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Les Italiens voteront ce dimanche 4 mars pour élire leur prochain gouvernement. L’incertitude est à son comble, alors que cette élection pourrait porter au pouvoir des partis populistes et anti-Union européenne et euro, sans parler de relents xénophobes en raison des migrants. Bien malin qui peut prévoir les résultats de ces élections législatives. Les élites du pays sont toutefois très inquiètes, car les scénarios possibles risquent de miner davantage l’économie et la stabilité politique de l’Italie, souligne le Wall Street Journal.

[…] l’Italie risque fort bien d’être plus affaiblie et instable après les élections législatives, estiment plusieurs analystes. Or, le pays pâtit déjà depuis des années de divers problèmes économiques qui minent sa croissance économique.

1.La croissance économique stagne

Au quatrième trimestre, le PIB italien a progressé de 1,6%, pour atteindre une moyenne de 1,5% pour l’ensemble de 2017, selon l’Economist Intelligence Unit (EIU).

Cela dit, depuis la création de la zone euro en 1999, la croissance économique cumulative de l’Italie (et non pas sur une base annuelle) n’a été que 4%, souligne une analyse de la Financière Banque Nationale (FBN). Or, sur la même période de près de 20 ans, la France et les États-Unis ont vu leur PIB cumulatif croître respectivement de 24,5% et de 39,8%.

2.La population de l’Italie a commencé à diminuer

En 2016, le pays comptait 60,67 millions d’habitants, selon l’agence Eurostat. L’an dernier, elle avait glissé à 60,59, soit une baisse de 80 000 habitants. Or, avec la productivité, la démographie est l’une des deux composantes de la croissance économique. La diminution de la population italienne mine donc le dynamisme de l’Italie.

3.Les coûts d’emprunt sont bas… pour l’instant

Depuis 5 ans, les coûts d’emprunt de l’Italie ont diminué de moitié. Actuellement, les taux des obligations 10 ans s’établissent à 2,9%, selon Bloomberg. Le gouvernement peut donc emprunter plus facilement pour investir. Du moins, pour l’instant, affirment certains analystes. Car, si les Italiens élisent un gouvernement ou une coalition populiste et anti-Union européenne et euro, les investisseurs pourraient bouder la dette italienne, ce qui ferait augmenter les coûts d’emprunt du pays.

Une situation périlleuse, alors que la dette représente 131,5% du PIB en 2017, en légère baisse par rapport à 2016 à 132%, selon l’Institut national de statistiques (ISTAT).

Dans une analyse publiée dans Foreign Policy, Luigi Zingales, professeur à la Booth School of Business à l’Université de Chicago, affirme que l’Italie souffre de plusieurs maux:

-la productivité stagne

-la population diminue

-les jeunes diplômés quittent le pays

-l’immigration est de moins en moins populaire

Dans ce contexte d’incertitude, quelles stratégies devraient adopter les investisseurs qui sont exposés aux marchés italien et européen? Nous avons posé la question à Jean-René Ouellet, analyste principal et gestionnaire de portefeuille chez Valeurs mobilières Desjardins.

Il note d’emblée que les investisseurs ne semblent pas nerveux à la veille des élections italiennes

«Si les investisseurs se sont inquiétés à quelques reprises des flambées populistes (Grèce, États-Unis, France, Autriche, etc.) au cours de dernières années, les répercussions se sont avérées beaucoup plus modestes. Dès lors, on comprend la quasi-absence de nervosité à la veille de l’élection italienne», dit-il.

Pourtant, l’élection en Italie «pourrait réellement faire des vagues», car certains partis évoquent la possibilité d’une sortie du pays de l’Union européenne.

«Si le pays devait se sortir de l’Union européenne, l’Italie, avec sa force manufacturière, pourrait réellement bénéficier d’une devise plus faible pour améliorer sa compétitivité», affirme le gestionnaire de portefeuille.

Autre facteur atténuant pour l’Italie : son déficit excluant le paiement des intérêts sur sa dette est relativement minime. De plus, une grande partie de la dette italienne est détenue par des Italiens et non par des étrangers. Aussi, ces facteurs distinguent la situation en Italie de celle en Grèce par exemple, souligne Jean-René Ouellet. Mais il a un piège, selon lui.
[…] Dans les prochaines heures, nous saurons si l’Italie pourra poursuivre sa participation constructive à l’Union européenne ou si elle sombrera dans une nouvelle période d’incertitude, et ce, sur un continent où les partis extrémistes gagnent du terrain partout ou presque.

L’enjeu est de taille : l’Italie est la quatrième économie d’Europe et la troisième économie de la zone euro. Avec un PIB de 1.800 milliards de dollars américains, l’Italie est la huitième économie mondiale après l’Inde (2.100 G$US) mais devant le Brésil (1.800 G$), selon la Banque Mondiale.

Aussi, contrairement à la Grèce, une période d’incertitude et d’instabilité en Italie aurait un impact beaucoup plus grand sur l’économie et les marchés financiers en Europe. L’Amérique du Nord pourrait même sentir l’onde de choc dans une certaine mesure. Voilà pourquoi cette élection est si importante.

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