (pour les lecteurs pressés : voir à partir de 1’30″) [en savoir plus ici]
Image de prévisualisation YouTube

• Complément 2 :  extrait du journal Le Monde du 13 septembre  2012, rubrique Sciences.

(…) Le séquençage des gènes humains a révélé que les Aborigènes constituaient un rameau particulier de l’espèce humaine.

La conception – politiquement essentielle – d’une humanité unique est en train de voler en éclats.

Plus préoccupant, certaines des séquences génétiques héritées du métissage avec des hommes archaïques concernent des gènes gouvernant l’organisation cérébrale et impliqués dans le fonctionnement des synapses neuronales.

Le débat sur la notion de race, sur l’égalité entre elles, que l’on espérait à jamais enterré, pourrait resurgir. Les humanistes devront être vigilants et veiller à ce que ces troublantes découvertes paléogénétiques ne deviennent pas des arguments aux mains des idéologues racistes.

Le Monde

L’Assemblée supprime le mot « race » de la législation (MàJ)


La proposition de loi a été adoptée par l’Assemblée Nationale avec un hémicycle quasi vide, l’opposition UMP-UDI ne montrant guère de désaccord avec la majorité PS


Aujourd’hui, alors que vient de s’achever un quinquennat au cours duquel la stigmatisation, la xénophobie et le racisme se sont exprimés au plus haut niveau de l’État et tandis que le Président de la République a pris des engagements sur cette question durant la campagne présidentielle, les députés du groupe GDR ont décidé de redéposer cette proposition de loi visant à supprimer le mot race dans notre législation.

» Cliquez sur chaque article de loi pour voir le texte original avant suppression du mot race.

Article 1er

À l’exception des textes où il se réfère à la désignation d’espèces animales, le mot « race » est supprimé de la législation française.


Article 2

I. – Au premier alinéa de l’article 211-1 du code pénal, le mot : « , racial » est supprimé.
II. – Au premier alinéa de l’article 2-1 du code de procédure pénale, le mot : « , raciale » est supprimé.[NDLR, le mot racisme n'est pas supprimé de l'article]
III. – Au premier alinéa de l’article 48-1 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, le mot : « , raciale » est supprimé.
IV. – Au 8° de l’article 212-1 du code pénal, le mot : « , racial » est supprimé.
V. – Au premier alinéa de l’article 226-19 du code pénal, les mots : « raciales ou » sont supprimés.


Article 3

Au 10° de l’article 212-1 du code pénal, le mot : « racial » est remplacé par deux fois par le mot : « ethnique » et le mot : « raciaux » est remplacé par le mot : « ethniques ».

La proposition de loi
Suivre en direct

Les députés Front de Gauche proposent de supprimer le mot «race» de la législation française

Le groupe des députés Front de Gauche (GDR) a présenté une proposition de loi visant à supprimer le mot «race» de la législation française, une initiative à laquelle le gouvernement est «favorable» tout en soulignant les difficultés de rédaction.

«En supprimant la catégorie juridique de races, nous cesserions de donner une légitimité juridiques aux idéologies racistes et nous affirmerions, enfin, qu’elles s’appuient sur un concept qui n’a aucun fondement scientifique», expliquent les députés.

Devançant le contre-argument majeur, ils rappellent que «dans nos textes de loi, le mot race n’apparaît jamais seul et est toujours accompagné d’autres mots comme origine, ethnie, nation ou religion. Sa suppression n’enlèverait rien au contenu des textes concernés et n’empêcherait nullement les poursuites judiciaires pour motif raciste». […]

A l’Elysée, on a assuré aujourd’hui que cette promesse n’était «pas enterrée», tout en expliquant qu’elle ne pouvait être insérée dans le premier train de réformes constitutionnelles, prévu fin juillet, et qui concerne «les institutions», pas les «sujets sur les valeurs comme la race, le droit de vote des étrangers, la laïcité».

Le Figaro

Race, un bien joli mot…

Dans les années quarante du siècle dernier, Simone Weil disait à Gustave Thibon : « Vous êtes français comme on ne l’est plus depuis trois siècles. » Cela seul suffirait aujourd’hui à inscrire les philosophes sur la liste des suspects : la première, pour avoir assuré qu’il existe un « être français » — l’essentialisation ou la substantialisation de la nation suffisant à renvoyer aux heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire pendant lesquelles, circonstance aggravante, l’assertion a été formulée ; le second, tout simplement pour… avoir été français, ce qui est sans doute le plus grave (gravis, le plus lourd) pour le trébuchet avec lequel le très sourcilleux clergé libertaire soupèse les âmes qu’il juge et condamne.

Pourtant, il existe ou, plus exactement, il subsiste un être français qui, comme tel, est rigoureusement insoluble dans l’universalisme abstrait de la République, façon de dire que la France excède la forme (l’informe) politique dans laquelle elle agonise.

Non que la qualité de français soit incompatible avec celle d’homme mais, en métaphysique comme en politique, il est des états multiples de l’être que seule une juste anthropologie dévoile et que seule l’analogie permet de penser. Maurras le sut, qui disait : « Je suis de Martigues, je suis de Provence, je suis de France, je suis romain, je suis humain. » À l’heure des grands mélanges imposés, la confusion des ordres se paie très cher.(…)

Boulevard Voltaire

« La Birmanie est assise sur une poudrière ethnique »

«La majorité bamar (68% de la population) a une «conception raciale de la nation», souligne Renaud Egreteau. Elle considère qu’être birman, c’est d’abord être bouddhiste. (…)

——————-
(extraits) La Birmanie est plus que jamais assise sur une poudrière ethnique.  Les dernières émeutes antimusulmanes ont fait au minimum 40 morts depuis une semaine.

Cette nouvelle flambée meurtrière entre bouddhistes et musulmans n’est pas un acte local et isolé. Elle a démarré à Meiktila, une ville de 100 000 habitants puis s’est propagée à quatre autres villes. (…)

«La question ethnique reste le point noir du régime, rappelle Renaud Egreteau, de l’université de Hongkong. C’est l’élément central pour assurer la stabilité du pays.»

L’ouverture du régime a libéré un racisme latent qui traverse toute la société. Il est notamment véhiculé par un clergé bouddhiste qui compte parmi les plus fondamentalistes et nationalistes d’Asie.

Libération

Lire en complément :
Violences entre bouddhistes et musulmans en Birmanie : 43 morts, 1300 maisons brûlées (vidéo)

Télévision : « Seulement 12% de personnes “non blanches” à l’écran. Il faut changer notre système mental » selon le CSA

[Titre d'origine : La télévision française reflète toujours mal la diversité de la population]

[extrait] Minorités ethniques, handicapés ou ouvriers sont encore trop peu représentés à la télévision: c’est le constat du quatrième baromètre annuel de la diversité réalisé par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), qui compte auditionner prochainement les patrons de chaînes pour obtenir de nouveaux engagements.

(…) C’est principalement concernant la diversité des origines que « les résultats ne sont pas satisfaisants du tout », a indiqué Mme Hintermann.

« Seules 12% de personnes perçues comme “non blanches” sont présentes à l’écran. “Il y a quelque chose à changer dans notre système mental”, a-t-elle martelé, soulignant que “derrière ça, il est question d’intégration”. »

Le CSA a décidé de lancer un « plan d’action », qui passera notamment par des auditions des responsables des chaînes et des radios en mars et avril, « pour obtenir enfin des engagements fermes ».

AFP