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Sur BFM Radio, le 6 novembre 2009, Pierre Nanterme, président de la commission économique du MEDEF, évoquait la situation économique.

Grégoire Favet : vous êtes le directeur général d’Accenture, président de la fédération Syntec, et président de la commission économique du MEDEF. Qu’avez-vous sur votre tableau de bord aujourd’hui ? A quels indicateurs est-ce que vous vous fiez ?

Pierre Nanterme : aujourd’hui, on est dans une situation en cours de stabilisation. On a un certain nombre d’indicateurs qui nous montrent que l’activité économique se stabilise, les résultats des entreprises sont plutôt corrects, ce qui est important pour nous. La croissance commence à redémarrer, même si elle est plutôt molle. Je vous parlerais de stabilisation.

Est-ce qu’aujourd’hui on voit des phénomènes de reprise, non. Donc on est dans une situation, globalement, que je qualifierais de fragile.

Si on regarde l’année 2009, je parle plus au titre de président de la fédération Syntec, puisqu’on commence à voir les chiffres, on est quand même, en fonction des activités informatiques, au conseil, dans du -2%, -6%, ce qui dans nos activités à forte valeur ajoutée, à forte croissance, quand on vient de +10%, ça montre l’effet de la récession. Donc 2009 est une année difficile et sur 2010, on est dans un corridor 0% à 2%.

Si je reprends ma casquette d’Accenture, ce qu’on essaie à chaque fois de faire c’est à peu près deux fois mieux que notre propre marché donc on est plutôt en ligne avec ça, mais enfin le monde s’est sérieusement ralenti et je pense que l’indicateur pour nous qui est le plus préoccupant, c’est celui de l’investissement des entreprises.

Qui ne redémarre pas ?

Qui hélas est bloqué et ça c’est un problème extrêmement important. Quand vous regardez, que vous décomposez le PNB, et vous regardez la part qui est due à la consommation, en France par exemple, elle se tient, dépenses publiques, prélèvements, notre modèle social. En revanche, l’investissement continue de baisser. Sans une reprise de l’investissement il n’y aura pas de reprise durable de l’économie, y compris dans nos métiers.

Cela veut dire aujourd’hui que les chefs d’entreprise, parce qu’il y a des entreprises qui ont du cash, de la trésorerie, ne savent pas où investir, de quoi sera fait la demande demain, et c’est ça qui bloque les investissements ?

Aujourd’hui, le mot d’ordre c’est « cash is king ». Quand le monde est fragile, vous gardez du cash, parce que c’est la protection absolue, d’abord contre les impayés, parce qu’on est dans un monde où vous ne savez même pas si vos clients sont solvables et force a été de constater ces derniers dix-huit mois le nombre de faillites, y compris d’entreprises importantes. Et vous avez besoin de cash aussi pour payer vos salaires, pour prévoir l’avenir. Donc tout le monde garde du cash en attendant la fameuse reprise.

Evidemment, plus vous avez de cash et moins vous investissez et moins la reprise est là. Donc on est un peu dans un phénomène d’œuf et de poule, et il va bien falloir que quelque chose se déclenche : soit, et c’est ce que l’on commence à voir aujourd’hui, les stocks ont disparu et les entreprises industrielles vont devoir réinvestir, ne serait-ce que pour reconstruire des voitures, etc., ou parce qu’il y a des projets aujourd’hui de fusion. Quand vous avez décidé de racheter une entreprise, il faut bien fusionner, mettre tout ça ensemble et ça crée des projets.

Moteur de la reprise économique les fusions/acquisitions ?

Bien sûr, donc tout ce qui relèvera de la transformation post-crise, tous les investissements publics massifs de par le monde, tous les investissements de productivité, parce que crise ou pas crise, le monde de l’entreprise se doit d’être productif, et aujourd’hui vous l’êtes avec des investissements dans les technologies. Qui dit investissements dans les technologies dit métiers du conseil.

Est-ce que le système financier est sorti d’affaire ? On a l’impression qu’il y a des contrastes très importants entre les pays, entre les différents modèles bancaires et résultat on n’arrive pas à savoir. Il y a encore beaucoup de faillites aux Etats-Unis…Vous en revenez justement, il y a des faillites encore quasiment tous les jours de petits établissements. Il y a quand même eu CIT, ce qui n’est pas rien…

Ce n’est pas rien. Le monde est très contrasté entre la matière. Je reviens de Chicago. Quand vous regardez ça, vous avez le « corridor de la mort », Etats-Unis, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Allemagne et Suisse, c’est là que la crise bancaire et financière a frappé avec une brutalité totale.

Aux Etats-Unis vous avez raison, ce n’est pas fini, tous les jours, des banques font faillite, et des cas de de très grandes banques et de très grands noms, on a vu les résultats, City, même Bank of America ont encore des soucis. Si vous allez en Angleterre, vous allez voir Royal Bank of Scotland ou Lloyds Banking Group…

Elles font autant de pertes que BNP fait de bénéfices…

Tout à fait et elles vont devoir faire des désinvestissements massifs. On a vu ce qui s’est passé avec ING. Donc le problème est en voie de stabilisation mais va entraîner des restructurations et des investissements massifs. Vous avez le corridor latin qui a bien tenu : Santander, BBVA, BNPP, UniCredit, Intesa, Société Générale, Crédit agricole… On peut se réjouir d’avoir en France un secteur bancaire qui est top classe. Si vous allez en Amérique latine, en Inde ou en Asie, ils ne savent même pas ce qu’il s’est passé.

On a donc le corridor de la terreur « gloom and doom », qui est encore très affecté et pas stabilisé. Tant que ce dernier n’est pas complètement sorti d’affaire, il continue de pénaliser le reste du système. Donc ça se stabilise mais ça n’est pas encore soigné.

(…)

Dernière question, vous l’avez dit, le système financier doit se réinventer. Quand on voit les bonus qui vont être déversés sur Wall Street cette année, 140 milliards, c’est une année record, les traders vont avoir la fiche de paye de leur vie. Est-ce que le système financier, malgré ça, malgré ce qui est peut-être quelque chose d’anecdotique, a su se réinventer ?

Aujourd’hui insuffisamment. Non, au moment où l’on parle, le système financier ne s’est pas réinventé. Je pense que les bonus, c’est dur à dire, sont l’écume du problème, parce qu’on met en France une question de morale là où elle n’existe pas, en tout cas dans d’autres pays. Aux Etats-Unis, la morale n’est pas liée à l’argent que vous gagnez. C’est notre démarche judéo-chrétienne vis-à-vis de l’argent.

Maintenant si vous me demandez si les 16 milliards de dollars de Goldman Sachs me choquent, oui. Aux Etats-Unis, ça ne choque personne. Le problème n’est pas là. Il est de se demander si on va permettre en place des régulations et de réglementations sur les banques, qui vont empêcher de faire certaines opérations, qui vont les réguler. Après, s’en prendre à celui qui touche de l’argent parce qu’il fait des opérations licites, ce n’est pas le problème.

Il faut s’en prendre à l’opération elle même pour savoir si on l’autorise ou pas. Après, que les gens fassent de l’argent autour de ce qui est autorisé, c’est la vie des affaires.
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Pour lire l’intégralité de l’entretien, cliquez ici.

(Merci à Pakc)

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