HLM : Manque de «mixité sociale» ou manque de «Blancs» ?

Le Monde interroge Christophe Guilluy, géographe et consultant auprès de collectivités locales, sur le mode d‘attribution des logements sociaux en France.

Quand on dit qu’il n’y a pas assez de «mixité sociale», on dit souvent qu’il faut faire venir des «classes moyennes». Mais c’est un terme qui veut dire «Blanc» et, dans la pratique, les bailleurs font du panachage ethnique sans le dire.

Comment se passe, sur le terrain, l’attribution des logements sociaux en France ?

Dans les quartiers de logements sociaux des grandes villes, cela se passe de façon a priori bienveillante et avec des objectifs souvent très pragmatiques. Les bailleurs essaient par exemple de rapprocher les familles divorcées ou polygames. Cela peut se faire au sein du même immeuble ou du même quartier. C’est logique dans un contexte où l’on est passé d’une immigration majoritairement de travail à une immigration majoritairement familiale.

Les bailleurs sont dans un combat perdu d’avance. Dans les grandes métropoles, la plupart des dossiers de demande de logements sociaux viennent de familles issues de l’immigration. Il y a très peu de demandes de «Blancs». […]

Le Monde

Blancs et pauvres : la catégorie sociale qui est devenue l’une des plus défavorisées et des moins aidées en France

Difficultés d’accès aux aides sociales, éloignement des grands centres d’activités, les natifs français issus des classes populaires semblent être encore plus pénalisés que d’autres catégories pauvres de la population. Peut-on parler d’une émergence des « white trash » ["déchets blancs"] à la française ?

[extraits] Tout un courant idéologique tend à faire passer pour invisible une partie non négligeable de notre population qui se paupérise et se dévalorise. Elle est formée de personnes, de familles originaires du cru, ouvriers ou employés à faible niveau de rémunération ou au chômage après un licenciement dans des zones à faible taux d’emploi, travaillant à temps partiel ou en contrat précaire, travailleurs pauvres par excellence.

Selon une enquête de l’INSEE de 2009, les employés et ouvriers non qualifiés ont un niveau de vie inférieur d’un quart à la moyenne des salariés.

Aujourd’hui, on évalue que le taux de pauvreté en France est de 13,5%, c’est-à-dire, 8,2 millions de personnes (La Documentation française), dont inévitablement une large majorité de Français de longue date.

L’immigré semble bien devenir le nouveau prisme des réponses publiques à la problématique de la pauvreté, indiquant combien s’est déjà réalisé l’abandon des autres pauvres, pourtant largement plus nombreux.

De plus, même du côté d’une certaine gauche radicale, l’immigré, nouveau damné de la terre, est venu remplacer avec la chute du communisme une classe ouvrière qui était vue jusque-là comme le moteur de l’histoire de la libération humaine

« On explique que dans les ZUS les familles immigrées représentent près d’un quart de la population, 23,6 %, contre 4% hors ZUS. Mais pourquoi alors n’entend-t-on pas pas parler des 76,4 % des enfants issus des autres familles »

Lire l’article intégral sur Atlantico

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RMC, 24/06/2013 Eric Brunet recevait Guylain Chevrier, l’auteur de l’article

extrait avec illustration du white trash

émission complète

Entre «catégories supérieures» et populations immigrées, l’exclusion des nouvelles classes populaires

Tribune de Christophe Guilluy, géographe, sur les «nouvelles classes populaires» de la «France périphérique», de plus en plus oubliées par les classes dirigeantes.

Dans toutes les grandes villes, les catégories supérieures et intellectuelles ont ainsi investi l’ensemble du parc privé, y compris populaire, tandis que les immigrés se sont concentrés dans le parc social ou privé dégradé.

Le malaise français ne serait donc qu’un bégaiement de l’histoire, un processus connu qui, en temps de crise, conduit inexorablement les classes populaires vers le populisme, la xénophobie, le repli sur soi, la demande d’autorité. Cette analyse occulte l’essentiel, le durcissement de l’opinion est d’abord le fruit d’une mise à distance radicale des classes populaires. En effet, pour la première fois dans l’histoire, les classes populaires ne sont pas intégrées au projet économique et social des classes dirigeantes. […]

Economiquement performant, le modèle de développement métropolitain porte les germes d’une société inégalitaire puisqu’il n’intègre plus que les extrêmes de l’éventail social. Sans profiter autant que les couches supérieures de cette intégration aux territoires les plus dynamiques, les immigrés bénéficient aussi de ce précieux capital spatial. […]

Ces évolutions contredisent le projet d’une société mondialisée et multiculturelle apaisée.

Aveuglé par la thématique du ghetto et par les tensions inhérentes à la société multiculturelle, on ne voit d’ailleurs pas que les rares ascensions sociales en milieu populaire sont aujourd’hui le fait de jeunes issus de l’immigration. Cette bonne nouvelle a beaucoup à voir avec leur intégration métropolitaine. […]

Le Monde

Villes françaises : Les classes modestes évincées par les bobos et les immigrés

La transformation des anciens quartiers populaires en quartiers bourgeois et l’appropriation d’un parc de logements historiquement destinés aux couches populaires par des catégories supérieures ne suscitent aucun émoi particulier. Alors que les discours incantatoires sur le manque de logements sociaux n’ont jamais été aussi présents, rares sont les politiques qui s’émeuvent aujourd’hui de la conquête par une petite bourgeoisie du parc privé «social de fait» des grandes villes. Analyse du géographe Christophe Guilluy, auteur du livre «Fractures françaises».

C’est bien grâce à l’exploitation en cuisine des immigrés que le bobo peut continuer à fréquenter assidûment les restaurants pour une note assez modique. Produit de la mondialisation libérale, la ville prospère non seulement sur un marché de l’emploi très qualifié et bien rémunéré, mais aussi sur un marché de l’emploi précaire caractérisé par une forte pression sur les coûts salariaux.

Ce silence est d’autant plus étourdissant que c’est ce parc privé, et non le parc social, qui, jusqu’à aujourd’hui, a toujours répondu majoritairement aux besoins des couches populaires, et l’ampleur de cette perte ne sera que très partiellement compensée par la construction sociale.

Le changement de destination d’un parc de logements occupés depuis deux siècles par des catégories modestes est d’autant moins dénoncé qu’il bénéficie aux catégories supérieures et aux prescripteurs d’opinions. On arrive ainsi à une situation ubuesque où ces catégories moyennes et supérieures, celles qui participent le plus à l’éviction des catégories populaires et à l’appropriation de leurs logements, sont aussi celles qui plébiscitent le plus la mixité dans la ville et qui soulignent la nécessité de construire des logements sociaux.

En réalité, et au-delà des discours grandiloquents, ce sont des logiques foncières et patrimoniales qui déterminent les dynamiques à l’œuvre. Ainsi, si les espaces publics dans les grandes villes ont donné lieu à un partage savant qui permet de maintenir le décorum ouvriériste ou ethnique, les commerces ethniques et les hard-discounters côtoient désormais les bistrots-bobos et les supérettes bio.

En revanche, la répartition du patrimoine immobilier ne fait l’objet d’aucune “négociation” de la part des couches supérieures. On accepte à la rigueur le maintien d’un parc social marginal (surtout s’il est destiné aux petites classes moyennes), mais pas le maintien dans le parc privé des catégories populaires. Dans ces quartiers, les bobos sont en train de se constituer un patrimoine d’une très grande valeur en acquérant de grandes surfaces industrielles, artisanales ou en réunissant de petits appartements. Les services des impôts ont ainsi enregistré une explosion des ménages payant l’ISF dans tous les quartiers populaires des grandes villes et notamment à Paris. […]

Ce double mouvement de gentrification et d’immigration participe à un processus de substitution de population complexe, où les couches populaires traditionnelles, ouvriers et employés, sont remplacées par des couches moyennes et supérieures et par des couches populaires immigrées. […]

Le Nouvel Economiste

«Au fond, la gauche pense que les électeurs du FN sont stupides»

Contre le mythe d’une grande «moyennisation», le géographe Christophe Guilluy décrit depuis dix ans la précarisation d’une France périphérique majoritaire, confrontée à la brutalité de la mondialisation et très préoccupée par les questions d’immigration. Il nous livre son analyse sur le vote FN, les classes populaires et la gauche.

Slate.fr

(Merci à Sovereine)

Christophe Guilluy vs Zemmour (Paris Première)

Paris Première, « Zemmour & Naulleau », le 14/04/2012

Christophe Guilluy a publié « Fractures françaises » en 2010

Les classes moyennes sont devenues un mot euphémique, pour dire « blanc »

Les catégories populaires d’immigration récente ne vivent pas là où vivent les catégories populaires d’origine française ou d’immigration ancienne.
C’est un constat visible sur les cartes. C’est statistiquement imparable. Ils ne vivent plus au même endroit.
C’est un choc gigantesque, y compris pour les immigrés, car aujourd’hui les flux migratoires arrivent dans les métropoles et les villes les plus riches de France. Du coup cela crée des representations délirantes, c’est à dire qu’aujourd’hui vu de la métropole, on a un clivage social qui recouvre un clivage ethnique… ça c’est explosif ! – Christophe Guilluy


Les bonnes citations seront reprises. Merci aux lecteurs qui se dévoueront pour leurs transcriptions exactes 

Christophe Guilluy : « La fable de la mixité urbaine »

Rappelons ici que les communes ciblées par l’Institut Montaigne se caractérisent d’abord par une transformation démographique sans précédent.

Entre 1968 et 2005, la part des jeunes d’origine étrangère (dont au moins un parent est né à l’étranger) est passée de 22 % à 76 % à Clichy-sous-bois et de 29 % à 55 % à Montfermeil.

Ce basculement démographique est un point fondamental. Une majorité de ces jeunes est musulmane ou d’origine musulmane.


(…)L’importance des réactions suscitées par le rapport Kepel révèle en filigrane le malaise de la société française face au surgissement d’une société multiculturelle encore impensée. Il faut dire que, en la matière, nous nous sommes beaucoup menti. Convaincus de la supériorité du modèle républicain, en comparaison du modèle communautariste anglo-saxon, nous nous sommes longtemps bercés d’illusions sur la capacité de la République à poursuivre, comme c’était le cas par le passé, « l’assimilation républicaine ».

(…) Aujourd’hui, le séparatisme culturel est la norme. Il ne s’agit pas seulement d’un séparatisme social mais d’abord d’un séparatisme culturel. Pire, il frappe au coeur des classes populaires. Désormais, les classes populaires d’origine étrangère et d’origine française et d’immigration ancienne ne vivent plus sur les mêmes territoires. Les stratégies résidentielles ou scolaires concernent une majorité de Français, tous cherchent à ériger des frontières culturelles invisibles. Dans ce contexte, la fable des mariages mixtes ne convainc plus grand monde et ce d’autant plus que les chiffres les plus récents indiquent un renforcement de l’endogamie et singulièrement de l’homogamie religieuse.

Si un islam identitaire travaille les banlieues, l’adhésion pour les thèses frontistes d’une part majoritaire des classes populaires de la France périphérique souligne que la question sociale est désormais inséparable de la question culturelle.

Le Monde

(Merci àPanoramix)

Il n’y a pas que les frontistes qui ont une opinion négative de l’immigration

En juin un sondage souligne que 54% des Français ont une opinion négative de l’immigration. Un résultat frappant peu relayé dans les médias qui révèle un profond malaise de la société française vis-à-vis des immigrés. Explications avec Christophe Guilluy, géographe et auteur de « Fractures françaises ».

Ce décalage entre le traitement médiatique et des résultats aussi impressionnants illustre l’évitement d’un sujet qui est pourtant un des moteurs de la recomposition politique à l’œuvre sur le continent européen. Il est en effet compliqué pour les politiques d’évoquer les résultats de ce sondage. Cette enquête a été réalisée dans 23 pays dont les modèles de société sont très différents et pourtant, le malaise semble être le même partout.

Nouvel Obs

(Merci à Willy Desouche)

Christophe Guilluy : Les nouvelles fractures françaises (audio)

L’esprit public – France Culture – 17/07/11

Philippe Meyer, Max Gallo, Thierry Pech, Jean-Louis Bourlanges recoivent Christophe Guilluy.

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Alain Finkielkraut : « La crise du vivre ensemble » (audio)

Répliques – France Culture – 12/03/11

Guillaume Le Blanc, maître de conférence en philosophie à l’Université Bordeaux III
Christophe Guilluy, géographe consultant, Directeur du bureau d’études géographiques et urbaines MAPS

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Des « fractures françaises » à la guerre civile ?

Étudiant les Fractures françaises et leurs conséquences, le géographe Christophe Guilluy écrit dans son dernier livre : « La “guerre civile” n’est pas l’horizon le plus probable, en revanche le retour du “conflit” paraît, lui, assuré. » Une thèse qui a suscité une levée de boucliers.

C’est un réflexe pavlovien : chaque fois qu’un chercheur aborde sans oeillères la question de l’immigration, les bons esprits l’accusent de « faire le lit du Front national ». Ce fut hier le cas avec le sociologue Sébastien Roché, puis la démographe Michèle Tribalat coupable d’avoir fustigé dans un livre paru en mars dernier chez Denoël ceux qui veulent garder Les yeux grands fermés devant la substitution de population (la France abriterait 15 millions d’allogènes selon l’ancien ministre chiraquien Azouz Begag) et ses conséquences. C’est donc aujourd’hui Christophe Guilluy qui se trouve sous les feux du lobby antiraciste.

La mondialisation, matrice de l’insécurité sociale et … du populisme

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