Progrès social, religion et identité européenne : Jaurès serait-il socialiste aujourd’hui ?

Alors que François Hollande se rend mercredi 23 avril à Albi et Carmaux pour rendre hommage à Jean Jaurès, le philosophe Claude Obadia combat les idées préconçues à l’égard du député du Tarn, notamment sur le progrès social, la religion et l’identité européenne.

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné. On ne s’étonnera donc guère que le Président de la République ait décidé, à l’occasion du centenaire de la mort du député de Carmaux, de rendre hommage à la figure tutélaire du socialisme français. […]

Si le député du Tarn ne croit pas aux vertus de la révolution et de la violence, c’est qu’il est convaincu qu’il n’y a de société que dans l’unité de ses composantes. Et c’est exactement la raison pour laquelle, contre Auguste Comte pour qui la religion n’est que l’enfance de la raison, Jaurès affirme qu’il n’y a «pas de société sans religion»,c’est-à-dire sans la reconnaissance d’un infini, dit-il, dont toutes les âmes procèdent et qui puisse conférer à la société la solidité lui permettant d’être solidaire. De fait, s’il faut une nouvelle fois rendre à Jaurès ce qui est à Jaurès, alors il convient, non pas seulement de dénoncer le cléricalisme, mais de rendre à la religion ce qui est à la religion et à l’Europe ce qui est à l’Europe.

Cela veut dire trois choses. Premièrement, qu’on ne peut réduire la religion chrétienne à l’histoire de l’Église catholique romaine. Deuxièmement, et comme Jaurès l’écrit dans l’ouvrage déjà cité, que «la vocation du socialisme est d’accomplir l’histoire de l’Europe chrétienne», donc que l’histoire de l’Europe est bien liée à l’influence dominante de la spiritualité religieuse. Troisièmement, aujourd’hui contre Ulrich Beck (4)et les partisans du cosmopolitisme, que l’Europe a une identité propre, et qu’elle est davantage une culture et une histoire qu’un territoire.

François Hollande va rendre hommage à Jean Jaurès? Puisse-t-il d’abord lui rendre ce qui lui appartient. Contre les marxistes, une certaine idée du progrès social et de la société. Contre les positivistes, une certaine idée de la religion et du christianisme. Contre ceux pour qui le “vieux continent” ne doit pas avoir d’identité, une certaine idée de l’Europe en marche.

S’il y parvient, le Président aura été au rendez-vous de l’Histoire. Il aura honoré la pensée du député du Tarn. Mais il aura aussi montré qu’on peut se demander si, aujourd’hui, Jean Jaurès serait socialiste…

Le Figaro

Europe : La minorité est-elle devenue le nec plus ultra de la modernité et du progrès ?

Éclatement de l’ex-Yougoslavie et de l’ex-Tchécoslovaquie, effritement progressif de la Belgique, revendications autonomistes ou indépendantistes au Royaume-Uni, en Espagne, en Italie, drame des minorités rom en Europe centrale… L’Europe, qui a vu la naissance du concept d’État-nation, est aussi le lieu de sa contestation. Comme le relève Yves Plasseraud, consultant sur les questions européennes et universitaires dans son ouvrage L’Europe et ses minorités, Presses universitaires de Grenoble l’époque est à l’affirmation des droits des minorités, autochtones et allochtones.

Si on peut le définir comme la concordance entre les frontières politique et nationale, l’État-nation est questionné par les minorités, c’est-à-dire des groupes qui, à l’intérieur d’un État donné, se définissent à la fois par une distance culturelle vis-à-vis de la majorité de la population et par une conscience d’appartenir à un groupe spécifique.

Aujourd’hui, l’époque semble être aux minorités : minorités ethnoculturelles, mais aussi religieuses, sexuelles, de genre, de mode de vie…

Les minorités abordées dans cet ouvrage sont celles qui se fondent sur une logique ethnoculturelle. L’auteur en distingue deux sortes : les autochtones, qui sont présents depuis l’origine même des États européens, et les allochtones, liés aux mouvements d’immigration massive que l’Europe a connus au long du XXe siècle (et spécifiquement à partir de 1945 l’immigration extra-européenne). […]

Le traitement des minorités régionales ne saurait opposer un Occident et un Orient européens : la Hongrie a ainsi une législation protectrice pour les minorités régionales, alors que la France ou la Grèce ont une approche plus centralisatrice. […] Plus encore depuis le 11 septembre 2001, les musulmans d’Europe suscitent des réactions de peur ou de refus qui tiennent bien peu compte des frontières. […]

Les institutions européennes seraient-elles devenues la nouvelle arche de Noé pour les populations minoritaires ? L’avenir le dira.

Au terme de cet ouvrage passionnant et riche, Yves Plasseraud souligne le rôle croissant de l’Europe dans le traitement et la situation des minorités : textes réglementaires, jurisprudence, financement, dispositifs de politiques publiques. Le développement des politiques antidiscriminatoires doit de même beaucoup au cadre européen.

saphirnews

Le mariage pour tous : «Un véritable progrès sociétal»

L’Assemblée nationale a rejeté mardi, par 293 voix contre 222, un texte visant à «ouvrir le mariage aux couples du même sexe». Pourtant, Laurent Pinsolle, est persuadé que les lignes bougent à droite et que l’adoption de cette mesure n’est qu’une question de temps.

En refusant tout jugement de valeur entre hétérosexualité et homosexualité, l’Etat enverrait un bien beau message de tolérance et de respect.

Il est loin le temps où la droite s’opposait très largement au PACS, laissant Roselyne Bachelot isolée au sein de sa famille, faire un discours émouvant applaudi par la gauche de l’hémicycle. Même si l’UMP conserve en soin sein des députés comme Christian Vanneste ou Brigitte Barèges, qui ne lui font pas honneur par leurs déclarations assez révoltantes, on constate que plusieurs députés de la majorité ont pris ouvertement position en faveur du texte socialiste. […]

En effet, quel message envoie notre société, notre République en refusant d’accorder aux couples homosexuels le droit de se marier comme les couples hétérosexuels ? Implicitement, cela revient à dire qu’il y a deux poids, deux mesures, qu’il y a des couples de première catégorie et des couples de seconde catégorie. La loi telle qu’elle est aujourd’hui porte un jugement de valeur sur la sexualité en accordant moins de droits aux couples homosexuels. […]

Marianne 2

Le succès économique des nations était-il déjà écrit il y a 3000 ans ?

Et si le succès économique avait été déterminé par vos ancêtres en 1000 avant J.C. ? C’est ce que laisse entendre une surprenante étude réalisée par Diego Comin, William Easterly, et Erick Gong.

[...] Les auteurs ont rassemblé un ensemble de données sur le progrès technologique en 1000 avant .J.C., en l’an 0, et en 1500 ap. J.C à différents points du globe.

Ils arrivent à la conclusion qu’en l’an 1500 de notre ère, l’état de la technologie est un remarquable marqueur permettant de prédire la richesse des nations d’aujourd’hui. Comme le souligne William Easterly sur son blog, 78 % des disparités de revenus actuels entre l’Afrique sub-saharienne et l’Europe occidentale peuvent s’expliquer par des différences qui existaient déjà en 1500, et même dit-il “avant le commerce d’esclaves et le colonialisme”.

Easterly ajoute qu’on peut démontrer une forte corrélation entre l’état technologique en 1000 avant J.C. Et en 1500 ap. J.C., près de 2500 ans plus tard. Une telle persistance a de quoi faire réfléchir.

La conclusion de l’étude, est que la capacité à inventer de nouvelles technologies est plus grande lorsque vous avez déjà un niveau technologique avancé. En Europe, devrions-nous donc vouer un culte à la machine d’Anticythère et au progrès gréco-romain, poursuivi jusqu’à nos jours ?

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