Campagne de presse ou loi du silence : le cas Cesare Battisti

L’actualité, ce sont aussi les silences.

L’absence de réactions, chez ceux qui ont plutôt l’habitude d’être prolixes, en dit parfois autant que les tirades qu’ils aiment nous infliger. Ainsi en est-il du mutisme de quelques-uns des anciens défenseurs de Cesare Battisti depuis la parution, il y a quelques semaines, du livre du journaliste Karl Laske, La mémoire du plomb (Stock), consacré à l’itinéraire du terroriste italien reconverti en auteur de romans policier. Recherché par la justice de son pays qui l’a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par contumace pour assassinats, il fut un temps hébergé par la France avec le soutien tapageur de belles personnes germanopratines avant de prendre la fuite au Brésil.

La lecture de ce bon livre d’enquête est révélatrice d’une double tradition française : la faible appétence pour la réalité d’une partie de l’élite politico-intellectuelle française et l’importance de l’identité politique du messager de la vérité.

Car, si cet ouvrage apporte de nouveaux éléments sur le parcours de Battisti et les soutiens aveugles dont il a bénéficié – de Fred Vargas à Bernard-Henri Lévy et de Carla Bruni à François Hollande (qu’un entourage coupable aura poussé à le visiter en prison) – l’important réside dans l’identité de son auteur : Karl Laske, ancien de Libération et présentement enquêteur au site Médiapart.

Le fait que cette mise au point définitive sur les mensonges de Battisti vienne d’un journaliste classé à gauche a soudainement laissé sans voix ses défenseurs alors que six ans plus tôt le très bon livre d’enquête d’un journaliste du Figaro, Guillaume Perrault, « Génération Battisti. Ils ne voulaient pas savoir » (Plon), n’avait pas eu les mêmes conséquences.

Marianne

Comment les écoles de journalisme enseignent le conformisme

Partis politiques, associations, entreprises, personnalités, tout le monde a besoin des médias et de ce fait personne n’ose les critiquer… C’est en partant de ce constat que Polémia, insoumis aux médias de l’oligarchie, propose aujourd’hui un point de vue critique sur ces garde-fous du système, en invitant un jeune étudiant en journalisme.

La parole à l’étudiant.

Si les journalistes ne critiquent jamais le système, c’est qu’ils vivent grâce à lui et partagent ses valeurs. Dès leur formation, c’est le conformisme et non l’esprit critique qui est enseigné. Deux facteurs prépondérants expliquent cet état d’esprit :

  • La structure des écoles dont l’influence des directives publiques est très importante

  • La pression du milieu et la déontologie journalistique

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«Elites médiatiques» : Libérales en économie, libertaires sur les sujets de société ?

Comment expliquer la défiance des Français envers les journalistes ? Doit-on donner la parole à tout le monde ? Les médias sont-ils conformistes ? Les réponses de Robert Ménard et de Nicolas Poincaré. Robert Ménard anime Mé­nard sans interdit, sur I-Télé, et Ménard en liberté, sur Sud Radio : une émission de libre antenne où des politiques et des auditeurs s’expriment sur tous les sujets, de 7 à 9 heures. Nicolas Poincaré dirige le journal Europe 1 Soir, de 18 à 20 heures.

Beaucoup de journalistes – les jeunes surtout – ont des idées tout à fait sympathiques, mais ils sont persuadés d’incarner le bien. Ce sont souvent les plus intransigeants. (Robert Ménard)

Qu’est-ce qui, selon vous, explique ce conformisme des médias ?

R. M. Les journalistes viennent des mêmes écoles, ils ont les mêmes lec­tures – c’est-à-dire qu’ils lisent leurs confrères. Le 20 heures, ou le journal à la radio, c’est un mélange du Monde et du Parisien. Les gens ont l’impression d’entendre toujours la même musique.

N. P. C’est vrai qu’il y a un conformisme social : il y a plus de fils de fa­milles aisées que de fils d’ouvriers au sein des rédactions. Pour lutter contre les idées reçues, je ne vois pas d’autres façons que de faire correctement son travail, honnêtement, en donnant la parole à tout le monde, en effet. C’est un impératif professionnel. […]

Régis Debray dit que l’élite des journalistes est acquise à l’idéologie ambiante, qu’il résume ainsi : «Davos et le cannabis, la fin du Smic plus le multiculturalisme». Donc libérale en économie mais li­bertaire sur les sujets de so­ciété. Les journalistes sont-ils de gauche ou de droite ?

N. P. Honnêtement, je trouve que les rédactions sont beaucoup moins politisées qu’avant. Il y a quelques années, on savait au bout d’un mois qui votait à gauche et qui votait à droite : les journalistes avaient des opinions assumées. Aujourd’hui, ce conformisme n’est ni de droite, ni de gauche, mais plutôt «bien pensant». […]

Valeurs actuelles