La « Tchatche des cités » : elle est partout (Le Parisien)

Jamais la tchatche de la banlieue n’a été une telle source d’inspiration en dehors des cités. Grâce aux réseaux sociaux, aux rappeurs-prescripteurs tels que Booba ou la Fouine, les locutions du béton s’invitent dans les discussions des ados des beaux quartiers. Dans le XVIe, aussi, on dit « boloss » plutôt que « bouffon ». Autre signe des temps, la Sécurité routière a lancé en décembre dernier une campagne contre les dangers de l’alcool au volant à destination des jeunes conducteurs en ayant recours au bagou de la zone. Sam, le personnage phare à l’origine du sacro-saint principe « celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas », s’est ainsi mis « en mode wesh-wesh ». « Si t’as un Sam, t’as le swag ; si t’as pas de Sam, t’as le seum! » annonce le slogan. Autrement dit, « si t’as un Sam, t’as la classe ; si t’as pas de Sam, t’as la rage! »

(…) . Il paraît même que des profs de français « kiffent grave » Emma Bovary, héroïne de Flaubert, devenue, sous la plume des bloggeurs, « une petite zouz (fille) campagnarde pas dégueulasse… ».

Le Parisien – Jeudi 16 Mai

La fuite des classes moyennes blanches

[Extrait d'une interview d'Hugues Lagrange par Slate Afrique - Article publié le 26 avril 2013]

« Dans les années 1980, il y a très peu de Sahéliens dans la vallée de la Seine. Dans les années 1990, il y a encore un certain mélange dans les quartiers. La ségrégation prend de l’ampleur à partir des années 1990 et se maintient dans les années 2000.

Elle résulte du départ des classes moyennes blanches dans les années 1980. Les départs se sont succédés :

départ des familles de cadres autochtones, des familles populaires, des familles issues de l’immigration européennes, des familles maghrébines qui réussissent. J’ai remarqué une évaporation par le haut.

Ces quartiers pauvres concentrent une population sans élite, sans exemple de réussite.

Il y a également un processus de mise à distance de la part des autochtones ou des franges de l’immigration plus aisées vis-à-vis des immigrés les plus pauvres.

Ce mépris est déterminant dans les constructions identitaires. Ceux qui restent dans ces quartiers se sentent relégués, marginalisés.

Slate

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• Lire en complément :

Des crédits supplémentaires pour «les banlieues sensibles» : santé, école, emploi…

La ministre des Affaires sociales et de la Santé vient de signer une convention avec le ministre délégué à la Ville. Objectif : améliorer l’accès aux soins des populations des quartiers défavorisés.

Constatant un manque de professionnels de santé et un plus grand renoncement aux soins dans les zones sensibles, le texte recommande d’y faciliter l’installation de jeunes médecins, de soutenir le développement de maisons de santé.

[Voir ci-dessous la liste des articles évoquant la fuite des médecins de certains quartiers]

Le développement des modes d’accueil collectif des jeunes enfants, la mise en place de lieux d’accueil destinés à l’accompagnement des familles vulnérables et la lutte contre l’isolement des personnes âgées sont également inscrits au programme.

Avec un budget de 500 millions d’euros, les crédits spécifiques du ministère de la Ville seront concentrés sur “un millier de quartiers prioritaires”.

La ministre des Sports et de la Jeunesse avait signé une convention début avril (PDF) à Rouen «afin de permettre le développement et l’expression des potentiels de la jeunesse des quartiers populaires, et réduire les inégalités d’accès à la pratique sportive ».

Les deux ministères souhaitent donner toute leur place aux acteurs associatifs de proximité et faciliter leurs actions au quotidien sur le terrain. Des objectifs qui nécessitent une réforme de la gouvernance aussi bien au niveau ministériel qu’au niveau déconcentré et la mise en place d’un comité de suivi et de pilotage.

Le ministre du Travail doit faire de même  à Créteil.

Quelque 30 % des emplois d’avenir seront réservés aux quartiers populaires et la Banque publique d’investissement y aura une mission particulière. La présence de Pôle emploi sera aussi renforcée.

En décembre, Jean-Marc Ayrault avait exhorté l’ensemble du gouvernement à travailler avec François Lamy pour l’aider à sortir les banlieues populaires de leur “situation intolérable”.

Acteurs publics - Ministère de la Ville

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Télécharger la CONVENTION POUR LES QUARTIERS POPULAIRES 2013 / 2015  

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Lire en complément  : (merci à JCoeur pour la sélection)

France. Rachid Santaki : «On est sur une poudrière !»

L’écrivain Rachid Santaki, né à Saint Ouen, évoque pour Marianne l’attaque du RER D en gare de Grigny le 16 mars dernier.

Comment réagissez vous à l’attaque du RER D en gare de Grigny le 16 mars dernier ?

Rachid Santaki. C’est à travers les médias, comme la plupart des gens que j’en ai entendu parler. La première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est l’évolution des comportements par rapport aux années 90. […]Cela restait avant tout de l’intimidation. L’histoire du RER est différente. Par l’âge des agresseurs (onze mineurs et un seul majeur, âgé de 18 ans et dont le procès a été renvoyé au 19 avril), leur violence, leur nombre et le mode opératoire, une opération coup de poing à partir d’une cité. […]

Une des particularités de ces bandes tient à leur ethnicisation de plus en plus marquée…

Je travaille sur un nouveau livre consacré au gang d’Aubervilliers célèbre dans les années 80. Ce fût un des tous derniers ayant une certaine mixité. Maintenant la règle c’est moins la compétence criminelle que l’appartenance ethnique c’est vrai.

Grigny marque une date ?

En tout cas c’est très, très inquiétant. C’est catastrophique même. En beaucoup d’endroits la situation est explosive et les fermetures d’usine, PSA à Aulnay par exemple ne vont rien arranger. On vit actuellement sur une poudrière.

Marianne

La laïcité doit être pensée «en fonction des nouvelles réalités sociales et économiques, de l’immigration et des banlieues»

Tribune d’Eric Decouty dans Libération sur la laïcité dans le secteur privé.

Un nouveau débat politique sur la laïcité va s’engager et il est nécessaire. Car même si l’affaire de la crèche Baby-Loup est une histoire singulière, la décision de la Cour de cassation d’annuler le licenciement d’une employée voilée, pose une question essentielle. En substance : le secteur privé est-il débarrassé de toute contrainte quant au respect de la neutralité religieuse, le service public restant le seul à garantir les principes de laïcité ?

C’est ce problème juridique que François Hollande s’est engagé à régler, jeudi soir, pour qu’un des fondements de notre République s’applique aux deux mondes de notre société.

Mais les politiques qui vont devoir animer le débat, ont une responsabilité considérable. Il s’agit de penser le principe de laïcité en fonction des nouvelles réalités sociales et économiques, de l’immigration et des banlieues. La laïcité dans notre République doit prendre en compte ces différences sans vouloir l’uniformité.

Mais il incombe surtout au gouvernement – qui a des combats économiques autrement plus difficiles à gagner – de dépassionner le débat à venir. Car si l’enjeu est d’importance, en France aujourd’hui, le principe de laïcité n’est pas directement menacé.

Toute dramatisation, toute politisation aurait pour effet d’annihiler la réflexion. Paradoxalement, la question laïque peut permettre à François Hollande d’illustrer la république apaisée qu’il vantait durant sa campagne.

Libération

Banlieues : Et si on officialisait le communautarisme ?

Plans banlieues, politique de la ville, rénovation urbaine… Que faire des banlieues et des «quartiers populaires» ? Des auteurs préconisent une approche «communautarienne» à l’anglo-saxonne «au moins à titre expérimental».

Par exemple, les mouvements religieux sont très présents dans le community organizing à l’anglosaxonne, ce qui dans le contexte du rapport qu’entretient la France à l’islam dans les banlieues pose des questions évidentes.

Depuis le début des années 2000, la politique de la ville était un mélange d’action sur l’urbanisme des quartiers, avec le programme national de rénovation urbaine (PNRU) de Jean-Louis Borloo démarré en 2003, et une action plus axée sur la sécurité. La droite avait trouvé une sorte d’équilibre entre sa main gauche qui reconstruit et embellit, et une main droite qui tape sur le délinquant.

La PNRU, visait davantage à diluer à les maux des quartiers (chômage, pauvreté, ségrégation) en reconstruisant à l’horizontal les barres détruites qu’à éradiquer ces problèmes.

En jouant donc sur la dispersion mais aussi sur la fameuse mixité sociale, souvent utilisé comme euphémisme politiquement correct de la mixité ethnique.

Pour Michel Kokoreff et Didier Lapeyronnie dans Refaire la cité, l’avenir des banlieues, auteurs de Refaire la cité, l’avenir des banlieues il est nécessaire de prendre quelques distances avec la culture jacobine française et d’oser, au moins à titre expérimental, aller regarder du côté de l’approche communautarienne anglosaxonne. […]

Ils appellent à l’établissement d’un «communautarisme civique». Aïe ! le mot qui fâche est-il lâché ? Serions-nous en territoire miné? Attention aux amalgames : le community des Américains se traduira plutôt par collectif, communauté territoriale que par la notion de communauté ethnique et culturelle, à laquelle on associe en général en France, et pour le fustiger, ce fameux communautarisme. […]

Reste que si on souhaite s’appuyer sur les communautés à la mode américaine, l’idéal républicain de l’individu citoyen qu’il s’agit d’émanciper de ses appartenances en prend un coup. Et l’importation de ces nouvelles approches risque de faire débat. […]

slate

Mort du sociologue Robert Castel. Son «cri d’alarme» pour les banlieues en 2007

L’historien et sociologue Robert Castel est mort mardi 12 mars. En 2007, après les émeutes de 2005, il décrivait comment la République est en panne d’intégration des jeunes des banlieues. Le Nouvel Obs republie son analyse.

Sa biographie

Le Breton de souche que je suis est reconnaissant à la République. Grâce à elle, la Bretagne s’est modernisée tout en restant fidèle à elle-même. Pourquoi la République ne saurait-elle pas faire, comme elle l’a réussi pour de farouches Bretons, la même chose pour des gens dont la seule tare serait que leur père ou leur grand-père soient venus des anciennes colonies ?

Deux ans déjà [7 ans désormais]. A l’automne 2005, les banlieues françaises furent le théâtre d’émeutes urbaines. En dépit de cet électrochoc national, rien n’a vraiment changé dans les banlieues. Les jeunes «issus de l’immigration» y sont toujours «assignés à résidence», tels des « étrangers de l’intérieur ». […]

Il est bien sûr injustifiable de brûler des écoles, mais encore faut-il avoir l’honnêteté de reconnaître que l’école ne remplit pas dans ces quartiers le mandat d’égalité qui est le sien. […] Le cumul des handicaps rend ainsi explosive la question ethnique et raciale.

La République, en contradiction avec ses propres principes, paraît incapable d’intégrer ces jeunes Français qui se vivent comme les indigènes de la nation, comme s’il y avait toujours une marque, une trace d’une immigration lointaine qui pèse toujours sur eux. Les immigrés italiens ou polonais du début du siècle dernier se sont intégrés en une génération. Cela n’a pas toujours été facile, mais la République a su faire son travail.

En France, les quartiers dits «sensibles» – ils concernent près de 5 millions d’habitants – ont été l’objet depuis le début des années 1980 d’un traitement social continu grâce à la «politique de la ville». Il est donc faux de dire que ces quartiers ont été laissés totalement à l’abandon. La puissance publique est présente en banlieue sous de multiples formes. Il n’y a pas en France de ghettos de type nord-américain et le périphérique qui sépare Paris de ses banlieues n’est pas une frontière. […]

Actuellement, les banlieues ne sont pas encore des territoires ethniques, mais elles s’ethnicisent de plus en plus.

Pourquoi y a-t-il aujourd’hui une telle stigmatisation de la religion musulmane alors que 5 millions de musulmans vivent en France ? Ce soupçon permanent d’islamisme radical dirigé contre cette communauté, dans un contexte de guerre au terrorisme, empoisonne l’atmosphère et sonne comme une condamnation collective. Les enquêtes sociologiques montrent pourtant fort bien que plus de 80% des jeunes musulmans ont un rapport assez distant avec leur religion. Leur stigmatisation globale ne peut qu’accélérer le développement du communautarisme qui mettrait en danger l’unité de la nation. […]

Le calme actuel est trompeur. Plus que jamais, les banlieues sont le chantier prioritaire.

Le Nouvel Obs