« C’est difficile de devenir une minorité chez soi, vous savez »
4 novembre 2009, 17:30 | Auteur : bds | |
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Article de Marion Van Renterghem paru dans le Monde du 11 novembre 2005 sous le titre “Christine C., vingt-huit ans de Courneuve”. Il n’y a plus de source disponible en ligne
En face de chez elle, le parking presque vide est encore couvert de cendres et les arbres vaguement calcinés. Mercredi 2 novembre, 17 voitures ont brûlé sous les fenêtres de Christine. En juin, tout à côté, le petit Sidi-Ahmed, 11 ans, a été tué d’une balle perdue au pied de la gigantesque barre “Balzac”. Et Christine en a marre.
Au cœur de la cité des 4 000, son petit appartement propret tranche avec le hall déglingué et le paysage sale et lugubre de “Balzac”. Des grappes de copains zonent au bas de l’immeuble. Quelqu’un s’amuse à des allers-retours sur un scooter apparemment privé de pot d’échappement. Christine ferme tranquillement la fenêtre. “Il me saoule, celui-là.”
Elle est une de ces passantes que vous avez croisées sans les voir. Une petite dame élégante aux yeux très bleus, la quarantaine passée, qui camoufle bien sa lassitude de la vie et limite ses sorties au minimum nécessaire. Une personne sans signe particulier, si ce n’est qu’elle en a bavé un peu plus que la moyenne. “C’est dur à expliquer, vingt-huit ans de Courneuve”, dit-elle, le regard perdu vers la fenêtre.
Cela fait belle lurette qu’elle a passé son bizutage à la cité. Une bande qui avait établi son territoire en bas de chez elle la provoquait verbalement chaque fois qu’elle entrait chez elle. “C’était des petits mots, des insultes. A un moment, ça bouffe la vie. Ici, le droit à la tranquillité se paie cher.” Un jour, n’y tenant plus, elle est allée chercher son mari. “A nous deux, on s’en est bien tirés. Il fallait ça pour qu’ils me laissent tranquille.”
En vingt-huit ans de Courneuve, Christine a beaucoup appris. “A regarder mieux les gens, à en aimer certains, à se méfier des autres.” A Paris, son père l’avait mise à l’usine à 16 ans, afin qu’elle aide la famille à finir les fins de mois. Elle s’est mise à fuguer, a rencontré son ex-mari, s’est retrouvée enceinte.
Des relations les ont conduits à La Courneuve. “Ma plus grande erreur. Quand on met les pieds ici, on ne peut plus en partir.” Elle y a été caissière, femme de ménage, nounou, distributrice de prospectus, repasseuse. Elle y a élevé ses cinq enfants, deux filles et trois garçons, aujourd’hui âgés de 19 à 28 ans. Qu’elle tient d’une main de fer.
“Les banlieues explosent et personne ne se pose la vraie question : “Où sont les parents ?” Les gosses qui traînent dans la rue dès 6 ans, déjà ça devrait être sanctionné à la base. C’est facile d’accuser la société, le chômage, les profs : il faudrait d’abord rééduquer les parents.”
Christine ne vote plus. Elle n’aime pas la droite, n’a “rien de capitaliste”, comme elle dit, mais pourrait se retrouver à l’extrême droite. Parce qu’elle en a assez, dit-elle, de ne parler à personne, de croiser des femmes voilées qui ne la regardent pas, de devoir accepter que les femmes restent à leur place et ne se mélangent pas, de ne pas trouver un bout de viande correcte, d’entendre le Coran à fond sur des cassettes, d’être regardée d’un drôle d’air si elle fume pendant le ramadan. “C’est un tas de petits trucs qui vous font craquer.” Avant, elle allait boire le thé chez sa voisine algérienne, l’autre voisin était français, tout le monde s’entendait bien. “Maintenant, je me sens carrément isolée, je suis une toute petite minorité. C’est difficile de devenir une minorité chez soi, vous savez.”
Christine croyait au socialisme, elle n’a pas supporté les années Mitterrand, qui l’ont laissée parquée dans une cité de non-droit. Elle en veut à SOS-Racisme, qui a contribué à créer, dit-elle, un statut de victimes pour les minorités, provoquant un repli communautaire qu’elle n’avait pas connu avant. “Mes copains se sont toujours appelés Mohammed ou Toufic. Mes copines sont algériennes ou sénégalaises. Je me démène pour des amis sans-papiers qui mériteraient tellement de vivre ici. Je suis catholique, mon compagnon est juif, les amis de mes enfants, musulmans. Ce qui est nouveau, c’est que les Français d’origine étrangère se replient sur leur origine, ne se sentent plus français. Et moi, Française, je me sens mal.”
Un autre souci est apparu dans la vie de Christine. Malgré l’autorité dont elle se prévaut sur ses enfants, son fils de 25 ans s’est converti à l’islam. Rappeur reconnu dans la cité, il cherchait une voie spirituelle et, tout d’un coup, le 24 décembre 2004, il l’a solennellement annoncé à sa famille. “Je le vis très mal, ça me rend malade. Il y a tellement de femmes qui meurent pour leur liberté et voilà qu’il me reproche de ne pas être voilée, il fait la morale à ses frères parce qu’ils boivent de l’alcool, il me dit que je suis le diable, il s’est mis dans la tête de me convertir. C’est très violent.”
L’imam du voisinage a voulu la rassurer : “Ce n’est pas l’islam, ça, c’est une possession !” Il ne l’a pas rassurée pour autant. “Depuis le 11-Septembre, j’ai l’impression que la conversion à l’islam agit comme une traînée de poudre.” Au moins, reconnaît-elle, il est “tellement dans la religion” qu’il ne brûle pas les voitures.
Dans cette histoire de banlieue embrasée, il y a quelque chose que Christine ne comprend pas : qu’on trouve des excuses aux casseurs. “C’est un truc de fou. Il y a des gens qui sont expulsés de chez eux par familles entières, des sans-papiers qui dorment dehors, eux méritent d’être plaints. Mais pas ceux des cités qui ont un appartement avec chauffage, des écoles, tout ce qu’on a eu, nous. Ce n’est pas parce qu’on est au chômage qu’on doit jeter les poubelles par les fenêtres et tout détruire.”
La solution, dit-elle encore, ce n’est pas de “passer le Kärcher”, mais de “remélanger les gens”. Remélanger ? “Faire venir des gens de Paris, nous sortir de ce ghetto. Même mes fils sont d’une autre culture que moi. Pour eux, être français, ça ne veut rien dire. Ils n’ont plus de nationalité, ils s’identifient de manière vague à une religion, celle qui est majoritaire. Ils observent les gestes de l’islam, une façon musulmane d’être et de parler, ils sont fiers d’appartenir à la majorité. Ils ne veulent pas être français, ils ne veulent pas s’intégrer dans la société, ils voudraient être blacks et beurs comme tout le monde, mais ils ne se comportent pas comme des musulmans. Tant de choses incohérentes.”
L’autre jour, Christine a fait ” un grand voyage” : elle est allée à un mariage, à Massy (Essonne), et à Paris. “C’était une épreuve. C’est un autre truc de La Courneuve. On fait toujours la même promenade au centre commercial, comme des automates. On se recroqueville ici par confort. On a peur de partir tout en en mourant d’envie, et dès qu’on franchit le périphérique on n’a qu’une envie : revenir.”
Catégorie : Actualité, Les essentiels |
Voir également :
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- Jeûne du ramadan : l’hypocrisie couronnée ? (rediff)
- Journalistes agressés à la Courneuve : “On a l’habitude”
- « Dans les mosquées, on ne fait plus de religion mais de la politique »
- Akhenaton : “la France est un des pays les plus racistes”
110 Commentaires

La situation a quand même bien évolué depuis mon départ de La Courneuve,mais déjà à l’époque,c’était pas triste.
“remélanger les gens”? et comment,par la force?
Bon courage à cette dame.La cité des 4000 (nord et sud):un cauchemar habité par plus de braves gens qu’on ne le croit.Il faut faire le dos rond et savoir composer,faute de pouvoir partir.
Ne pourrait on pas créer ne “Caisse d’Aide Au logement Indetitaire”, afin d’aider tous les notres qui sont noyés là-bas, dasn ces colonies musulmanes en France, pour les reloger sur des espaces seins de notre territoire?
les musulmans eux se serrent les coudes, et n’hesitent pas a lacher de la contribution lorsqu’il s’agit de construire des mosuqées et d’aider les “freres” en galere…
Nous, j’ai l’impression qu’il n’y a plus de lien social.
regardez cette pauvre femme, volontaire et travailleuse: elle a courageusement élevée 5 enfants au milieu de ces barbares, et regardez le resultats: aucun d’entre eux ne sait ce qu’est d’etre français, et ce qu’est la France, et l’un d’entre eux est passé a l’ennemi…
Il faut impérativement, a l’instar des Serbes du Kosovo, aider les notres qui n’ont pas le choix que de rester vivre dans ces zones pourries et les préserver de l’invasion…
Les palces de la Deosuchiere devraient d’ailleurs leur etre reservées en priorité…
Bravo a certains ici qui seraient pret a lui raser le crane et a l’exiler a coups de pierre comme a une certaine epoque de l’histoire de France ….
La souffrance de cette femme est réelle mais enfin, elle aide les clandestins et veut remélanger les gens, alors que c’est le mélange précisément qui a fait fuir les Français de ces zones.
Elle a vraiment tout compris
Désespérant, le Français de base est maso et ne mérite pas d’être sauvé.
patte triote
Commentaire Nº65 – 4/11/2009 – 19:13
- »Avant, elle allait boire le thé chez sa voisine algérienne »
-« Mes copains se sont toujours appelés Mohammed ou Toufic. »
- »Mes copines sont algériennes ou sénégalaises. »
- »Je me démène pour des amis sans-papiers qui
mériteraient tellement de vivre ici. »
- »Je suis catholique, mon compagnon est j.uif »
- »les amis de mes enfants, musulmans. »
Je ne plaindrais pas cette allumé, toute ça vie elle a chercher la merde, qu’elle en profite maintenant.
Bravo, excellent message ! Sans compter qu’on peut l’accuser, concernant ses enfants, de non assistance à personnes en danger !
Plein le cul des tolérants et des compassionnels ! Christine a été trahie comme nous tous, c’est exact. Mais à elle seule, avec toute sa connerie et sa lâcheté, elle explique parfaitement pourquoi ça a été si facile de nous mettre dans la merde, et pourquoi ce sera si difficile d’en sortir.
On n’a plus de temps et d’énergie pour plaindre les Christine quand elles osent dire ” Mes copains se sont toujours appelés Mohammed ou Toufic, Je me démène pour des amis sans-papiers qui mériteraient tellement de vivre ici”.
Seuls ceux qui disent, ok, on ne m’y reprendra plus mériteront notre soutien. Les autres restent nos ennemis, ceux de la France.
Et bravo à Patou !
Quelqu’un se souvient du texte “Quand les gaulois perdent leurs repères” qui a été publié en 2004 sur le figaro ? Il semblerait qu’il ne soit plus présent dans les archives du site mais il est toujours sur le site du racisme anti-blanc.
http://www.racismeantiblanc.bizland.com/silenceselectif/bid49.htm
Ce serait une bonne chose de le republier ici.
Je me démène pour des amis sans-papiers qui mériteraient tellement de vivre ici.
C’est bien christine continues! Tu as tout compris!
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