Ma maison est la rue. Quand un sociologue, Sami Zegnani, «décrypte» le «monde des cités»

Une étude ethnographique décrypte le mode de vie des « jeunes des cités ». Le «quartier» comme lieu de vie, de deal, de rencontre, d’apprentissage et même d’intimité. C’est la découverte de l’ouvrage Dans le monde des cités de Sami Zegnani. L’auteur, maître de conférences en sociologie à l’université Rennes-I, a enquêté durant six ans dans trois cités HLM de France.

Les jeunes que j’ai étudiés sont une minorité dans les quartiers populaires, qui ont une pratique commune : l’occupation de l’espace public. Ils utilisent la rue comme un lieu de rencontres amicales et comme un comptoir à la vente. Le bas des immeubles est un lieu d’échanges, échanges de biens licites ou illicites ou encore échanges d’idées par l’intermédiaire de l’art ou de la religion.

Le problème est que la société française n’accepte plus ces pratiques d’investissement des espaces publics et assimile cela très rapidement à de la délinquance.

J’ai identifié trois systèmes de relation : «les gars de la rue», les musulmans salafis et les artistes du mouvement hip-hop. Ils ont en commun le fait d’être présents dans l’espace public et de se connaître, voire de se côtoyer. Il existe des passerelles entre ces groupes, qui sont liées au cheminement de ces jeunes. À certains moments de leur vie, ils sont ainsi amenés à passer d’un groupe à l’autre. En même temps, ils sont en concurrence dans la définition des usages légitimes de l’espace public de la cité. On parle souvent d’un sentiment d’insécurité de la part de certaines populations, mais les jeunes de la rue vivent également un sentiment d’insécurité dans la mesure où il est très difficile pour eux d’accéder à l’intimité. Pour prendre un exemple, les parents posent parfois des contraintes fortes quant au choix du conjoint. La majorité des femmes qui vivent dans ces quartiers ne participent pas à ces sociabilités qui prennent place dans l’espace public. […]

Alors que la gauche a beaucoup de mal à mobiliser les habitants de ces quartiers, le rap permet de produire un engagement politisé en dehors des partis politiques.

L’islam salafi devient alors une solution pour passer du statut de voyou à celui de sage, tout en continuant à être présent dans la vie publique de la cité. L’islam est une religion respectée dans le quartier et la conversion à la religion peut susciter l’admiration. C’est ce qu’ils appellent «se ranger». […]

Le Point (Merci à Lilib)

Suisse : «Les symboles de l’Occident chrétien» non autorisés «dans l’espace public»

La Suisse ne doit pas mettre en péril la laïcité, estime le Conseil des Etats. Par 21 voix contre 17, il a enterré lundi une initiative parlementaire du Conseil national demandant d’autoriser «les symboles de l’Occident chrétien dans l’espace public».

En mars, le National a donné suite au texte d’Ida Glanzmann (PDC/LU) exigeant de garantir dans la constitution la présence des symboles chrétiens comme le crucifix dans des lieux publics. Mais pour la majorité des sénateurs, introduire un article constitutionnel accordant une place privilégiée à une religion irait à l’encontre du principe de la neutralité religieuse de l’Etat. [...]

La démocrate-chrétienne lucernoise avait précisé que son texte répondait aux polémiques suscitées par les exigences d’un libre penseur lucernois. Celui-ci voulait que tous les crucifix disparaissent de l’école fréquentée par son fils. Une controverse similaire avait défrayé la chronique en Valais.

Ida Glanzmann voulait empêcher que des particuliers ou des groupes d’intérêts prennent prétexte de droits fondamentaux tels que la liberté de conscience et de croyance pour remettre en cause la culture fondamentalement chrétienne en Suisse. Le Tribunal fédéral a décidé qu’il est contraire à la liberté religieuse de suspendre un crucifix dans une salle de classe.

romandie

La place du Capitole de Toulouse mise à la disposition de Mélenchon pour son meeting

place du Capitole

Pour prendre le pouvoir, Jean-Luc Mélenchon a trouvé à Toulouse une tribune de choix jeudi, à 18 h 30 : le Capitole. Une façon pour le candidat du Front de gauche à la présidentielle de mettre en application l’un de ses slogans : place au peuple. Et, même si elle est le lieu de tous les rassemblements militants, c’est un moyen de lui redonner une vocation politique qu’elle avait perdu depuis le 14 février 1959, jour où le Général de Gaulle tint un discours du balcon de l’hôtel de ville.

« Il y a eu 120 000 personnes à la Bastille, ça dépoussière un peu sur le fond et la forme la façon de faire campagne », plaide Jean-Christophe Sellin, porte-parole du parti de Mélenchon qui attend plus de 25 000 personnes jeudi. Du coup, des écrans géants et une sono seront installés rue Alsace. [...] « [...] Le Capitole est un espace public. Là c’est une expression de campagne originale, qui doit coûter moins cher », note Pierre Cohen [député-maire PS].

20 Minutes

* * *

[...] Le responsable de l’organisation du meeting toulousain parle de 30 000 à 40 000 personnes : « On a obtenu la rue d’Alsace, où il y aura deux écrans et une sono, comme sur la place du Capitole. Cent cars (garés sur les allées Jean-Jaurès) et le covoiturage amèneront 8 000 personnes de tout le Grand Sud. Tout ça pour seulement 80 000 €, dix fois moins que Le Bourget pour Hollande et 25 fois moins que Villepinte pour Sarkozy. [...]

La Dépêche du Midi

Port du voile : «Ces violences faites aux femmes dont on ne parle pas !»

A l’occasion de la journée contre les violences faites aux femmes du 25 novembre, Leïla Belkacem dénonce celles «que subissent quotidiennement les femmes musulmanes qui portent un voile».

Des lois qui représentent une aubaine pour ceux et celles qui se sentent un peu trop envahis hier par les Arabes, aujourd’hui par les musulmans, et qui y trouvent un moyen de se défouler grâce au racisme d’État.

Ça peut aller d’un mauvais regard à une insulte avec tout le mépris que cela comporte. J’écris mépris, car c’est ce que l’on ressent quand on nous malmène dans les administrations, quand on nous considère comme des incultes et des niaises, quand on crie bien fort pour nous expliquer comme si on était incapables de comprendre la langue qu’on a appris mieux que notre langue maternelle !

C’est notre apparence qui fait soi-disant penser à une époque «archaïque» qui fait réagir d’une manière archaïque, c’est-à-dire par le rejet et l’intolérance. Ainsi, cela a justifié la mise en place de deux lois bien spécifiques au voile stigmatisant les musulmanes de façon indélébile et définitive. Et si l’on avait un petit doute sur les sujets concernés par la loi de 2004 , celle de 2011 nous a renforcés dans l’idée que les musulmanes voilées sont indésirables dans l’espace public français ! […]

Oumma.com

France : La «double peine» des femmes en niqab (The Guardian)

Ce 22 septembre, deux femmes ont été condamnées à une amende par le tribunal de police de Meaux pour avoir porté un voile intégral sur la voie publique. Quelques jours plus tôt, une journaliste britannique, Angelique Chrisafis, avait rencontré l’une des deux contrevenantes, Hind Ahmas, 32 ans, française, qui a grandi en région parisienne.

Chaque fois que je sors, je dois me préparer psychologiquement à affronter des gens qui veulent me coller une balle dans la tête.

Rares sont les pays qui comprennent le débat français sur le port du voile, que celui-ci soit intégral ou non. Le Royaume-Uni ne fait pas exception à la règle. A l’origine de cette incompréhension: la laïcité à la française, unique en son genre. La France est l’un des pays à avoir poussé le plus loin la séparation de l’Eglise et de l’Etat (loi de 1905). Or l’idée d’un espace public où l’individu serait tenu d’abandonner certaines de ses particularités, notamment religieuses, passe pour absconse et incongrue aux yeux de nos voisins britanniques. […]

Depuis que la loi française interdit le port du voile intégral en public [le texte est entré en vigueur le 11 avril 2011], Ahmas commet une infraction chaque fois qu’elle sort de chez elle. […] Ahmas est française, divorcée et mère d’une petite fille de trois ans.

Elle pose son sac sur la table et en sort une bombe lacrymogène d’autodéfense et une alarme antiagression. Elle n’habite pourtant pas dans une barre, mais dans une rue tranquille de maisons particulières. La dernière fois qu’elle a été agressée dans la rue, un homme et une femme l’ont attaquée sous les yeux de sa fille, la traitant de «salope» et lui disant de retourner en Afghanistan. «Ma qualité de vie a sérieusement diminué depuis la loi», explique-t-elle. «[…] Les politiques ont dit qu’ils voulaient nous libérer mais ils n’ont fait que nous exclure de la sphère sociale. L’un d’eux a dit que le niqab était une ‘prison ambulante’. Eh bien, c’est exactement la situation dans laquelle cette loi nous a placées.» […]

Le Guardian/Courrier International (Merci à 9MM)

Europe : Un rapport pointe les discriminations à l’encontre des chrétiens

L’Observatoire de l’intolérance et de la discrimination contre les chrétiens en Europe, fondé fin septembre par le cardinal Péter Erdö, publie vendredi 10 décembre un rapport regroupant les atteintes recensées ces dernières années sur le Vieux Continent.

Le rapport commence par citer des personnalités très diverses ayant souligné récemment l’intolérance croissante envers les chrétiens : Benoît XVI, bien sûr, le métropolite Hilarion de Volokolamsk (de l’Église orthodoxe russe), mais aussi Tony Blair ou encore Edward Green, chercheur à Harvard. Tous constatent que, en ce contexte de sécularisation parfois «agressive», l’expression des chrétiens dans l’espace public devient de plus en plus délicate. L’idée de «chritianophobie», apprend-on encore, a été admise par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui a tenu en mars 2009 une réunion sur ce thème.

De nombreux cas concrets, rapportés par la presse ou des témoins directs, sont ensuite examinés à la loupe : atteintes à la «liberté de conscience» (juge suspendu en Espagne pour avoir exprimé ses convictions), atteintes «à la liberté d’expression» (annulation de la visite du pape à l’université de La Sapienza en Italie), atteintes à la «dimension collective» de la liberté religieuse (provocations à Notre-Dame de Paris par des activistes homosexuels), atteintes à «l’emploi» (conférencier d’Oxford malmené après sa conversion au christianisme) ou encore atteintes relatives à «l’éducation» (notamment en milieu scolaire). (…)

La Croix (Merci à Latine)

Appel à manifester contre la loi «interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public»

Un collectif d’associations appelle à manifester au nom de la laïcité, de l’anti-racisme et de la défense des libertés contre le projet de loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public.

 » Comme sous l’Algérie française, l’Etat s’arroge le droit de codifier ce que doit être une bonne pratique «républicaine» de la religion musulmane.  »

Lundi 13 septembre 2010, ce projet de loi sera examiné par le Sénat. Celui-ci s’inscrit dans un contexte où la majorité parlementaire tente d’occuper le débat public autour d’un discours sécuritaire contre la burqa. La démocratie et l’égalité hommes-femmes sont instrumentalisées afin de défendre une rhétorique xénophobe et raciste pour «stigmatiser» les musulmans vivant en France.

Cette loi est anti-laïque et raciste. L’Etat transgresse la notion de laïcité en édifiant des lois sur les pratiques religieuses pour la seule communauté musulmane. Cette loi a été rédigée au cours d’un grand débat sur le port de la burqa et sur l’oppression des femmes dans la communauté musulmane. Le projet de loi stipule pourtant que «la présence de femmes portant la burqa n’est pas attestée à ce jour». Cette rhétorique a été utilisée pour stigmatiser la communauté musulmane afin d’amadouer l’électorat d’extrême droite après les élections régionales. (…)

La vraie menace ne provient pas du port de la burqa en France, mais de l’établissement d’une loi comme réponse systématique à tout phénomène social et de son instrumentalisation politique.

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