Hervé Juvin : « Il y a un risque d’éclatement de la zone Euro »

Avec les nouvelles mesures de soutien à la Grèce, une accalmie se dessine sur le front de l’euro. Elle pourrait être trompeuse, tant la divergence entre les économies devient divergence entre les sociétés européennes, dont les préférences collectives sont manifestement et légitimement disparates. En plaidant pour la création d’un Ministère européen des Economies, Jean-Claude Trichet qui sait combien les marchés parient sur l’éclatement de l’euro, fait-il autre chose que d’entériner la fuite en avant fédéraliste comme seule ligne de défense crédible ?

Hervé Juvin est écrivain et conférencier. Auteur d’essais sur l’économie, la société et la mondialisation, il est spécialiste de la banque et des marchés financiers. Grand arpenteur du monde, il a publié plusieurs centaines d’articles, notamment dans Le Débat ( Gallimard), L’Expansion, Agir, et préside par ailleurs une société de conseil aux gouvernements, aux institutions et aux entreprises. Realpolitik.tv


Selon un commissaire européen, la Grèce pourrait sortir de la zone euro

La Grèce doit prendre d’importantes mesures pour faire face à sa crise budgétaire sous peine de devoir sortir de l’euro et de revenir à la drachme, a déclaré mercredi le Commissaire européen aux affaires maritimes et à la Pêche Maria Damanaki.

« Je suis contrainte de parler franchement », a-t-elle dit, citée par l’agence de presse Athens News Agency, proche du gouvernement. « Soit nous nous entendons avec nos créanciers sur un plan exigeant de durs sacrifices (…) soit nous revenons à la drachme », a-t-elle prévenu.

Le Figaro

(merci à Aurelius)

L’Euro : implosion ou sursaut ?

Le pari de l’Euro était de construire une zone modèle. En exacerbant les différences, on affirme, voire on crée, et on enkyste des différences : modèle rhénan pour l’Allemagne ; modèle anglo-saxon pour l’Irlande ou l’Espagne, etc.

Lorsque la crise financière devient crise économique, et que les Etats s’épuisent à maintenir les demandes globales en creusant de façon historique les déficits publics, c’est le navire tout entier qui est menacé.

Si naguère, en résultante des abandons monétaires, les marchés politiques se sont assez spontanément dirigés vers la création d’une zone monétaire largement artificielle, vont-ils, à la faveur de la crise, poursuivre la construction européenne et arrimer la monnaie à un grand Etat européen ?

Sur le papier des croyants du constructivisme, les choses sont simples : il existe désormais un seul Etat, sans doute hétérogène, mais disposant d’une monnaie souveraine. Il n’y a plus de dettes souveraines au pluriel, mais une dette souveraine au singulier.

Le couple monnaie unique / grand Etat suppose d’énormes changements, qui se ramènent tous à la question de l’évaporation progressive des marchés politiques nationaux, au profit de la naissance de marchés politiques européens. Les énormes coûts d’une implosion de l’Euro pourraient faciliter cette perspective.

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