Niqab. Trappes : «L’absurdité de contrôles opérés en plein Ramadan»

Tribune d’Hugues Lagrange (sociologue, directeur de recherche au CNRS) intitulée «Pour une reconnaissance de la diversité religieuse».

Dans les sociétés européennes, les réactions ethnocentriques des populations autochtones à l’égard des musulmans se sont multipliées.

Les événements des 20 et 21 juillet à Trappes, à la suite de l’interpellation d’une femme portant un niqab, appellent une réflexion moins sur les quartiers sensibles ou sur l’islam salafiste que sur notre laïcité.

Ce qui s’est passé à Trappes révèle d’abord l’absurdité de contrôles opérés en plein Ramadan, en application littérale de la loi de 2011 (interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public), elle témoigne de notre incapacité à construire un espace public véritablement pluriel et une laïcité ouverte. […]

Olivier Roy souligne que le rapport des musulmans au politique, soit s’inscrit dans la vie ordinaire, soit passe par une surpolitisation, car pour les musulmans, à la différence des catholiques, le rapport au politique n’est pas médiatisé par une Eglise. L’expression publique de la religiosité est un aspect central de l’existence de l’identité religieuse, et de ce fait les manifestations ostensibles de la religiosité ont une portée plus significative. Si l’on prétend combattre les dérives possibles vers l’islam politique on n’a pas intérêt à empêcher les expressions ordinaires de la religiosité en islam.

Le Monde (Merci à domi )

La fuite des classes moyennes blanches

[Extrait d'une interview d'Hugues Lagrange par Slate Afrique - Article publié le 26 avril 2013]

« Dans les années 1980, il y a très peu de Sahéliens dans la vallée de la Seine. Dans les années 1990, il y a encore un certain mélange dans les quartiers. La ségrégation prend de l’ampleur à partir des années 1990 et se maintient dans les années 2000.

Elle résulte du départ des classes moyennes blanches dans les années 1980. Les départs se sont succédés :

départ des familles de cadres autochtones, des familles populaires, des familles issues de l’immigration européennes, des familles maghrébines qui réussissent. J’ai remarqué une évaporation par le haut.

Ces quartiers pauvres concentrent une population sans élite, sans exemple de réussite.

Il y a également un processus de mise à distance de la part des autochtones ou des franges de l’immigration plus aisées vis-à-vis des immigrés les plus pauvres.

Ce mépris est déterminant dans les constructions identitaires. Ceux qui restent dans ces quartiers se sentent relégués, marginalisés.

Slate

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• Lire en complément :

Pour le sociologue Hugues Lagrange, les différences de race et de religion existent (+video)

[extraits] Hugues Lagrange est sociologue, rattaché au CNRS et à Sciences-Po et auteur de plusieurs ouvrages sur l’insécurité, la délinquance et l’immigration. Il attire l’attention sur la surreprésentation des enfants d’Africains originaires du Sahel dans la délinquance des quartiers.

Pour lui, cette expérience collective de déplacement de la vallée du Sénégal jusqu’à la vallée de la Seine est inexorablement condamnée à l’échec

Tant à cause des des discriminations dont les immigrés africains sont victimes qu’en raison de leurs différences qu’ils n’ont pas su adapter aux normes et mœurs de leur pays d’accueil.

« J’ai eu l’impression, lorsque j’ai commencé à travailler dans la vallée de la Seine où il y a une importante population africaine, que les paramètres socioéconomiques ne suffisaient pas pour expliquer les échecs scolaires et les écarts de conduite, Lire la suite

Quand France 2 et un sociologue de gauche faisaient le même constat qu’Obertone (rediff.)

Délinquance : Statistiques par groupe ethnique dans le JT de France 2

Un reportage de 6’30 dans le JT de France 2 du 16/09/10, à l’occasion de la sortie du livre du sociologue Hugues Lagrange, « Le Déni des cultures » (Seuil). Réactions de Dominique Sopo (SOS Racisme), Patrick Lozès (CRAN), Manuel Valls (PS) et Eric Raoult (UMP).

(capture d’écran du 20H de France 2 du 16/09/10)


Le lien entre culture et délinquance par johnjohn314

Voir aussi l’interview de Hugues Lagrange sur Public Sénat (à partir de 20’12)

« Un surcroît d’inconduite des Noirs par rapport aux autochtones »

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La difficile «intégration» des émigrés du Sahel d’Ile-de-France

Alain Duhamel présente le livre d’Hugues Lagrange, En terre étrangère, qui se penche sur les émigrés du Sahel, vivant en Ile-de-France et «qui peinent à s’intégrer».

A quelques dizaines de kilomètres de Paris, un conformisme musulman sourcilleux se développe, alors qu’on défile dans la capitale pour ou contre les droits des homosexuels au mariage et à l’adoption.

Jadis, les travailleurs émigrés venus du Sahel en situation régulière travaillaient en usine, vivaient dans des foyers, puis dans des logements sociaux et rêvaient de s’intégrer dans une société française qui les surprenait et les fascinait. Aujourd’hui, ils habitent les « villages verticaux », immeubles et tours de cités ghettos.

Le travail est devenu rare et précaire, la ségrégation s’impose, la société française devient à leurs yeux de plus en plus indéchiffrable et hostile.

Ils sont là pour survivre et envoyer quand ils le peuvent de l’argent à leur village d’origine où ils projettent de revenir vieillir. Écartelés entre deux cultures, deux sociétés, deux continents, deux modes de vie qui s’éloignent l’un de l’autre, ils se tournent vers un néo-fondamentalisme musulman, plus strict et moins tolérant que celui de leur Sahel d’origine. […]

Le Point

Sociologie : Existe-t-il un lien entre délinquance et culture des immigrés ?

[extraits]

Devenu sulfureux malgré lui avec le « Déni des cultures » en 2010, Hugues Lagrange revient avec « En terre étrangère« , recueil de témoignages d’immigrés originaires du Sahel (à paraître le 7 février).

« Ses conclusions vont à l’encontre de la grande majorité des travaux sur la banlieue, qui expliquent son délitement par des facteurs sociaux. 

Son point de vue fait courir le risque de désigner les immigrés d’origine sahélienne comme impossibles à intégrer. »

Dans son bureau de Sciences-Po, notre sociologue a l’air bien embêté. Toute cette affaire l’a placé sous le feu croisé d’une bonne partie de ses pairs et de la presse de gauche, tandis que la droite s’émerveillait qu’un sociologue, espèce forcément «progressiste», ose enfin «briser les tabous du politiquement correct».

Son nouveau livre, En terre étrangère, est une compilation de témoignages d’hommes et de femmes originaires de la vallée du fleuve Sénégal, arrivés en France dans les années 70 et 80, et installés en banlieue ouest de Paris.

Ils racontent les difficultés professionnelles, la solitude, l’incompréhension et le repli sur soi, la nostalgie pour certains, d’hommes qui voulaient s’intégrer et se sont sentis rejetés et méprisés, le désir de rester pour d’autres.

« des hommes qui voulaient s’intégrer et qui se sont sentis rejetés et méprisés »

Au départ, le Déni des cultures était une enquête quantitative portant sur 4 400 élèves de 11 à 17 ans .

En comparant les taux de décrochage scolaire et d’absentéisme quatre ans plus tard avec les listes des tribunaux, il constate qu’une part importante d’«incivilités» et d’«inconduites répétées» sont commises par des jeunes originaires du Sahel (Sénégal, Mali, Mauritanie, Sud algérien, Niger).

Ce constat va amener Lagrange à s’interroger sur les liens entre facteurs culturels et délinquance, et à expliquer en partie l’une par les autres.

Pour lui, le poids des coutumes, de la religion, les structures familiales ont une influence sur le comportement et le développement des enfants : il évoque la taille des fratries («avec une moyenne de sept enfants»), la polygamie, le décalage d’âge entre des hommes venus travailler en métropole avant d’être rejoints par leur épouse, souvent plus jeune, les nombreuses familles monoparentales, la faible emprise des femmes sur leurs enfants, l’autoritarisme des hommes, une moindre pratique du français, le passage brusque d’un environnement rural, avec ses coutumes, à la ville…

Autant de facteurs qui entraveraient selon lui l’intégration : difficultés de concentration, faible image de l’autorité, perméabilité accrue au phénomène des bandes. Des caractéristiques qui seraient du reste moins marquées dans les familles d’origine subsahariennes et maghrébines, arrivées depuis plus longtemps, et où la taille des fratries serait moindre.

C’est autour de cette série d’interprétations que vont se cristalliser les débats. En France, il est en effet interdit de faire des statistiques ethniques, mais, surtout, ses conclusions vont à l’encontre de la grande majorité des travaux sur la banlieue, qui expliquent son délitement par des facteurs sociaux (chômage, discrimination à l’embauche, éloignement des centres urbains).

Certes, Lagrange ne les nie pas, et prend bien soin de préciser que ce ne sont pas les traditions en elles-mêmes qui posent problème, mais au contraire leur absence de prise en compte par le pays d’accueil.

Il n’en reste pas moins que, pour beaucoup, son point de vue fait courir le risque de désigner les immigrés d’origine sahélienne impossibles àintégrer.

Au premier rang de ses détracteurs, le sociologue Laurent Mucchielli.

Au premier rang de ses détracteurs, le sociologue Laurent Mucchielli, rédacteur en chef du site Délinquance, justice et autres questions de société. «En ciblant des ethnies et des pratiquants – les Sahéliens et les musulmans -, on les réduit à une définition, on trouve ce qu’on cherche, alors que tous ont des personnalités multiples, des vies plus riches. C’est très réducteur».

Au CNRS et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, l’hostilité est majoritaire.

Pour le sociologue Eric Fassin, spécialiste des questions raciales et membre du collectif Cette France-là, «invoquer la culture, c’est bien chercher les causes des problèmes sociaux, dont la délinquance est le symptôme, non pas du côté de la politique de l’Etat, ni du racisme ordinaire, mais dans l’origine même de ces populations. Ainsi, le problème, ce ne serait pas tant « nous » qu’ »eux ».»

Une conclusion dont se défend Lagrange : «On ne mesure jamais assez le fait que l’immigration, c’est le déplacement de populations qui ont leurs traditions et leur culture, dans un autre système culturel. Le problème vient aussi de la manière dont nous les avons reçus.»

Il n’empêche, pour Eric Fassin, il s’agit bien d’«une réhabilitation du culturalisme». Le culturalisme, rejeté par les sciences sociales françaises de longue date, contrairement aux pays anglo-saxons, est un courant qui met en évidence l’influence prépondérante des habitudes culturelles sur la personnalité des individus.

C’est justement là que le bât blesse, ou que le torchon brûle, comme on voudra : Lagrange se place dans une logique résolument culturaliste.(…)

« Il y a un moment, si l’on refuse de voir cette réalité des différences culturelles, où l’on confond le pays réel et le pays tel qu’on voudrait qu’il soit. »

Et, s’il se refuse à parler d’ethnies lorsqu’il parle de l’histoire de l’Afrique, Lagrange cite toutefois les travaux de Bernard Lugan, historien proche de l’extrême droite, rédacteur en chef de l’Afrique réelle, qui enseigna durant de nombreuses années à l’université Lyon-III.

Pour Lugan, les ethnies préexistaient au colonialisme, elles sont l’élément essentiel de compréhension du continent africain. Une théorie que réfute totalement Jean-Loup Amselle, anthropologue et directeur d’études à l’Ehess, auteur de l’Ethniticisation de la France (Lignes) : «J’ai passé de nombreuses années sur le terrain au Mali, avec les Peuls, les Bambaras, les Malinkés, et nous avons démontré qu’en réalité les ethnies telles qu’elles existent sont des créations coloniales. On a fabriqué des catégories intangibles alors que tout était auparavant beaucoup plus labile et fluide. En assignant aux personnes une culture définie, on présume de l’identité que les gens se choisissent. On les enferme dans des cases, et on leur enlève toute possibilité de choix.» (…)

Cette opposition entre empirisme et science amuse beaucoup Christophe Guilluy (…) Lui considère que cette querelle est injuste :

«Lagrange est un des seuls à aller sur le terrain. Ceux qui le critiquent sont les gardiens du temple et n’y mettent jamais les pieds. Occulter cette réalité est absurde. Ou alors on devient militant, c’est de l’idéologie et ça ne devrait pas interférer dans le débat.»

Et de conclure : «J’ai entendu dire les pires choses sur lui, qu’il était fasciste, raciste, il suscitait une véritable rage. C’est un milieu très violent, je ne pense pas qu’il s’attendait à ça.»

Une nouvelle polémique viendra peut-être de l’étude sur l’islam que prépare Lagrange pour le printemps à Sciences-Po. Pour le coup, un travail purement statistique. Il y constate que l’islamisme radical s’installe chez des jeunes d’origine sahélienne. (…)

Source

 

L’idéologie antiraciste vit dans un monde où les innocents ne deviennent coupables que par accident

Alors que les racistes avérés sont devenus très marginaux dans nos sociétés, l’antiracisme s’est mué en une idéologie à la fois diffuse et contraignante qui outrepasse largement sa raison d’être. Extraits du livre de Paul-François Paoli : « Pour en finir avec l’idéologie antiraciste »

Pourquoi est-il si difficile d’évoquer la petite et moyenne délinquance qui empoisonne la vie des gens, ainsi qu’Éric Zemmour en a fait l’expérience ? Parce que le postulat fondamental de l’antiracisme idéologique est que toutes les attitudes négatives – violence, incivilités, machisme violent, insubordina­tion scolaire – que l’on peut constater chez certains individus d’origine extra-européenne, notamment africaine ou maghrébine, même quand ils sont natu­ralisés français, sont explicables par la sociologie victimaire ambiante et réductibles à elle. Elles ne relèvent jamais de la négativité, de la haine ou du res­sentiment. Autrement dit, si vous êtes victime d’une agression symbolique ou physique venant de ce que les sociologues appellent les « jeunes en difficulté » – comme si vous, chômeur, précaire, étudiant fau­ché ou simple citoyen, n’étiez pas en difficulté –, votre agresseur est, lui aussi, par principe, une vic­time, ce qui explique qu’il vous agresse aujourd’hui.

L’idéologie antiraciste est un rousseauisme primitif qui conçoit un monde où les innocents ne deviennent coupables que par accident, ce dernier étant toujours d’ordre social. Les vrais coupables sont bien sûr ceux qui sont responsables, très loin en amont, des causes de cette violence : les urbanistes qui ont construit des cités ghettos de banlieue, les militaires colonia­listes qui, il y a maintenant plus de cinquante ans, torturaient en Algérie, sans oublier les industriels qui exploitaient la main-d’œuvre immigrée dans les années 1960. Ce sont eux les vrais coupables de votre agression présente.

Atlantico.fr

La France noire (Canal +)

Canal+ ‘La grande édition’ le 11/11/11

invités : Pascal Blanchard (historien), Sylvère Henri Cissé (journaliste Canal+), Louis-Georges Tin (porte-parole du Cran)

Sans les noirs de France, la France n’aurait pas pu être une grande puissance mondiale — Louis-Georges Tin

 

Revoir Hugues Lagrange & Malika Sorel (29/09/2010) csoj :

Plainte d’une employée contre France 2

Une journaliste de France 2 a décidé de porter plainte contre la chaîne après l’utilisation, sans son consentement, de sa photo dans un reportage sur la délinquance, rapporte le Canard enchaîné.

Selon l’hebdomadaire, France 2 a diffusé lors du journal télévisé de 20 heures du 16 septembre un sujet sur le livre du sociologue Hugues Lagrange intitulé Le déni des cultures. « Un livre qui prétend que démontrer que certaines ‘minorités ethniques’, jeunes d’origine africaine et maghrébine en tête, sont surreprésentées dans la délinquance française », explique le Canard enchaîné. Pendant que le reporter parle, six portraits censés illustrer les minorités concernées sont affichés à l’écran

Or, il s’agit « de photos de salariés de la chaîne piochées dans les archives de la rédaction et projetées à leur insu. Elles avaient été prises à l’occasion d’un précédent sujet, bien moins sulfureux, sur les richesses de la diversité française », explique le Canard enchaîné. Par la suite, le sujet est rediffusé sur TV5 Monde, puis mis en ligne sur Internet et récupéré par d’autres sites, dont certains liés au Front national.


Le Figaro

Délinquance sahélienne et enclaves ethniques : statistiques en région parisienne

Enclaves ethniques

La très forte concentration de familles africaines concerne 20 à 25 communes d’Ile-de-France principalement. La moitié des migrants d’Afrique débarquent en Seine-Saint-Denis. Lorsqu’ils s’installent dans une cité, les classes moyennes autochtones sont déjà parties. «Ensuite, les phénomènes d’éviction sont importants.» Dans ces communes, la ségrégation ethnique s’est accrue dans les années 1990. Aujourd’hui, les classes moyennes maghrébines quittent à leur tour les cités. Certains quartiers sont ainsi devenus, selon le chercheur [Hugues Lagrange] des «sortes d’enclaves ethniques». «Dans ces cités, le taux de délinquance se fixe haut, autour de 15 % mais n’augmente pas avec l’arrivée de nouvelles familles sahéliennes, comme si la régulation par le groupe se remettait à fonctionner.» [...]

Le Figaro

Appels lecteurs : Nous recherchons d’autres infographies et statistiques ethniques issues du livre de Hugues Lagrange, « Le Déni des cultures » (Seuil). Merci.