Abraham Kouassi est un jeune journaliste ivoirien travaillant pour le site Linfodrome.ci. Spécialiste des questions politiques et judiciaires ivoiriennes, il est également secrétaire général de l’Union nationale des blogueurs de Côte d’Ivoire et contributeur régulier pour divers médias africains. Il a suivi de près les évènements terribles de Ouagadougou, où des intérêts français ont été attaqués par des terroristes ce 1er mars 2018. La parole est rarement donnée aux Africains vivant en Afrique dans nos médias. L’Incorrect a décidé d’aller à la source.
Abraham, que s’est-il passé à Ouagadougou ? Connaît-on les assaillants, leurs revendications ?
Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, a été attaquée ce vendredi en deux points stratégiques : l’État-major des armées et l’ambassade française qui se trouve non loin de la Primature. Les assaillants sont pour l’heure inconnus mais deux tendances sur leur identité se dégagent. Une première voudrait qu’il s’agisse de terroristes rattachés aux groupes islamistes qui pullulent dans le Sahel. D’autres parlent de nostalgiques de l’ancien régime [de Blaise Compaoré, ndlr]. Et ce, d’autant plus que des hauts gradés proches de l’ex-président Compaoré sont actuellement confrontés à la justice. Mais, il ne faut pas nécessairement attendre une revendication. En août 2017, un attentat qui a frappé la ville n’avait pas été revendiqué.
La situation est-elle désormais sous contrôle ?
Nos sources sur place assurent que la situation est calme et quasiment sous contrôle. La présence non confirmée d’un terroriste dans les locaux de l’ambassade de France avait été évoquée par des témoins aux alentours de quinze heures vendredi, mais il est difficile de le confirmer. De façon générale, la situation semble s’être calmée.
Après l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et le processus de transition qui a abouti à l’organisation d’élections, le Burkina Faso ne semble pas en mesure de sortir de la crise. Du reste, le 27 février s’est ouvert le procès des responsables présumés du coup d’Etat de 2015. Peut-on établir un lien entre l’attaque de l’ambassade de France de Ouagadougou et ce procès historique ?
Depuis la chute de Compaoré, les attaques qui ont frappé le Burkina sont souvent liées à l’ex-président qui vit aujourd’hui en Côte d’Ivoire. La coïncidence entre ce procès et l’attaque de ce jour peut troubler. Même si pour l’heure, aucun lien véritable n’a été établi entre Blaise Compaoré et ces attaques, il est important de souligner que l’ancien président est toujours influent dans son pays. Vingt-sept ans à la tête d’un État ne s’effacent pas facilement et plusieurs éléments du RSP (Régiment de sécurité présidentielle), sa garde prétorienne, sont toujours dans la nature. De plus, Blaise Compaoré est accusé par certains membres de la classe politique du Burkina Faso d’être fortement lié à certains groupes islamistes. Donc, faire le lien entre ces deux évènements n’est en rien farfelu. (…)





