Histoire : Décès du médiéviste Jacques Le Goff, à 90 ans

Jacques Le Goff

Disparu à Paris ce 1er avril à l’âge de 90 ans, il était sans conteste l’un des plus grands médiévistes français. Ses nombreux ouvrages contribuèrent à modifier profondément la connaissance d’un Moyen Âge qu’une tradition séculaire s’évertuait à considérer comme une période obscurantiste.

La Civilisation de l’Occident médiéval, L’imaginaire médiéval, La Naissance du purgatoire… Jacques Le Goff, grand héritier de l’Ecole des Annales de Lucien Febvre et de Marc Bloch fut l’un des principaux initiateurs de la «nouvelle histoire», une discipline anthropologique, non plus spécifique mais globale, communiquant avec les autres sciences sociales, et dont le projet consistait à mettre en regard, pour mieux les comprendre, le passé et le présent. [...]

Jacques Le Goff excelle à repérer et à décrire les mouvements qui, tout en la travaillant, composent l’Histoire. Prompt à penser l’ère médiévale en termes de civilisation et à adopter la perspective d’un «long Moyen Age», il s’attache à mettre au jour les rapports, en termes d’héritages comme de changements de paradigmes, qui se tissent entre le Moyen Age et le monde d’aujourd’hui. Pour ce qui est des ruptures, Le Goff insiste sur le tournant du XIIIe siècle, véritable apogée de la Chrétienté à ses yeux. L’historien y situe l’essor d’une société urbaine où les différents groupes (marchands-banquiers, artistes, «intellectuels») se rapprochent dans la mesure où ils se découvrent une communauté d’intérêts. Quant aux continuités, c’est surtout celle de l’Europe qui retient Le Goff: une idée européenne dont il montre, à travers plusieurs livres (L’Europe est-elle née au Moyen Age ?, 2004), qu’elle est en gestation durant le Moyen Age. [...]

Le Figaro

Bouvines 2014 : Aucune subvention pour le 800e anniversaire

Bouvines
La bataille de Bouvines par Horace Vernet.

Pas de subventions, pas de commémorations. Ou réduites à leur plus simple expression.

C’est le coup de gueule qu’a poussé hier Alain Bernard, maire de Bouvines et président de Bouvines 2014 pour sauver le jubilé des 800 ans de la bataille de Bouvines, une des dates majeures de l’Histoire de France. Pourtant, le symbole ne rassemble ni l’État ni les collectivités locales qui n’ont pour l’heure accordé aucun subside à l’association qui prépare l’événement depuis cinq ans. Philippe Auguste doit se retourner dans sa tombe. Pas une institution publique pour rendre hommage à sa grande œuvre, la naissance de la nation française, sur le champ de bataille de Bouvines le dimanche 27 juillet 1214. [...]

La Voix du Nord

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FDS Musique – Ars Nova

Nous voici à la fin du Moyen-Age, dans la période qui s’étend de l’écriture du Roman de Fauvel à la mort de Guillaume de Machaut, notre auteur du jour, soit environ de 1310 à 1377.

Le terme est parfois utilisé dans une acception plus large, englobant toute la musique polyphonique européenne du XIVe siècle. Le terme apparaît dans deux traités d’écriture musicale parus respectivement en 1320 et 1322, mais ne sera adopté pour décrire cette période de manière précise qu’en… 1904.

Quelles sont les caractéristiques qui différencient la musique de l’Ars Nova de celle de l’Ars Antiqua? Premièrement, les modes rythmiques, un peu rigides, sont progressivement abandonnés au profit d’une plus grande liberté.
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Histoire : 885, les Danois à Paris, des Carolingiens aux Capétiens

Auteur : monalisa

bâteau tapisserie bayeux
Détail de la tapisserie de Bayeux (XIe siècle).

Entre 885 et 886 les Danois assiégèrent Paris. Nous avons connaissance des péripéties grâce à un texte, extrait du livre Le siège de Paris par les Normands, écrit par un contemporain, Abbon qui fut moine à l’abbaye de Saint Germain des Près. Il s’agit d’une rédaction à posteriori, basé sur la mémoire de l’auteur mais corroboré par d’autres ainsi que par l’archéologie. Le siège a fait des ravages dans les faubourgs, les assiégeants n’ayant pu prendre la cité fortifiée défendue vaillamment par les Parisiens. L’empereur Charles le Gros montra sa faiblesse lors de ce siège, tant et si bien que cela fut annonciateur du début de la fin des Carolingiens, et l’occasion pour une autre dynastie, celle des Capétiens de préparer son avènement.

La ville est sauvée par la présence et les troupes d’Eudes, Comte de Paris, grand oncle d’Hugues Capet, soutenus par l’évêque Gozlin. Ces deux personnages sont emblématiques de la montée en puissance de l’aristocratie territoriale qui renversera les Carolingiens et imposa les Capétiens.

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Journée médiévale au collège : « les élèves apprennent que la cornemuse vient d’Afrique du Nord »

Les élèves de cinquième ont vécu une journée au temps du Moyen Âge. (…) Les élèves ont découvert sous un autre angle cette partie de l’histoire qui est au programme de cinquième.

Tout y était : Repas, costumes, musique (…) Les élèves ont ensuite participé à plusieurs ateliers (…). Ils vont ainsi faire découvrir les instruments de musique. (…)

Ils apprendront entre autres que la cornemuse vient d’Afrique du Nord et non d’un pays celte. (…)

Sud-Ouest

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[ NDLR : 1) Il n'est pas ici question de remettre en cause la présence de cornemuse au Maghreb, (ou en Asie d'ailleurs) mais de s'interroger sur le pourquoi d'une affirmation aussi péremptoire devant de jeunes collégiens en France. 2) Les origines de la cornemuse demeurent très floues. (voir ici) ]

Décès de l’historien Jacques Heers : peu d’écho médiatique

Historien français de premier plan, spécialiste du Moyen Âge, Jacques Heers est décédé le 10 janvier 2013 à Paris. Élève de Fernand Braudel, assistant de Georges Duby, Jacques Heers écrivit de nombreux ouvrages principalement sur l’économie et la société médiévales.

livres Heers

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Mahomet caricaturé depuis le Moyen-Âge

La provocation de Charlie Hebdo renvoie à des pratiques très anciennes.

Caricaturer Mahomet, ce genre d’exercice remonte au Moyen Âge. La toute première caricature connue date, en effet, de 1141-1143.

On voit Mahomet avec une queue de poisson et des plumes sur le corps.

Elle figure dans une enluminure illustrant la première version latine du Coran, conservée à http://imageshack.us/a/img801/8491/47381447081528.jpgla Bibliothèque nationale de France (BnF). Ce travail de traduction avait été effectué sous la direction de Pierre le Vénérable, à l’abbaye de Cluny. Cet abbé, ami de saint Bernard, d’Héloïse et d’Abélard, œuvrait dans un contexte polémique. Jusqu’alors, il était interdit de vendre le Coran aux non-musulmans. D’un autre côté, il fallait bien pouvoir le lire si l’on prétendait le réfuter.

L’ouvrage a été présenté à la BnF, en 2005, dans l’exposition «Livres de parole, Torah, Bible, Coran». Bien qu’ouvert à la page du dessin, il ne s’est trouvé personne pour s’en offusquer. L’exposition a été vue par des milliers de visiteurs et mise en ligne (elle l’est toujours). (…)

Leral.net

27 juillet 1214 : la bataille de Bouvines


La bataille de Bouvines par Horace Vernet.

Extrait de la Vie de Philippe Auguste de Guillaume le Breton (v. 1165-1226), prêtre biographe du roi, auteur de la Philippide et continuateur de la Gesta Philippi Augusti (Vie de Philippe Auguste) de Pierre Rigord.

L’an de l’Incarnation du Seigneur 1214, pendant que le roi Jean exerçait ses fureurs dans le pays de l’Anjou, ainsi qu’il a été rapporté plus haut, l’empereur Othon, gagné par argent au parti du roi Jean, rassembla une armée dans le comté de Hainaut, dans un village appelé Valenciennes, dans le territoire du comte Ferrand. Le roi Jean envoya avec lui, à ses frais, le comte de Boulogne, le comte de Salisbury, Ferrand lui-même, le duc de Limbourg, le duc de Brabant, dont ledit Othon avait épousé la fille, et beaucoup d’autres grands et comtes d’Allemagne, de Hainaut, de Brabant et de Flandre. [...]

Les ennemis étant arrivés à un ruisseau qu’on ne pouvait facilement traverser, le passèrent peu à peu, et feignirent, ainsi que le crurent quelques-uns des nôtres, de vouloir marcher vers Tournai. Le bruit courut donc parmi nos chevaliers que les ennemis se détournaient vers Tournai. L’évêque était d’un avis contraire, proclamant et affirmant qu’il fallait nécessairement combattre ou se retirer avec honte et dommage. Cependant les cris et les assertions du plus grand nombre prévalurent. Nous nous avançâmes vers un pont appelé Bovines, placé entre un endroit appelé Sanghin et la ville de Cisoing. [...]

Pendant que le roi, un peu fatigué des armes et du chemin, prenait un léger repos sous l’ombre d’un frêne, près d’une église fondée en l’honneur de saint Pierre, voilà que des messagers envoyés par ceux qui étaient aux derniers rangs, et se hâtant d’accourir promptement vers lui, annoncèrent avec de grands cris que les ennemis arrivaient, et que déjà le combat était presque engagé aux derniers rangs ; que le vicomte et les archers, les cavaliers et hommes de pied armés à la légère, ne soutenaient leur attaque qu’avec la plus grande difficulté et de grands dangers, et qu’ils pouvaient à peine plus long-temps arrêter leur fureur et leur impétuosité. A cette nouvelle, le roi entra dans l’église, et adressant au Seigneur une courte prière, il sortit pour revêtir de nouveau ses armes, et le visage animé, et avec une joie aussi vive que si on l’eût appelé à une noce, il saute sur son cheval. Le cri de Aux armes ! hommes de guerre, aux armes ! retentit partout dans les champs, et les trompettes résonnent ; les cohortes qui avaient déjà passé le pont reviennent sur leurs pas. On rappelle l’étendard de Saint-Denis, qui devait dans les combats marcher à la tête de tous, et, comme il ne revient pas assez vite, on ne l’attend pas. Le roi, d’une course rapide, se précipite vers les derniers rangs, et se place sur le premier front de la bataille, où personne ne s’élance entre lui et les ennemis.

Les ennemis voyant le roi, contre leur espérance, revenu sur ses pas, frappés, je crois, comme de stupeur et d’épouvante, se détournèrent vers le côté droit du chemin par lequel ils venaient, et, s’étendant vers l’occident, s’emparèrent de la partie la plus élevée de la plaine, et se tinrent du côté du nord, ayant devant les yeux le soleil plus ardent ce jour-là qu’à l’ordinaire. Le roi déploya ses ailes du côté contraire, et se tint du côté du midi avec son armée qui s’étendait sur une ligne dans l’espace immense de la plaine, en sorte qu’ils avaient le soleil à dos. Les deux armées se tinrent ainsi occupant à peu près une même étendue, et séparées l’une de l’autre par un espace peu considérable. Au milieu de cette disposition, au premier rang était le roi Philippe, aux côtés duquel se tenaient Guillaume des Barres, la fleur des chevaliers ; Barthélemy de Roye, homme sage et d’un âge avancé ; Gautier le jeune, homme prudent et valeureux, et sage conseiller ; Pierre de Mauvoisin, Gérard Scropha, Etienne de Longchamp, Guillaume de Mortemar, Jean de Rouvrai, Guillaume de Garlande, Henri, comte de Bar, jeune d’âge, vieux d’esprit, distingué par son courage et sa beauté, qui avait succédé en la dignité et en la charge de comte à son père, cousin-germain du roi récemment mort, et un grand nombre d’autres, dont il serait trop long de rapporter les noms, tous hommes remarquables par leur courage, depuis longtemps exercés à la guerre, et qui, pour ces raisons, avaient été spécialement placés pour la garde du roi dans ce combat. Du côté opposé se tenait Othon au milieu des rangs épais de son armée, qui portait pour bannière un aigle doré au dessus d’un dragon attaché à une très-longue perche dressée sur un char. Le roi, avant d’en venir aux mains, adressa à ses chevaliers cette courte et modeste harangue : « Tout notre espoir, toute notre confiance sont placés en Dieu. Le roi Othon et son armée, qui sont les ennemis et les destructeurs des biens de la sainte Eglise, ont été excommuniés par le seigneur Pape : l’argent qu’ils emploient pour leur solde est le produit des larmes des pauvres et du pillage des églises de Dieu et des clercs. Mais nous, nous sommes chrétiens ; nous jouissons de la communion et de la paix de la sainte Eglise ; et quoique pécheurs, nous sommes réunis à l’Eglise de Dieu, et nous défendons, selon notre pouvoir, les libertés du clergé. Nous devons donc avec confiance nous attendre à la miséricorde de Dieu, qui, malgré nos péchés, nous accordera la victoire sur ses ennemis et les nôtres. » A ces mots, les chevaliers demandèrent au roi sa bénédiction ; ayant élevé la main, il invoqua pour eux la bénédiction du Seigneur ; aussitôt les trompettes sonnèrent ; et ils fondirent avec ardeur sur les ennemis, et combattirent avec un courage et une impétuosité extrêmes. [...]

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Guillaume le Breton, Vie de Philippe Auguste (XIIIe siècle), publié par François Guizot dans la Collection des mémoires relatifs à l’Histoire de France, Paris, J.-L.-J. Brière, 1825, pp. 274-279.

Desouche Histoire : La bataille de Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212) (rediff.)

Las Navas de Tolosa
Las Navas de Tolosa (Francisco de Paula Van Halen).

Au XIe siècle, en Espagne, le califat omeyyade entre dans une phase de « décomposition ». En 1031, il n’y a plus de calife, et al-Andalus éclate en une multitude de petits États appelés taifas, sur des bases ethniques. La reconquête s’accélère pour les États chrétiens du Nord. En 1086, l’année qui suit la prise de Tolède, les rois des taifas appellent à l’aide les Berbères almoravides qui venaient de fonder un empire en Afrique du Nord. L’émir Yûsuf ibn Tashfin stoppe alors la reconquête en écrasant l’armée chrétienne à Sagrajas (1086) avant de rembarquer pour le Maroc.

Les chrétiens parviennent néanmoins à rétablir la situation et l’expansion chrétienne reprend. En Afrique du Nord, la puissance almoravide s’effondre, remplacée par les Almohades. Ceux-ci débarquent en Espagne et s’opposent aux chrétiens, avec sur le plan militaire des hauts et des bas. En 1195 survient le désastre d’Alarcos pour les chrétiens, un traumatisme en Occident car survenant peu après la reprise de Jérusalem par les musulmans en Orient (1187). Les chrétiens sont repoussés jusqu’au Tage.

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Fêtes médiévales et antiques ce week-end (Vidéos)

Des gaulois à Saint-Gence (87)
France 3 Régions – 24 juin 2012

« A Saint-Gence, tout le weekend end, gaulois et romains envahissent les lieux… Des associations font revivre cette époque. L’occasion de montrer aux enfants que leurs ancêtres n’ont rien à voir avec des héros de bande dessinée chassant le sanglier… »

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Ferrette (68) : la fête médiévale
France 3 Régions – 23 juin 2012

« Le château médiéval de Ferrette est la fierté du village qui participe à sa réputation. Tous les 2 ans, les habitants rendent le site vivant grâce à la fête médiévale »

La rencontre de Jeanne d’Arc avec Charles VII racontée par Thomas Basin

Jeanne d'Arc dans la bataille
Hermann Stilke, Jeanne d’Arc dans la bataille, 1843.

Thomas Basin (1412-1491), évêque de Lisieux et chroniqueur, est l’auteur d’une Histoire des règnes de Charles VII et de Louis XI (dont est extrait le texte ci-dessous). Conseiller du roi Charles VII, il fut l’un des instigateurs du procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc auquel il prit part en tant que canoniste. Son œuvre constitue l’une des sources nous permettant de connaître la vie de Jeanne d’Arc.

« Il y eut, en effet, en ce temps-là une pucelle, du nom de Jeanne, à peine adolescente, vierge, ainsi que tout le monde l’a toujours cru, née sur les frontières de la Champagne et du Barrois, en un village nommé Vaucouleurs. Comme elle paissait les brebis de son père et qu’instruite néanmoins dans la religion du Christ, elle portait une singulière ferveur de dévotion au Christ, à sa glorieuse Mère, ainsi qu’aux saintes Catherine, Marguerite, Agnès et à plusieurs autres, elle affirmait sans se lasser qu’elle avait eu certain jour des révélations divines et que, tandis qu’elle était aux champs, gardant son troupeau, lesdites saintes lui étaient apparues et lui avaient apporté des ordres de Dieu.

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